mardi 22 mars 2011

PanGea / XX (suite et fin)

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  Pourquoi ce vent ?

  Chân plisse doucement les yeux.

  Au-delà de l'ombre bleue, il  y a ce plateau désertique.

  Rien ne vit ici.

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  La mule ne repartira pas...

  Pourquoi l'homme les a-t-il abandonnés ici ... ?

  Les yeux de Xi-Jîn se sont tournés vers lui, brûlant de terreur.

  Comment oublier qu'elle lit à l'intérieur de lui ?

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  N'aies pas peur, Xi... Il est sûrement tout proche de nous... il ne se montre pas, c'est tout !

  Les cils de son amie tremblent un peu. Une larme suit son chemin brillant.

  Le visage ovale s'apaise ; s'appuie contre son bras.

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  Chân sent le poids d'une autre tête venue contre lui, de l'autre côté.

  " Shou-Lîen..."

  - Je vois bien... mais pourquoi la laisses-tu placer aussi sa tête contre ton bras ?

  - Ta soeur est comme un miroir d'eau : te voyant faire, elle veut faire tout pareil... 

  - Pourquoi ris-tu ? Sais-tu qu'elle te préfére même à Grand-frère Li...?

  La tête de Shou-Lîen a remué faiblement.

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  Xi-Jîn laisse ses pensées vibrer dans chacun des os de Chân :

  " Elle t'aime aussi..."

  A nouveau le vent.

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  La tête de la mule frémit ; un sifflement bizarre passe entre ses dents énormes et ses lèvres chargées d'écume...

  L'animal veut se redresser ; s'affaisse davantage.

  Comme s'il comprenait qu'il mourrait dans cette ombre...

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  Chân tend la main vers les yeux de l'animal ; ses yeux déjà clos...

  Regardant à sa place vers les terres jaunes, craquelées ; Xi-Jîn regarde avec lui.

  Une ombre dressée.

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   Une ombre avec un manteau sombre, presque pareil au sien.

   L'homme qu'ils ont vu ou rêvé, l'un après l'autre...

  Chân doit se lever ; déplier son long corps endolori... Shou-Lîen proteste. Xi-Jîn le retient par la main...

  Grappe d'enfants qui se lève ; s'avançant à sa suite, quittant l'ombre avec lui...

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  Il y a ces fils d'or tendus dans le soleil.

  Entre eux ce lien invisible...

  Un lien de surprise et de peur.

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( ... à suivre... )

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texte & photos :

Dourvac'h

Isla de la Gomera (Canarias), 10 mars 2011

*

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Au fait, que devient Notre projet ( = THE BOOK of... )

 PanGea ?

*

Xi-Jîn s'éveilla la première.

Pieds nus, elle courut aussitôt vers la petite fenêtre carrée ; regardant comme chaque matin l'alignement des murs jaunes d'en face, détaillant une maison puis une autre - chacune percée des mêmes carrés obscurs, minuscules.

Elle sentit le froid d'en face.

*

Xi-Jîn, Chân... tous les leurs...
Aussi cet homme étrange et sa compagne des ombres...
Mais jusqu'où se finit Notre Terre ?

Récit fantastique par Dourvac'h
Projet d'édition pour décembre 2011
tirage, selon vos demandes, de 20 à 50 exemplaires
(Prix prévisible de fabrication par ex. : 12 euros + 2,50 euros frais d'envoi)

*

Voici donc la liste (sans cesse ré-actualisée) de nos Ami/e/s demandeurs/-ses d'un exemplaire de PanGea : nous sommes déjà 21... et j'espère bien n'avoir oublié personne !


... Acelita, Annick, Chris, Christiana, Colette,

Crépusculine, Dan, Danièle, Dourvac'h,

Gazou, Laure, Loetitia, Luce,

Maïté, MissLN, Oursonne, Pierre,

Shanti, Souamie, Sybilline, Sylvie ...

*

... et enfin complétées, nos 27 réponses vous attendent sous notre article géant (et historique) du samedi 26 février 2011

"Le sanatorium sous la clepsydre"

ou le monde pictural du cinéaste Wojciech Jerzy Has...

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... et tout aussi exhaustives, nos 20 réponses ont également éclos sous notre article-dessin du samedi 5 mars 2011

Petit à petit... (Rose et bleue)

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mardi 15 mars 2011

PanGea / XX (début)

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  Là, passée la belle courbe du terrain : cette haute haie de bambous...

  Et cette envie de danser dans leur ombre.

  Feuilles qui crépitent au-dessus de leurs têtes...

*

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  L'ombre était douce comme une fontaine.

  Leur provision d'eau épuisée.

  Buvant à tour de rôle, se partageant les dernières gouttes...

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  Chân les regarde ; s'amuse à les regarder... 

  Xi-Jîn vient de retirer le grand manteau noir qui couvrait sa mère ; elle le secoue et l'étale dans la poussière ; pose les dernières figues dessus ; laissant son frère et ses soeurs s'agenouiller tout autour.

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  Elle recompte les fruits : il y en a sept. Sept que Chân a tenu dissimulés pour eux dans un pli de sa longue, large ceinture de laine...

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  Xi-Jîn a peur de la gourmandise de petit-frère... Chân s'amuse aux yeux des deux petites, brillant d'envie au-dessus du trésor...

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  Il ne s'assied pas près d'eux ; il reste à l'écart ; il n'a pas envie de parler.

  Ils se tiennent tous serrés dans l'ombre des bambous qui s'agitent ; tiges crissant autour d'eux ; des hautes feuilles descend le bruit que fait la pluie...

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( ... à suivre... )

*

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Texte et photos :

Dourvac'h

Isla de la Gomera (Canarias) : 8 mars 2011

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dimanche 16 janvier 2011

PanGea /XIX

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XIX

  « Où allons-nous, où allons-nous ? »

   A nouveau la chaleur ; tous à la recherche d’une ombre.

  Shou-Lîen a rejoint les autres sur la charrette ; le petit frère blessé somnole près du corps de sa mère ; les petites geignent. La mule se traîne.

*

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  Xi-Jîn préfère marcher. Une mouche vient se poser sur ses lèvres ; sa main est venue la chasser… Son autre main serre fort, très fort, deux des longs doigts de Chân : comme un anneau qui les emprisonne.

  Elle ne lâchera pas la main de Chân.

