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" Mais je ne voulais pas y aller, même pas y aller voir ! C'était tellement loin... et puis, partie comme j'étais pour me perdre ! L'assistante sociale a insisté, m'a parlé de gens bien... Tu sais ce que c'est, toi, des gens bien ? Je ne croyais plus à toutes ces fables, des contes pour petites filles naïves ! Je me disais : "Ils cachent juste leur jeu, ça va recommencer... Mieux vaut rester ici, avec les copines, où il n'arrivera rien ! Ici, en sécurité... " Et puis j'ai fini par céder un peu... lui dire : " C'est à condition que je vois bien la tête du père, que je puisse revenir aussitôt si lui ne m'allait pas... ". J'en parlais comme d'un pull crasseux ou moche qu'on nous forcerait à essayer... Et puis, avant d'aller voir cette famille d'extra-terrestres, soi disant tout gentils à l'autre bout du pays, j'ai d'abord voulu revoir ma mère - dans son Centre, oui ! Cette famille, c'est comme si me préparais à aller visiter un zoo... mais le vrai zoo, c'est là où on est allées, l'assistante sociale et moi... On l'as vue, oui ! Juste vue, ma petite maman foutue... je me bouchais les oreilles pour ne plus l'entendre... même avec les drogues, ça ne changeait rien : elle mélangeait tout : le passé, le présent... et puis elle connaissait toutes les cachettes possibles des malades... dans le parc, les faux-plafonds... c'était l'alcool, son nouveau compagnon... "

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" L'autre, comme tu dis, elle disait qu'elle l'aimait... elle en parlait comme s'il existait encore, comme s'il rôdait dans la pièce, même ici... et j'avais peur... comme quand il me touchait, exactement ! Je sursautais, je me retournais... je ne tenais même pas en place en me réfugiant sur leur canapé graisseux... peur qu'il ne soit pas vraiment mort... que son corps soit encore là, étendu en travers du couloir quand je sortirais de leur salon miteux... "le petit salon", comme ils l'appelaient... parce qu'il était sale... une pièce sombre où j'étais assise sur leur canapé beige, avec des fauteuils en face de moi, vides et pleins de taches, brûlés et troués par les cigarettes - même les murs étaient jaunes de tabac ! J'avais mis un pantalon pour qu'il n'y ait pas de contact entre ma peau et ça... encore ma peur de cette main de l'autre qui se posait sur moi, remontait sous... Sortant de là, je me suis jurée de ne plus fumer jamais, j'ai même dû aller aux toilettes pour vomir... la main du mort, je l'imaginais encore sur moi quand je suis pasée très vite dans le couloir... tu sais ce genre de grosse patte qui agrippe la fille par la cheville comme dans les films d'horreur minables... Ce qu'on a dans la tête et qui vous sort de partout, quand on est là-dedans... Un animal avec ses cinq doigts... Parce que c'est un lieu sale et qui vous rend malade - ça explique qu'ils n'arrivent jamais à vous guérir, là-dedans..."

(J'essaierais bien, moi, de te saisir la cheville - tu te dégages comme une belle anguille... Moi qui voulais juste t'entendre rire... )

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" L'assistante sociale qui était brune et petite - elle s'appelait Jocelyne ou Claudine, avec un joli visage et ses cheveux noirs coupés courts - ... elle m'a juste dit : "ça va ?", elle m'a passé sa main douce sur les cheveux, devant leur infâme lavabo - je l'avais maculé, à mon tour ! Elle m'a aidée à nettoyer, à me nettoyer, m'a aspergée d'eau pour rire... Elle a ouvert son sac pour me prêter sa brosse à cheveux, son tube de rouge - je me demande si l'endroit vaut vraiment la peine qu'on s'y refasse une beauté ! Enfin, je suis sortie de là presque fraîche, comme tu me vois... marchant à peu près droit... "

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" Je suis même partie sans dire au revoir à ma mère... Je n'ai même pas eu le courage de me retourner... J'ai dû la laisser tête basse, dans son affreux petit salon triste, là où les gens revoient toute leur vie comme un marécage... Presqu'aussitôt après, Jocelyne m'emmenait ! On a filé dans sa voiture jusqu'au fameux Grenoble ! Une ville énorme... et j'ai vu ces gens ! Ils allaient s'occuper de moi et quelque chose m'a rassurée dès ue je les ai vus, dès la première minute ! Ils n'essayaient même pas de masquer leurs défauts, leurs faiblesses... leur être... comme ils l'auraient fait pour me séduire et m'approcher au plus vite ! C'est que je ne voulais pas être apprivoisée... Et puis ensemble, à cinq, ils formaient quelque chose qui avait l'air tellement solide ! Rien qui me rappelait... là-bas... enfin, là-haut... les deux caravanes face à face... C'était un appartement presque neuf, avec un balcon et une perruche ! Lui, le père, avait une barbe à cette époque... très grand, très maigre, un air d'ermite un peu effrayant ! Sa femme discrète, avec un air bien doux... comme lui ! Elle me sourit... Il y avait des livres partout le long des murs ! "

