jeudi 7 décembre 2006

Caspar David Friedrich / Rügen

Falaise de craie dans l'île de Rügen

(Caspar David FRIEDRICH, 1818)

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L'oeil de la Mer Baltique - central - est là et nous hypnotise...

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On peut se reconnaître indifféremment dans la jeune femme en rouge, le jeune homme au chapeau sombre ou ce vieil homme troublé par le Grand Vide ou cherchant quelque chose à terre (ses lorgnons simplement cachés dans l'herbe ?) : il semble d'ailleurs qu'on veuille l'aider...

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On ne ressent pas dans cette toile la mélancolie et l'angoisse qu'il y a généralement chez Friedrich.

Posté par muriel, 08 décembre 2006 à 09:53

Une réponse germanisante :

Sans doute suis-je un grand mélancolique caché ?

Jusqu'aux fameux "Les âges de la vie" ("Die Lebenstufen") terminaux, peints en 1835 juste avant l'apoplexie de l'artiste, je ne vois que vision féérique d'un "Au-delà dans les beautés de la Nature" dans toute l'oeuvre de C.D. Friedrich...

Songe, Muriel, encore (songe, c'est le mot...)à sa "Frau am Fenster" ("Femme à la fenêtre", peint en 1822) ou au fameux "Voyageur au-dessus de la mer de nuages" ("Der Wanderer über dem Nebelsee")de 1817-1818, à ces "Kreidefelsen auf Rügen" féériques ci-dessus...

Même "La grande réserve" ("Das grosse Gehege",1832) ou la "Vue sur Arkona au lever de la lune" ("Blick auf Arkona mit aufgehenem Mond", sépia de 1803) sont des enchantements... des Dark Fairies, comme les nomme Emilie Etienne, illustratrice de "La Belle et la Bête"...

Posté par DOURVAC'H, 08 décembre 2006 à 13:02

Mon esprit mélancolique et solitaire fait que je retiens surtout le côté "désolation" de son oeuvre comme "L'Arbre aux corbeaux".
Merci pour toutes ces références...

Posté par muriel, 08 décembre 2006 à 17:09

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UN JOUR VIENDRA

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  " Le lendemain, un samedi, il alla comme souvent rôder aux alentours de la prairie. Cet après-midi-là, il avait un peu neigé, et cette neige éparse formait des fleurs très blanches très délicates sur toute cette étendue. Il tendit la main lentement et aussitôt il craignit de faire tomber cette neige qui ornait la plante morte. Pour quelle raison, lui, qui avait des gestes si brusques et si habiles, devenait-il soudain hésitant ? Il y avait des choses qu'il ne fallait pas toucher ni détruire ? Quelles choses ? Cette vieille plante couverte de neige, avec sa beauté hasardeuse (...) ? "

André DHOTEL, Un jour viendra (1970), réédition Phébus libretto

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photos : Association La Route Inconnue (Amis d'André Dhôtel)

en haut : portail à Voncq

en bas :vue sur l'Aisne

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mercredi 6 décembre 2006

" Ils ont rêvé, c'est sûr. " / 1

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" Devant, lui, inondée par la lumière du couchant,la vallée s'enfonçait, devant lui, les secrets du septentrion se dévoilaient.

Une vague pâleur avait envahi le visage de Drogo, qui regardait, pétrifié. La sentinelle voisine s'était arrêtée et un silence infini semblait être descendu avec les halos du crépuscule. Puis, sans détourner le regard, Drogo demanda :

- Et derrière ? derrière ces roches, comment est-ce ? C'est tout comme ça, jusqu'au bout ?

- Je n'ai jamais vu comment c'était (...) Il faut aller à la nouvelle redoute, celle qui est là-bas, au sommet de ce cône. De là, on voit toute la plaine. on dit...

Et ici, il s'interrompit.

- On dit ?... Qu'est-ce qu'on dit ? (...)

Et une inquiétude inhabituelle faisait trembler sa voix. (...) "

Dino BUZZATI, Il deserto dei Tartari (1945), chapitre III

"Le désert des Tartares" traduit de l'italien par Michel Arnaud, Presses Pocket (2006)

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" Ils ont rêvé, c'est sûr. " / 2

" On dit que toute cette plaine n'est que cailloux, une sorte de désert, des cailloux tout blancs, paraît-il, comme s'il y avait de la neige.

- Rien que des cailloux ? C'est tout ?

- C'est ce qu'on dit : des cailloux et quelques marécages.

- Mais au fond, au Nord, on doit tout de même bien voir quelque chose ?

- En général, à l'horizon, il y a de la brume (...) Il y a les brumes du Nord qui nous empêchent de rien voir. (...)