  Parfois, du haut de la charrette, les petits yeux noirs de Shou-Lîen viennent chercher ses yeux à elle, puis s’en retournent, très vite  tels des hirondelles ; quittent à nouveau le charroi ; font le tour du visage et du regard de Chân ; reviennent à la roue et aux planches qui tressautent… aux sandales bleues de la mère (Pour s’occuper, elle joue à les dénouer puis les renouer… ).

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   Xi-Jîn pense : pour Shou-Lîen, leur mère est devenue poupée à habiller.

     La charrette grince.

    Sœur, tu t’es réfugiée là-haut pour nous regarder… ou bien est-ce Chân qui te fait peur ?

   Xi-Jîn s’étonne que la belle main de Chân n’attire plus autant sa sœur… Sans doute la trouve-t-elle dure et inhumaine : une main de pierre, d’un dieu étrange.

*

   Elle, ne trouve cette main ni dure ni inhumaine. Seulement tendre.

  Chân garde les yeux baissés sur le chemin comme ébloui de poussière blanche. Jamais il ne tourne les yeux vers elle.

  Peut-être s’est-il absenté ?

  Peut-être l’a-t-il oubliée ?

  Elle croit qu’elle n’est pour lui qu’une petite fille qui s’accroche à lui.

*

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  « Où va-t-on, Chân ? »

  Elle lui a parlé depuis l’intérieur d’elle.

  Maintenant Chân se tourne vers elle.

  Elle attend…

  «  Tu m’as entendue ? »

  Il fait signe que oui.

  Elle sait qu'elle a rejoint son monde.

*

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  « Tu pleures ? »

  Non, c’est la poussière… le chemin… Je suis fatiguée.

Un silence. Et si la petite fenêtre de son monde se refermait pour elle ? Elle doit vite reparler, très vite…

Où va-t-on ?

Où a dit l’homme... Il est parfois devant nous, parfois au-dessus de nous. A mesure que nous avançons, il me montre le chemin à suivre…

–  Toi, tu le vois ?

Comment le verrais-je ? Il laisse des traces à l’intérieur de moi…

Tu n’as pas envie de le voir ?

Non.

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… et les traces ?

Les traces…

Il rit.

Il y a encore quelque chose que tu ne sais pas… C’est lui qui a décidé cela…

Quoi ?

Ça, par exemple : tu ne dois pas me lâcher la main… sinon, je perdrais la piste !

Certainement qu’il l’a vue rougir…

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Tiens ! Tu vois cette pierre énorme ? Elle ressemble à un lièvre… avec ses grandes oreilles collées contre lui en train de fuir… Et ce lézard qui vient de se couler dans l’herbe, juste à tes pieds ?… Et ce petit nuage qui vient de s’arrêter face au vieux vallon gris ?

Dis-lui d’arrêter… C’est loin, c'est si loin…

Il ne répond pas ; ralentit son pas puis se tourne vers elle. Il y a cette douceur dans l’air ; ce bruissement de mots en vrai glissant des lèvres de Chân :

«  Xi-Jîn, tu dois me lâcher la main. Maintenant, l’homme nous dit d’arrêter… »

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( ... à suivre... )

*

... et le livre, PanGea ? Il existera - Inch' Allâh ! - fin mai 2011...

(20 d'entre Vous l'ont déjà retenu... Grand Merci !)

*

Texte & photographies :

Dourvac'h

(1), (2), (3), 4), (5) & (6) : Isla de El Hierro (Canarias), octobre 2009

(7) : Massif du Plantaurel (Ariège), hiver 2009-2010

(8) : Monts d'Olmes (Ariège), été 2009

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dimanche 12 décembre 2010

PanGea/XVIII

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  La paume de ses mains, comme les creux de ses pieds ont fini par saigner mais la résine est entrée dans ses plaies. Cela brûle encore un peu puis va jusqu'à s'adoucir...

  C'est comme un baume.

  Chân a appris à ne plus ressentir les douleurs du corps. Son être tremble et s'éloigne un peu de son écorce de chair. Ressentant juste sa lassitude.

  Mains et pieds nus prennent appui contre le tronc rêche : son corps se hisse seul parmi les rameaux - certains fendus par le vent ou la joyeuse descente des enfants.

  Il devine Xi-Jîn tout en bas, faisant boire son petit frère et ses trois soeurs...

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  Lorsqu'il arrivera là-haut, par-dessus les épaules de ce géant habillé de résine, le corps de cette femme qui meurt s'agitera-t-il encore ?

  Elle se débat... Pourquoi s'attarde-t-elle ainsi dans un monde promis à l'effacement ?

  " Chân...  "

  Est-ce la voix de l'arbre ? Ou le souvenir de l'homme de la ruelle ? ...

  " Cette femme, là-haut... restée dans sa caverne où le jour entre à peine... Je viens de lire dans son mauvais sommeil... Elle s'était rendue ches des hommes réputés guérir les maladies... Elle les a écoutés patiemment... Elle les a vus qui levaient les bras au ciel... : " Vous guérir de la faim ? Nous ne sommes pas un garde-manger, femme ! Nous ne sommes pas compétents pour tes enfants... mais nous pourrons t'aider, toi ! ". Ils ne lui ont pas menti : incompétents, ils l'étaient... et puis seulement cupides ! Ils lui ont volé de son sang contre quelques pièces ; elle est revenue vers eux une fois, deux fois, puis est tombée malade... Alors, ils l'ont chassée pour qu'elle ne revienne jamais... Ils lui avaient glissé sous la peau des démons par myriades, autant qu'il y a d'étoiles dans le ciel, et tous ces démons ont trouvé un gîte dans ses os ; leurs forces réunies l'ont fait dépérir... "

  Pourquoi la voix lui racontait-elle l'histoire de cette forme inerte qui l'attendait là-haut ?

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  " ... dépérir, oui, pendant que ses enfants reprenaient vie... assouvissant leur faim grâce à elle ! Au moins pour quelques jours ... puis quelques jours encore... Pour elle, le mana s'épuise... tant qu'il reste lié à ce corps condamné... Ce corps, elle doit maintenant le quitter... "

  La sentence agace Chân :

  - Arbre ou homme, dis-lui toi-même !

  " Ne t'en fais pas... Elle m'entend aussi..."

  - Qui es-tu ? Montre-toi...

   Pas de réponse.

  - Est-ce haut, encore ?

   Pas de réponse encore. Un coup de vent fait siffler les branches. Le ciel s'obscurcit... puis blanchit.