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" Sa femme a commencé par me tendre la main, j'ai bien voulu m'approcher de ses joues qui sentaient bon et avant que j'aie fini de l'embrasser, elle m'a dit simplement : "Dis-nous juste ce qui te manque encore en affaires de toilette, sous-vêtements, chemisiers, pulls, pantalons, robes, manteaux, chaussures... tout ce que tu veux, mais avec ces p'tites aides qu'on a, va pas t'imaginer qu'on reconstituera du jour au lendemain ta garde-robe ! Fais-nous ta liste, qu'on passe la journée de demain toutes les deux dans les magasins... mais commence par trier les choses qui t'ont été données... aussi regarde celles d'Amélie qui n'arrête pas de grandir ! " . Elle me parlait si tranquillement... puis elle m'a dit : " Comme ça tu auras tout ? Tu es d'accord ?". Evidemment, j'ai dit "Oui" - quelque chose me disait que très vite je ne serais plus la petite malheureuse recueillie par charité dans leur famille-modèle de Grenoble... que j'y trouverais ma place, du moins si je voulais bien ! "

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" Et dès que j'ai pu, j'ai demandé à cette dame : "Votre mari, au moins il est bien ? ". On avait refermé la porte de ma chambre juste en face celle d'Amélie. Elle m'a juste dit : " Il s'appelle Bernard... il ne te l'a pas dit ? ". Quelle drôle de réponse ! J'ai encore demandé : " Et alors... et vous ? ". Elle répond : " Nadège ! ". C'était un prénom tellement bourgeois pour moi, mais je ne lui ai pas dit... J'ai dit : " Je ne veux plus m'appeler Christine... ni même Chris... plus rien comme ça ! ". Elle n'a pas eu l'air trop étonné... Elle m'a juste dit l "Comment veux-tu qu'on t'appelle, alors ? Ni Chris, ni Christine... ". J'ai répondu aussitôt : " Grazziella... ". Juste à cause d'un roman que j'avais commencé à lire au foyer, où la fille a la vie trop facile, et des frères et des soeurs, et il lui arrive tout un tas d'aventures sans danger ! "

(Ma belle Grazziella... arriverais-je à t'absoudre d'avoir abandonné ma Chris à ses manteaux d'orties... d'avoir délaissé pour toujours cet or de nos clairières ?)

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" Et j'ai pu m'installer, moi, au milieu de ces gens... Amélie, leur grande, avait dix-sept ans... elle avait passé le plus gros de ses crises d'adolescence : ça m'a permis à moi, de commencer les miennes ! Comme si j'arrivais au bon moment... Christophe et Pierre, les deux jumeaux de dix ans, avanient leur petit monde à eux - jouant à part de moi sans me déclarer ennemie... le malheur est qu'ils deviennent "grands" un peu pénibles pour moi en ce moment... mais tu ne les verras pas ! D'ailleurs, ils ont préféré leur camp scout à un tête-à-tête trop long avec leurs parents et la fille étrangère... et Amélie est restée en vadrouille là-bas, avec son amoureux - théoriquement dans la vanoise... Ils ont pour seule consigne de "pas d'imprudences en montagne !"... revenir bien vivants... et pour leurs nuits de duvets-jumeaux en refuge, "bien prendre leurs précautions" - oui, c'est comme ça qu'ils disent, chez Nouvelle-Maman et Nouveau-Papa ! Et moi, au fait ? Et bien, je suis moi... et ici ! Bien revenue... et vers quoi, au fait ? Mon ancien amour ? "

(Attends un peu, que je te serre un peu plus dans mes bras... J'ai décidé d'incarner, avec force et brio, la statue de L'Ancien Amour... Tu dis ? - que je commence à te faire mal ?)