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  Chân monte dans une brume blanche et glacée. Ses doigts jaunes et violets se mettent à saigner. Il a laissé son manteau aux épaules de Hsiao.

  Il grelotte.

  Le grand arbre devient prisonnier du nuage.

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  - Arbre... réponds-moi ! Voix... montre-toi ! "

   Rien. Encore grimper, se blesser. Sous la morsure du froid, ses chairs s'ouvrent davantage...

  - Sooooorcier ! "

  " Ne m'appelle jamais ainsi ! "

  - Alors comment te nommer ?

  " Bossu joueur de flûte... "

  Ce nom le fait rire.

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  Il va se suspendre à l'extrêmité du dernier grand rameau qui ploie sous lui ; se laisse tomber dans la grotte glaciale.

  Le corps est là, recroquevillé, sans vie. La jarre restée dans la grotte, presque pleine...

  Il fait la toilette de la morte, essuie sa peau couverte de ces sortes de taches de léopard ; soulève le pantalon de toile, voit que des matières y ont séché, accrochées aux cuisses squelettiques.

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  Chân soupire ; prend un rameau  encore vert près du foyer éteint ; écrase dans sa main quelques feuilles encore fraîches. Le suc des feuilles teinte sa paume de vert.

  De tous ces débris, il frotte la peau du cadavre ; la nettoie entièrement de ses souillures.

  Ne devra-t-il pas suivre le rite jusqu'au bout ? Ils devront marcher longtemps juqu'à croiser le chemin des eaux... torrent ou ruisseau, fleuve ou rivière... Assembler le radeau, allumer le bûcher, le regarder s'éloigner au fil de l'eau...

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  Il soulève le corps de la mère ; le laisse prendre appui contre son épaule. Malgré sa maigreur, son pauvre poids en os, ce corps est un fardeau...

  Il le redépose ; s'assied pour boire... (Comme cette jarre lui paraît lourde !)

  Tout ce qui était dans cette grotte pèse comme la montagne...

  Il noue la cordelette de Xi-Jîn autour du col de la jarre, l'attache solidement à sa ceinture de laine. Reprend son fardeau de mère morte. Le fardeau soupire.

  Pas morte...

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  Alors il la redescend, place la tête contre son genou, décolle les lères noirâtres ; il approche le fond de sa grande main qu'il vient d'emplir d'eau... La mère ouvre les yeux. Le voit-elle ?  A-t-elle peur de lui ? Il pose sa main restée humide sur le front étroit aux fines rides. Les yeux sourient puis...

  Le corps ne bouge plus. A nouveau poids sur son épaule. Charge légère. La jarre seulement remue contre sa hanche.

  Il a repris le chemin de l'arbre. A nouveau, le rameau les a soutenus...

  Il descend... chante et respire...

  ... chante et respire... de plus en plus vite !

  Sa langue, ses mains, ses pieds ne lui appartiennent plus...

  Il est hors du temps, hors de ce monde.

  Il descend.

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  Lorsque les nuages de glace le quittent, c'est à peine s'il aperçoit le soleil qui fait étinceler les cônes et les aiguilles tombantes.

  Lorsqu'il arrive au bas de l'arbre, Hsiao est debout.

  L'enfant montre sa tête, à l'endroit où lui reste le mal.

  Tous ont bu l'eau de la jarre fendue de Xi-Jîn. La mule s'est nourrie aux quelques buissons maigres d'alentour...

  Xi-Jîn l'attendait - pour donner à chacun sa part de figues restantes... Chân offre ce regard qu'elle attend ; il y met beaucoup de douceur.

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  Hissant sa mère, puis Hsiao sur la charrette.

  Les petites suivent.

  On descend le chemin. Un dernier regard à...

  ... L'arbre a disparu !

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  Pourquoi la mule a-t-elle pris son trot ? Il parvient à peine à la retenir...

  Tous se sont mis à courir, sans réfléchir... Il doivent laisser loin derrière eux ce lieu... Chân a saisi la main d'une des petites, Xi-Jîn et Shou-Lîen ont entraîné l'autre petite soeur...

  Ils sont très loin lorsque lui seul ose se retourner à nouveau.

  Il essuie son front ; la sueur lui brûle les yeux... cherchant le haut refuge de leur nuit, retrouvant l'entrée noire de la grotte comme un oeil bienveillant sur la face blanche de la montagne. Il est heureux et soupire.

  Il revient vers Xi-Jîn, toujours assise dans l'herbe avec ses soeurs...

  - Xi ...

  Le temps qu'elle se lève puis regarde avec lui, c'est la montagne entière qui a disparu.

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( ... à suivre... )

*

Texte & photographies :

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Dourvac'h

*

(1), (2), (3), (5), (6) : Fin d'été au Château de Roquefixade, Ariège, août 2010

(4), (7), (8), (9), (10), (11), (12) : Début d'automne dans le Plantaurel, Viviès (Ariège), septembre 2010

(13) : Grilles du Château de Gargas, Viviès (Ariège), septembre 2010

(14) : Peintre au miroir de l'âme, dessin (détail), décembre 2010

(15) : Ciel de fin d'été, Ariège, 2010

(16) : Dallage de sentier, Vallée du Vicdessos (Ariège), août 2010

(17) : Rose à Viviès (Ariège), septembre 2010

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PanGea est un énorme ouvrage de 166 pages déjà écrites en leur "première manière" (2002), bien imparfaite... Les pages que vous découvrez, au fur et à mesure, sont le visage de la refonte progressive actuelle, un processus très lent, si lent, souvent bien décourageant... Ce processus de mise-au-jour, polissage et  épuration patiente des scories ne nous a mené - en notre 6ème mois de travail - qu'à la page 41 du premier manuscrit...  La vie se passe à essayer de la gagner, hélàs pour nous ! Et non pas - comme c'est dommage ! - à SEULEMENT écrire, dessiner, peindre, promouvoir ou auto-éditer nos propres ouvrages... (Doux rêve)... Tempus fugit... et la vie passe, et l'énergie vitale s'épuise... Notre mana (concept "pangéen" chipé chez les anciens Pascuans) n'est pas infini... mais j'espère bien être en lice pour terminer le travail avant mai 2011 - eu égard à Votre patience, votre confiance et votre gentillesse - mais actuellement rien n'est moins sûr ! Au train où vont les choses... et il n'est pas question de bâcler ! Au moins par fidélité à Xi-Jîn, Chân et leurs congénères... Faire de son mieux, comme eux... mes p'tits modèles... de vie... de patience...

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Amitié-Fée...

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(Dourvac'h)

(dessin : Dourvac'h, Peintre au Miroir de l'âme, détail, décembre 2010)

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samedi 30 octobre 2010

PanGea / XVII (suite)

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  Pourquoi son père ne l'a-t-il jamais serrée contre lui ? Ni aucune de ses soeurs, non plus... Caressant seulement la tête de ses garçons - surtout Hsiao, son favori...

  Elle entend quelque chose... Un cri, puis le silence.

  C'est à tellement de profondeurs en-dessous d'elle !

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Elle voudrait traverser plus vite les dernières ramures de l'arbre : elle les sent qui l'étouffent, resserrées jusqu'à la nuit...

  Pourquoi est-ce si long de descendre vers le sol blanc ? Elle se griffe, saute depuis le dernier rameau : ses talons touchent la terre qui l'éblouit...

  Hsiao est allongé, recroquevillé.

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Depuis ses hautes branches, elle l'avait entendu crier si fort, et voilà qu'il s'est endormi... Chân s'est agenouillé près de sa tête. Shou-Lîen, Shou-Qîn et Meîshan sont restées debout en arrière ; elles forment un petit arc de masques pâles au dessus des miroitements du sol.

  N'est-elle pas seule à voir ainsi la scène ?

  Elle regarde comme pour la première fois les franges noires identiques de ses soeurs, la sage rangée d'arcades des fins sourcils relevés, ce pointillé des bordures sombres de leurs grands cils ; leurs yeux absents ou aveuglés.

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  Personne ne la regarde, elle ! D'ailleurs, elle n'a plus envie d'être là... Tous ont l'air de marionnettes en bois brillant ; leurs habits sales et déchirés leur donnent l'air de mendiants. Sans doute ressemble-t-elle aussi à ça...

  Elle regarde le ventre renflé de sa jarre qui heurtait si vivement les rameaux tout à l'heure.

  Sûrement fendue...

  Ses mains en font vite le tour. Son doigt suit la fraîcheur de l'eau autour de la fissure... ou bien est-ce la sueur que sa paume a déposée ?

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  Elle s'approche de Hsiao et Chân, ne s'occupe plus de ses soeurs ; chacun et chacune lui semble mort.

  " Il a mal ? "

  Pas de réponse.

  " Il respire ? "

  Les cheveux noirs de Chân luisent et remuent sous elle... N'ont-ils pas voulu leur dire "Oui" ? Hsiao pousse un grand soupir et se met à geindre.

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  Elle s'agenouille ; écarte le grand corps de Chân, ouvre à son tour ses mains pour prendre contre elle la tête de son frère ; voilà si longtemps qu'elle n'a plus de ces gestes !

  Ne voulant être entendue que de lui seul... avec juste l'envie de lui dire :

  " Je suis là, petit frère... "

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( ... à suivre... )

*

Texte & photographies :

(Viviès, Ariège, 23 octobre 2010)

Dourvac'h

*

... mais que devient Notre projet

PanGea

... (THE book !) ???

*

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Xi-Jîn s'éveilla la première.

Pieds nus, elle courut aussitôt vers la petite fenêtre carrée ;
regardant comme chaque matin l'alignement des murs jaunes d'en face,
détaillant une maison puis une autre
- chacune percée des mêmes carrés obscurs, minuscules.

Elle sentit le froid d'en face.

*

Xi-Jîn, Chân... tous les leurs... les Nôtres...
Aussi cet homme étrange et sa compagne des ombres...
Mais jusqu'où finira Notre Terre ?

*

Récit fantastique par Dourvac'h
Projet d'édition pour mai-juin 2011
tirage, selon vos demandes, de 20 à 50 exemplaires
(Prix prévisible de fabrication par ex. : 12 euros + 2,50 euros frais d'envoi)

*

Voici donc la liste (sans cesse réactualisée) de nos

Ami/e/s demandeurs/-ses d'un exemplaire de PanGea :

en ce 5 octobre ous sommes déjà 21... et j'espère bien n'avoir oublié personne !

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... Acelita, Annick, Chris, Christiana, Colette,

Crépusculine, Dan, Danièle, Dourvac'h,

Gazou, Laure, Loetitia, Luce,

Maïté, MissLN, Oursonne, Pierre,

Shanti, Souamie, Sybilline, Sylvie ...

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*

Et vous pouvez encore consulter l'intégralité de notre grand "Catalogue"...

... se trouvant  (toujours) à l'article daté du 4 août 2010 intitulé :

" Notre Grand Cercle de "La Compagnie des Fées" s'agrandit encore... "

*

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Euh... S' rons absents (en itinérance) du 30 oct. au 6 novembre...

Tâch'rons bien d' valider (au fur et à mesure) tous vos gentils messages...

Bises !

(D***)

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samedi 18 septembre 2010

PanGea / XVII

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  Xi-Jîn veille au trésor de l'eau.

  Sur le plat de sa tête, par-dessus le matelas de ses cheveux noués et du petit coussin brodé, elle sent tout le poids de l'eau emprisonnée dans l'argile fragile...

  Elle tient sa cordelette précieuse, lacet passé autour du col de la petite jarre ; son bras replié veille à l'équilibre du trésor remuant au-dessus d'elle alors que son bras libre et habile s'accroche aux rameaux...

  Grand arbre n'en finira donc jamais : de rameau odorant en rameau bleu-vert, ils descendent en silence, sans même oser se reposer...

*

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  Elle repense à tous ces mystères... Sa cordelette dont elle a resserré les tresses avant de s'endormir dans la grotte, là-haut, près des pierres chaudes du feu... Leur grotte s'ouvrant dans la nuit, face au vide effrayant... Grand arbre venu dans la nuit s'appuyer à la paroi, émergeant du tapis blanc des nuages du matin, s'offrant soudain à eux comme une échelle soyeuse... Leur joie de descendre à nouveau en ce monde...

  Chân pense que son pouvoir à elle tient dans l'intérieur de cette corde... Grand-père Gombô l'a tressée pour elle, mêlant les crins de ses chevaux à quelque chose qui vient du moment de sa naissance : ce morceau de peau empli de vie d'entre elle et sa mère, qui a séché dans le mana des chevaux ; car les manas se lient, deviennent ensemble indestructibles ; leur force est telle que sa corde a pu lier Chân à tout son être...