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" Bernard et Nadège ont bien voulu venir par ici, passer leurs vacances avec moi... Eux en amoureux et moi dans mon petit coin ! C'est pas mignon comme ça ? Traverser la moitié de la France pour moi... louer le gîte juste en face de chez toi... que je fasse mon reour aux sources sans danger... mais ils ne sauront jamais le beau et le terible d'ici... seulement moi ! J'essaye seulement de ne plus penser à... derrière la colline... mais tout me reste emmêlé - toi de l'époque, y compris ! Tu fais partie de l'écheveau, toi aussi... comme si tu m'étais resté sur les bras ! Tu sais qu'ils ne connaissent même pas ton existence ? Ils n'ont pas tout à fait compris... Ils savent qu'il y a eu des violences, des gestes... ils pensent à un exorcisme... Ils ne sauront jamais - enfin, pas tout de suite ! - que j'ai aussi de doux, très doux souvenirs... restant accrochés dans les branches de par ici... Veux-tu être mon bon souvenir vivant ? Veux-tu être toujours mon doux Val ? ... "

(Plus que jamais, démone !)

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" Ma mère est... "

Elle hésita.

" Ma mère est là, toujours... dans sa clinique psychiatrique ! Je l'ai vue le ledemain de notre arrivée... Elle a tellement rechuté, fugué, avalé de médicaments ! Elle ne se souvient plus d'où elle est... elle me demande parfois s'il y a une autre personne dans la pièce... ou si c'est bien elle qui parle... et pas quelqu'un d'autre à sa place ! je l'ai revue hier encore : une vieillarde... Elle ne m'a pas reconnue... Ils appellent ça mélancolie délirante, démence de carence, je ne sais quoi... - ils ne sont pas d'accord  tous... sur le nom de cette chose ! je lui ai dit : "C'est moi, Chris !"... Elle avait ses yeux plus ronds encore que d'habitude, tout moches, des cernes violets comme  un tissu fripé tout autour... J'ai  redit : "Moi, ta fille ! Christine... tu sais bien... ". Mais ça ne lui disait rien ; elle se tenait tout raide dans son fauteuil ; j'ai remarqué ses cheveux qui tombaient par plaques...  J'ai pensé : " ma mère, ça ? ". Ils l'ont mise dans leur fichu pavillon fermé... Combien de temps ? Je sais qu'elle n'en sortira plus ! Mais comme elle est devenue, et bien, qu'ils... qu'ils la gardent ! Je m'en veux de penser comme ça... Tu m'en veux, toi ? "

(J'ai seulement essuyé tes larmes ; je me souviens du poids de ton visage tourné contre mon bras)

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Grazziella voulait se défaire de Christine...

Grazziella revenue nous chercher quelque part...

... partie à la rencontre de ce Val fou de Chris, dans leur petit bois aux lumières d'Outremonde.

*

( ... à suivre... )


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(Le p'tit coin d' Chris)

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... pour not' VRAI livre de "L'été et les ombres",
à Val et moi... pas avant la mi-juillet, mais sûr !

Au mieux, vous l' lirez avant vos vacances... au pire, juste après, pour les prolonger...
C'est aussi beau comme ça, non ?

Dourvac'h a dit : "Et pas plus de trente exemplaires !
Pass' qu'après y nous en reste, des p'tits su' les bras...
Quinze de "Fées, Rêves et Glaces",  Treize d' "Au Jardin" illustré...
Cinquante p'tits livres d'imprimés d' chaque, décembre dernier, c'était bien d' trop !

Bon, on vous aime quand même ! Enfin, moi...
Val m' dit tout l' temps : "Sois pas si sentimentale avec tout l' monde... "
Mais lui, y vous connait pas, alors ça l'intimide...

Donc mille bises d' Miss Chris, quand même !

(Chris)

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photographies et dessin :

DOURVAC'H

(juin 2009)

Hauteurs de Gargas, commune de Viviès
Le Douctouyre, commune de Vira
Libellule à la baignade du Douctouyre, Vira
Tania dans la clairière, baignade du Douctouyre, Vira
Chèvrefeuille, coteaux de Vira
Chèvrefeuille à Viviès
Rosier à Viviès

Cerridwen et le Chaudron magique (détail dessin, 2009)

*

Merci à toi,
ma chère
Chris-de-L'Eté et les ombres,
d'avoir suppléé ainsi l' pôvre Dourvac'h
en ses moments {quasi "pré-partum"}
de laborieuse, terrible, douloureuse & délicate mise-en-formes
d'un être-ouvrage si magnifiquement attendu par Tous...
Dis... Val et toi, vous accepteriez
(Allez, juste un peu... en attendant...)
d'aller ciseler comme avant vos belles réponses
aux Amies & Amis, non ?
...

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Dourvac'h

*

Eclat de pureté aux yeux de lumière
Rêve de jour
Outremonde
Amour et vers
La terre
au bois de rose ...

Mille mercis de tes mots, ma chère...
Servanne

http://nanarivelou.canalblog.com