  Comme elle a envie de croire au sortilège caché...

*

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  Sans prévenir, les petites ont sorti leurs mains blanches et souples du grand manteau de Chân ; se sont suspendues ensemble au même rameau. Chân crie pour les faire revenir. Elles sont comme de jeunes singes qui lui échappent en riant.

  Elle veulent, elles aussi, se laisser tomber de branche en branche.

  Xi-Jîn se retient de rire, passe le bout de sa langue autour de ses lèvres... 

  Elle se penche : le sol n'est plus si loin. Tout est si vaste sous ses pieds : comme dans le rêve. Il lui semble qu'un nuage la frôle.

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  C'est la main de Chân : il a réussi à la poser très doucement sur son bras. Que lui dit-il ? Il parle à nouveau yeux baissés - sans ouvrir les lèvres... Elle devra faire de même...

  "Les petites ne risquent plus rien... Grand arbre veillera sur elles..."

  - Tu es sûr ?

  - Il ne parle qu'à moi... Il ne vous connait pas...

  Sa main s'envole de sa peau - on dirait un papillon ; Chân disparaît sous les rameaux verts et bleus par-dessous ses pieds.

  Alors elle soulève la manche de son kimono, caresse le haut de son bras - l'endroit où la main a laissé de sa chaleur - et pose doucement ses lèvres dessus.

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( ... à suivre... )

*

Texte,  photographies & dessins :

DOURVAC'H

(1) & (2) Isla de El Hierro (Canarias), novembre 2009

(3) & (4) Sous-bois, en vallée de la Courbière, 2007

(5) Arbre au matin, alentours d'Alzen, Ariège, printemps 2007

(6) Xi-Jîn dans l'eau de la jarre, dessin, 2007

(7) Eaux de l'Etang d'Appy, été 2010

(8) La lecture interrompue (détail dessin), 2010

*

... et pour Notre projet

PanGea

... (THE book !) ???

*

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Xi-Jîn s'éveilla la première.

Pieds nus, elle courut aussitôt vers la petite fenêtre carrée ;
regardant comme chaque matin l'alignement des murs jaunes d'en face,
détaillant une maison puis une autre
- chacune percée des mêmes carrés obscurs, minuscules.

Elle sentit le froid d'en face.

*

Xi-Jîn, Chân... tous les leurs... les Nôtres...
Aussi cet homme étrange et sa compagne des ombres...
Mais jusqu'où finira Notre Terre ?

*

Récit fantastique par Dourvac'h
Projet d'édition pour décembre 2010
tirage, selon vos demandes, de 20 à 50 exemplaires
(Prix prévisible de fabrication par ex. : 12 euros + 2,50 euros frais d'envoi)

*

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Voici la liste actualisée de nos

Ami/e/s demandeurs/-ses d'exemplaire :

(Nous sommes déjà 20... et j'espère bien n'avoir oublié personne !)

... Acelita, Chris, Christiana, Colette,

Crépusculine, Dan, Danièle, Dourvac'h,

Gazou, Laure, Loetitia, Luce,

Maïté, MissLN, Oursonne, Pierre,

Shanti, Souamie, Sybilline, Sylvie ...

*

P.S. : Vous pouvez également consulter l'intégralité de notre grand "Catalogue"...

... se trouvant à l'article daté du 4 août 2010 intitulé:

" Notre Grand Cercle de "La Compagnie des Fées" s'agrandit encore... "

*

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... et depuis ce 21 septembre, le grand

Dino Buzzati

vous attend sur

Le fleuve Littérature ...

*

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... et une jolie surprise vous attend (dès à présent)

à l'article mauve, juste ci-dessous :

Masculin / Féminin

*

Grand merci d'y participer !!!

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dimanche 29 août 2010

PanGea / XVI

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  Ils tombent, tombent et glissent... passent de branche en branche, comme des fruits murs.

  La lumière du matin les accompagne.

  Chân s'est chargé de Shou-Qîn et Meîshan : les petites se sont enroulées à son cou, l'une par devant, l'autre derrière, comme un double cercle de corde qui pèse. Elles sont à demi couvertes de son grand manteau noir qu'il a noué autour de sa taille : un large abri de toile qui les maintient contre lui. Leurs petites mains s'agrippent et lui enserrent le cou.

  A chaque mouvement, il ressent le poids des têtes enfantines posées contre son torse et son dos.

  Comme il doit être gêné, pense Xi-Jîn...

  Elle s'arrête de temps à autre : c'est pour le regarder et l'admirer en silence...

  Tout comme elle, Shou-Lîen et Hsiao descendent prudemment ; chacun doit se débrouiller seul...

  Leur mère est restée là-haut, dans son refuge blanc ; dès qu'ils auront posé pied sur la terre, Chân remontera et se chargera d'elle.

*

  Shou-Qîn et Meîshan poussent leur cri de surprise et d'effroi chaque fois que Chân se lâche avec son fardeau d'enfants, passant de rameau en rameau.

  On le voit grimacer après chaque saut.

  Heureusement, les rameaux sont proches les uns des autres, très larges, très souples : cela devient un jeu.

  Il se sentent presque heureux : insouciants comme des oiseaux.

*

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  Grand arbre donne le vertige. Ils semblent ici si loin de la terre... Peur de ces branches glissantes... de cette beauté luisante... de cette ivresse de résine. Leurs narines palpitent ; des reflets bleus et blancs émeraudes, parfois ! leur passent sur le visage...

  Tous ensemble, ils passent comme d'une eau à l'autre ; coulent dans le flot de l'arbre ; poissons dont les yeux s'arrondissent ; sentant si proche le fond sableux de la rivière qui se dérobe sans cesse.

( ... à suivre... )

*

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Texte,  photographies & dessin :

DOURVAC'H

*

Au fait... que devient Notre projet

PanGea

... LE livre ?

*

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Xi-Jîn s'éveilla la première.

Pieds nus, elle courut aussitôt vers la petite fenêtre carrée ;
regardant comme chaque matin l'alignement des murs jaunes d'en face,
détaillant une maison puis une autre
- chacune percée des mêmes carrés obscurs, minuscules.

Elle sentit le froid d'en face.

*

Xi-Jîn, Chân... tous les leurs... les Nôtres...
Aussi cet homme étrange et sa compagne des ombres...
Mais jusqu'où finira Notre Terre ?

*

Récit fantastique par Dourvac'h
Projet d'édition pour décembre 2010
tirage, selon vos demandes, de 20 à 50 exemplaires
(Prix prévisible de fabrication par ex. : 12 euros + 2,50 euros frais d'envoi)

*

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... Ne nous reste qu'à vous adresser ce grand

MERCI !!!

... pour votre confiance et "nos" (déjà !) 19 demandes d'exemplaire,

une dette particulière à :

... Acelita, Chris, Christiana, Colette,

Crépusculine, Dan, Danièle, Dourvac'h,

Gazou, Laure, Loetitia, Luce,

Maïté, MissLN, Oursonne, Shanti

Souamie, Sybilline, Sylvie ...

*

P.S. : Vous pouvez également consulter l'intégralité de notre grand "Catalogue"...

... se trouvant à l'article daté du 4 août 2010 :

" Notre Grand Cercle de "La Compagnie des Fées" s'agrandit encore... "

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mercredi 28 juillet 2010

PanGea / XIV & XV

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XIV

Petit-Père et Grand-Frère Li erraient seuls dans l’obscurité.

Ils avaient faim, froid et peur ; ne trouvant plus de forces, ni en l’un ni en l’autre ; leur cœur était vide.

Tout avait commencé à L’endroit secret : sur le rebord du plateau désertique où les grands vents se donnaient rendez-vous. L’aire de terre noire était cernée de murs de ronces… Comme chaque fois, ils en avaient subi les griffures…

Alors, on les vit tomber à genoux dans la terre dévastée… Toutes leurs pommes de terre avaient été dérobées ! Les épines n’avaient pas arrêté les yeux ni les mains fouisseuses d’autres ventres affamés…

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_

Sans doute, leur avant-dernier voyage avait-il été épié…

Malgré la nuit et ses rideaux de pluie…

Malgré le silence et le goût amer sur leurs lèvres… les seuls frôlements de leurs pieds nus…

On les avait suivis ; attendu qu’ils terminent l’enterrement des semences…

Ils se revoyaient tous les deux ce matin : à nouveau perdus dans la nuit des ruelles ; leurs premiers pas hésitants, affaiblis… Longeant les ultimes maisons longues de la cité, arrêtant leur marche pour écouter le moindre pas, le moindre écho… Confiants, pourtant… Ils n’avaient pu imaginer le désastre…

Trop tard ! semblait leur hurler le soleil… Ils retenaient leurs larmes… restant à genoux dans la terre grise et fine, comme si elle pouvait encore les nourrir…

Ils se réjouirent de retrouver l’argile gardienne d’une de leurs réserves d’eau, encore cachée sous les ronces : ainsi put grandir en eux la dernière force de l’eau fraîche. Ils restèrent allongés dans l’ombre courte des buissons d’épines, le ventre clapotant, encore hébétés… tournant le dos au bourgeonnement monstrueux de la terre profanée.

*

_

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Puis l’animal leur était apparu.

Il était noir et blanc de visage ; sa fourrure très épaisse ; son museau court et gracieux.

Le blaireau est un être généreux et distrait : il a bonne réputation. Chasseur pacifique et habile, il entasse le trop grand fruit de ses chasses et de ses rapines… dans des terriers dont il oublie l’existence.

Il lui arrive de s’en faire déposséder et chasser par les coyotes.

Il ne chasse que de nuit, ayant bonne ouïe, bon odorat…

Alors, que venait-il chercher en plein jour ?

Avait-il perdu son flair et toutes ses autres sens ?

Son œil humide leur envoya un éclair bleu ; ses pattes noires se dressèrent ; son corps gris et luisant coula comme une onde derrière les ronces.

Petit-Père et Grand-Frère Li bondirent pour le suivre, retrouvant bientôt ses traces fraîches dans la terre du marécage ; il leur sembla dès lors qu’ils prenaient l’allure de grands chiens courants – sans savoir d’où leur venait cette illusion…

Ainsi ils en oubliaient la chaleur, ils ignoraient leur fatigue…

*

_

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Les chiens de la maison, superbes et affectueux.

Leur poil luisant habitait pour toujours le monde de leurs souvenirs.

Devenus leurs derniers repas de chairs…

Personne ne voulut les voir dépérir d’une même faim atroce ; seul Li eut le courage de les tuer ; et son père de les dépecer.

Personne d’autre qu’eux deux n’accepta d’en manger et ils durent bientôt jeter les restes aux chiens…

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_

XV

L’animal avait disparu en haut de la colline.

Ils étaient las de suivre sa piste.

Li retrouva ses forces ; rampa seul vers le sommet ; se trouva face au ciel blanc, dans l’espace sans limites ; laissa son corps retomber dans le sable.

Il y avait un tertre au milieu de ce désert.

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_

N’était-ce pas un terrier ?

Il y avait une femme debout devant le tertre.

Ne l’avait-elle pas aperçu ?

Elle souriait…

Un lourd nuage de cheveux sombres se déployait loin sur ses épaules.

Sa peau a la couleur du miel.

Tous ses vêtements étranges : jaune, rouge et violet. Un chatoiement de couleurs.

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_

A qui souriait-elle ? Qu’attendait-elle ?

Il resta longtemps couché dans le sable à l’observer.

Il remarqua à peine son père lorsque son souffle court parût près du sien.

Petit-Père observait son fils sans comprendre, ne voyant rien au loin par lui-même, les yeux brouillés par la sueur qui s’écoulait de sous son bonnet déchiré.

Li eut de la compassion pour son père qui paraissait si vieux.

Il se tourna doucement vers lui, son doigt s’appuyant sur ses lèvres :

Chhhhhh…

– Qu’y a-t-il ?

– Père, cette femme…

– Quelle femme ?

– Là-bas… (Pauvre Père, comme ta vue a faibli !) Père, essuyez vos yeux très vite… Ne bougez plus et ne parlez plus !

_

  Son père a fini par la voir à son tour.

  Le temps que Li s’essuie à nouveau le visage et la voilà disparue.

  Une dernière tache colorée tremblait dans l’obscurité…

  Sous le grand dôme de terre…

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_

Ils se redressèrent ; s’approchèrent lentement de l’édifice…

On eût dit la dépouille d’un animal gigantesque : une carapace de tortue que la mort avait laissée en ombrage à ses hôtes du désert.

Nyao-Lîn

– Quoi ?

– Je te dis que c’est elle…

– Notre Mère ?

– Sans doute vient-elle de passer… c’est bien elle… Elle s’est rendue ici pour nous… Je l’ai reconnue !

– Non ! non !

– Fils, nous ferions mieux de la suivre… Elle est exactement… Nyao-Lîn… celle qu’elle était… 

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_

Maintenant, Petit-Père pleurait.

Li le laisse pleurer… oui, même ici, dans cet endroit où rôdent les démons

– … quand nous nous sommes connus…

– Mère est vraiment… ?

– C’est elle… Elle nous dit de la suivre…

Li avait peur ; ça n’avait pas l’aspect complet de sa mère mais seulement quelques-uns de ses traits, un peu de son habillement… Sa mère très jeune, vraiment ? Alors, bien avant de tomber malade… Petit-Père, pourtant, avait cru aussitôt en la réalité de ce nuage coloré… L’ayant à peine discernée, il avait reconnu sa femme…

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_

Cette femme n’était pas à l’image de sa mère défunte…

N’était-ce pas l’animal qu’ils suivaient depuis si longtemps ? … le masque paisible et trompeur d’un démon ?

– Mère est restée là-bas, Père ! Avec Hsiao et mes sœurs… Sûrement vit-elle encore…

– Tais-toi et courage… Elle nous conduira… morte ou vivante…

– Si ça n’était pas elle…

– Crois mes yeux et mon coeur… Elle veut nous montrer quelque chose… morte ou vivante, oui… (Comme ses yeux brillaient…) … sans doute une réserve de bienfaits… des fruits, de la nourriture… Des fruits qu’elle aura cachés bien avant… sans oser nous en parler…

Li soupira.

Comme son père se trompait…

L’animal était maléfique.

Je dois suivre mon père, le protéger…

Ils firent quelques pas de plus vers l’ouverture ; passèrent sous la voûte ; entrèrent dans l’obscurité.

*

_

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Ces galeries d’une ancienne mine où ils erraient…

Jamais elles n’avaient été un garde-manger… sauf pour les bêtes qui y demeuraient !

Les parois de  terre, de roches et d’étais de bois renvoyaient leur contact glacé tout autour ; Li pensa à cette heure du tombeau… Cette pression énorme de la terre compacte mêlée à cette saveur fétide sur les lèvres : un goût douceâtre de pourrissement des chairs.

Absence de lumière. Plus aucun son alentour… Le goût et l’odeur du désespoir.

Ils n’auraient jamais dû suivre la femme...

*

_

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Tant de temps déjà passé dans le noir…

Ils marchent à l’intérieur depuis des heures, des nuits, des années…

Pourquoi est-ce si vaste ?

Comment un si petit tertre peut-il grandir ainsi ?

Ils marchent sans pouvoir revenir à la lumière de l’entrée.

Se guidant par le souffle de l’autre…

Ils regrettent d'être entrés...

Trop tard !

Tout à l’heure, il y a eu…

Ils ont cru revoir les yeux brillants de l’animal qui les attendait…

Puis plus rien.

Seulement le silence de la tombe.

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Un craquement.

Petit-Père s’appuie contre un pilier qui se fend.

La galerie…

Toute la galerie s’éboule.

La terre s’écroule… les étouffe…

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_

Il y a une lumière.

Sûrement une entrée inconnue…

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_

Sortir de ce terrier qui les happe…

Leurs bras se couvrent de poils, leurs mains se chargent de griffes…

Ils se dégagent de la montagne de terre.

Se hissent et sortent à la lumière.

_

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( ... à suivre ... )

*

Texte et photographies :

D O U R V A C ' H

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Vues sur les quatre Etangs dits "de Bassiès"

Extérieurs et intérieurs d'Orrys (abris de berger)

Près de la Pique de Bassiès, hauteurs d'Auzat, vallée du Vicdessos (Ariège),

samedi 24 et dimanche 25 juillet 2010

*

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dimanche 11 juillet 2010

PanGea /XIII

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XIII

Les enfants sont endormis, tous...

Je suis seul éveillé.

Cette nuit, c’était…

... tellement… tellement vaste !

Si je pouvais te faire vivre mon rêve, petite Xi ! 

Il la regarde : comme son petit masque est tranquille dans le sommeil !

Avec une brindille, il chatouille sa joue.

La courte main de la fillette sort du grand manteau pour chasser l’insecte. Xi-Jîn ouvre grand ses yeux… (Tes si grands yeux cernés d’ombre…) ; le regarde par-dessus le feu qui mouronne…

-

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Xi…

Elle aime les reflets de brique mauve du feu sur son visage…

Tu t’étonnes tant de me voir ?

Tu t’étonnes d’être en vie, peut-être ? Oui, que nous soyons tous en vie, simplement… aussi  ta mère, toujours attachée à ce corps…

Où sont ton père et ton frère ?

- Chân, regarde !

Il sait ce que la fillette découvre… Les branches de l’arbre sont arrivées face à la grotte, dans la lumière du matin. Contre l’épaule, ce contact piquant et soyeux.

Il se retourne paisiblement.

Les branches sont pâles et luisantes ; presque bleues.

-

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Les branches du sapin sacré sont un trône où reposent les nuages.

Il revient au petit masque d’argile : les yeux de la fillette brûlent d’une terreur sacrée ; les paupières nacrées aux longs cils tremblent comme si le vent les agitait – ce moment d’ailes de papillon où l’on s’évadera de soi…

Soudain il sait…

Il leur faut quitter ce refuge.

Ce lieu n’est pas sûr.

Quitter ces hauteurs, ces nuages ; emporter une part des vivres, une brassée de branchages secs (Xi-Jîn, Shou-Lîen, Hsiao et lui s’en chargeront le dos, les épaules et le plat de la tête ; les deux petites suivront ; la mère sera un fardeau… )

-

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Il se penche tout au bord du vide.

Ses pieds tremblent…

-

Le socle de la montagne est si loin.

L’arbre aussi haut que trois grands arbres…

Ses mille scintillements

-

Là n’est pas l’émergence…

Cette voix comme un bruissement d’ailes contre son esprit : l’homme de la colonne de poussière parle toujours mais on ne sait d’où.

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( ... à suivre... )

(C'est pour dimanche 25 juillet !)

*

Textes et photographies :

DOURVAC'H

(1) Isla de El Hierro (Canarias), novembre 2009

(2) & (3) Crépuscule à Viviès, Ariège, hiver 2009-2010

(4) San Feliu, Llo (Cerdagne française) : le gouffre (Gorges du Segre)

(5) Crépuscule à Viviès, Ariège, hiver 2009-2010

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dimanche 27 juin 2010

PanGea /XI & XII

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XI

Il y a ici la bonne chaleur du feu.

Les peintures merveilleuses aux parois.

L'à-pic et la nuit glacée derrière le dos de Chân.

La chaleur entre eux tous.

La poitrine de la mère se soulève face aux flammes.

Tous font cercle, accroupis dans la grotte, visages rougis par le feu.

Le feu est ce grand diable roux, qui craque et danse devant eux.

Il y a la hauteur de trois grands arbres entre le pied de la montagne et eux. 

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Xi-Jîn s’évade… pense à l’échelle de lumière : c’est une corde, une petite corde. On dirait qu’elle pousse depuis la plante de nos pieds et nous pousse de là jusqu’au ciel… Il suffit de lui demander… Ils ont pu émerger ici grâce à elle. C’est un lien qui vous emmène là où lui le souhaite…

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Il y a des empilements de buissons secs, sept grandes jarres emplies d’eau, un petite montagne de figues sèches ; la chaleur du feu monte sous la voûte blanche…

  Xi-Jîn regarde les cloques d’en haut de sa main ; l’endroit où elle s’est brûlée en aidant l’une des petites à se relever puis se laver. Elle humecte puis essuie d’un doigt les lèvres râpeuses de sa mère, couvertes de copeaux de peau blanche.

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  Ils ont beaucoup mangé et bu, jusqu’à en avoir mal au ventre. Alors, premiers à quitter la clarté, elle puis Chân se sont éloignés au long d’un boyau qui serpente dans le noir humide. Tout au bout, on voit une fente de nuit plus claire entre l’obscurité de deux roches. On s’accroupit par-dessus. On sent un souffle glacé qui vient de très bas et très loin. Le froid vous passe sur le ventre ; on se retient à la pierre humide ; on essaye de ne pas avoir peur.

«  Il y a ici tout ce que nous souhaitons… » : Chân leur a dit juste ce qu’ils avaient besoin d’entendre…

  Chân dit que c’est un grand sorcier.

   C’est à cause de l’homme aux yeux fendus qu’il sont ici. L’homme a disparu. L’échelle avec lui. La grotte face au vide de la nuit… la paroi nue de la montagne… Comment redescendre ?

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Les démons sont restés derrière les murs de la montagne – à l’extérieur du long serpent d’ombre.

  Xi-Jîn a conduit les trois petites qui ne voulaient pas se lâcher la main, puis Hsiao qui refusait d’y aller seul… Il y avait le rougeoiement du tison qu’elle avançait au-dessus d’eux – au devant d’elle, comme une épée de lumière… Chân a sûrement bien chanté : les démons ne sont pas venus à eux…

Mère n’a pu avaler qu’un petit peu d’eau – eau et figue écrasée dans le creux de la main.

Chân en est revenu, à son tour. Il continue en ce moment ses menaces ou ses remerciements aux démons, tout en nourrissant l’être-feu pour eux seuls…

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  Chân continue de chanter dans sa langue inconnue, toujours accroupi, se balançant d’avant en arrière… Il fixe le feu. Il y a aussi tant de taches sur le corps de sa mère et, depuis ce soir, un cercle noir autour de chaque œil.

  Shou-Lîen reste accrochée à son bras. Ses yeux ont des mouvements de papillon. Son pouce a disparu entre ses lèvres. Elle regarde les étincelles. Les petites se sont endormies comme des chats : en arrière du grand feu… Hsiao s’est enroulé contre le dos décharné de sa mère… 

Jetés sans cesse par les longues mains de Chân, les buissons brûlent très vite : leur odeur est si douce…

Chân parle la langue du feu.

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«  … nâo – tssi – huân – nâo… »

Rester éveillée… j’ai tellement… peur… envie… dormir…  

XII


Chân grimace.
   Sort la langue.
   Sa langue est longue comme la nuit.

Xi-Jîn tremble... Elle veut s’enfuir.
  Le fuir.

L’à-pic devant la caverne…

Elle veut fuir dans le boyau sombre.
  Elle comprend que Chân est devenu le boyau.
  Le dragon aux yeux de feu : celui qui vient de l’engloutir.
  Elle est en lui.
  Passée dans son intérieur.

Elle tombe jusqu’au fond ; ne peut se retenir aux parois lisses ; étouffe.
  Les parois se resserrent.
  Elle voudrait crier.
  Se souvient de l’issue.

Le petit courant d’air glacé vient à elle.
   Souffle sur ses yeux.

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La voilà sortie des entrailles du dragon-Chân.
  L’air est doux.
  Elle repose en équilibre sur la nuit.
  Comme elle s’y trouve bien !
  Si loin du sol.

Immobile au milieu de la nuit ; une corde est sortie de son pied.
  La nuit scintille.
  Elle se sent hissée.

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C’est un grand puits aux lumières…

Quelqu’un descend.
 
Ou bien elle qui monte ?
  Quelqu’un vient à elle.

Elle le reconnaît… Chân
  Elle a prononcé son nom…
  Il vient à sa hauteur.

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Tout son visage emplit l’espace.
  Elle reconnaît son nom à elle dans le mouvement des lèvres muettes.

  Elle parvient à faire bouger ses yeux… essayer de voir en-dessous d’eux…

Il y a cet espace magnifique ; tellement sombre.
  C’est le miroir aux étoiles.

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( ... à suivre... )

*

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... et pour bien vous remettre du rêve de Xi-Jîn,
(issu d'un des rêves de l'auteur)

" Dans le soir et la compagnie des Fées "
vous attend ci-dessus...

*

Texte & photographies :

DOURVAC'H

(1) (3) : Feu de cheminée à Viviès (Ariège), juin 2010
(2) Printemps au Cap de la Serre (Ariège), juin 2010
(4) (5) (6) Crépuscule sur la colline de Gargas à Viviès, juin 2010
(7) (8) Coquelicots à Viviès, juin 2010
(9) (10) (11) Ciel de printemps sur Viviès, juin 2010

(12) Château de Gargas au soir, juin 2010

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