- Les brumes ! (...) Elles ne doivent pas rester là en permanence, l'horizon doit parfois être clair.

- Il n'est presque jamais clair, même en hiver. Mais il y en a qui prétendent avoir vu...

- Qui prétendent avoir vu ? Quoi donc ?

- Ils ont rêvé, c'est sûr (...) "

Dino BUZZATI, Il deserto dei Tartari (1945), chapitre III

"Le désert des Tartares" traduit de l'italien par Michel Arnaud, Presses Pocket (2006)

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vendredi 1 décembre 2006

ANATOLIE, MONGOLIE, ALTAÏ, TCHOUKOUROVA

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Isolé dans ma province oubliée, je songe aux toits des yourtes croûlant sous le poids de la neige, au pied du Haut-Altaï...

Steppe de l'enfant-chamân Galsan TSCHINAG !

Et cette antique Tchoukourova de l'aède kurde Yachar KEMAL, plaine neigeuse aux plants de coton à l'infini...

Je pense à tout ce qui chante encore : bise qui hurle, loups en meute, tranche dorée de l'épée de cuivre de Maître Haydar - lueurs orangées sur fond émeraude de sa forge...

*********************

Oeuvres de Yachar Kemal :

La Légende des Mille Taureaux

la Légende du Mont Ararat

Tu écraseras le serpent...

Le pilier

Terre de fer, ciel de cuivre

L'herbe qui ne meurt pas

Meurtre au marché des forgerons

Tourterelle, ma tourterelle !

Salman le Solitaire

La Grotte

Salih l'émerveillé

Et les oiseaux sont partis...

Et la mer se fâcha

Regarde l'Euphrate charrier le sang !

************************

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Oeuvres de Galsan Tschinag :

Ciel bleu (*)

Le Monde Gris (*)

Vingt jours et un (*)

Belek, une chasse dans le Haut-Altaï (**)

Djenaa (**)

La fin du chant (**)

La caravane (**)

Ces ouvrages sont disponibles

(*) aux éditions "Métailié"

(**) aux editions "L'Esprit des Péninsules"

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LA MAISON SIMENON

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La Maison Simenon est un immeuble bourgeois de 30.000 étages, aux fenêtres toujours éclairées la nuit.

400 romans...

Rentre par les dix-mille fenêtres qui veut !

Par les mansardes délabrées du "Pendu de Saint-Pholien"...

Par l'existentialisme tranquille des "Gens d'en face", sur les bords de la Mer Noire...

Par les bords de loire de "Monsieur Gallet décédé"...

Par le Ouistreham du " Port des Brumes"

Par les plages vides de la mer du Nord et la place au beffroi nocturne du "Bourgmestre de Furnes"

Par les yeux du frère opiniâtre de "La Disparition d'Odile" (jolie suicidaire à guérir...)

Par le Port-en-Bessin de la petite "Marie du Port"

Par la poésie hivernale et la blondeur de l'héroïne de "La Maison du Canal"

(C'est à suivre... )

illustration : reproduction d'un toile "de jeunesse" de

Caspar David FRIEDRICH

( ... que vous pourrez retrouver sur "Wikipedia")

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jeudi 30 novembre 2006

C.-F. Ramuz / Aimé Pache

Charles-Ferdinand RAMUZ & son "Aimé Pache, peintre Vaudois"...

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Formidable "roman de formation" d'un peintre provincial "futur-raté" s'étant échoué à Paris, publié en 1910, il fut écrit dans les suites d' "Aline" (1905) et "Jean-Luc persécuté" (1909), ses deux premiers romans-tragédies de la condition humaine...

Roman "épais" et léger, c'est une réussite artistique majeure  : il laissera une impression d'apaisement à ses heureux lecteurs...

éd. "L'Age d'Homme" (Lausanne /SUISSE)

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lundi 27 novembre 2006

EN LISANT EN NAVIGANT...

... de livre en livre.

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illustrations : site librairie José Corti :pages Julien GRACQ - bords de Loire

Plaisir à retrouver les pages de sable et de pierres du "Désert des Tartares" (1940/1945) du grand Dino BUZZATI... Le superbe dialogue de la fin du chapitre III est déjà une annonce du destin : entre fééries et maléfices de la fuite du temps...

Lecture croisée du "Rivage des Syrtes" (1951) de Julien GRACQ, entre Orsenna et ces rivages désertiques des Syrtes où l'on entreprend au soir ces grandes chevauchées... " à hauteur de roseaux, entre ciel et moulin... : pour nous passer le temps... " (Jacques BREL, Regarde bien, petit !).

P.S. : ne retrouvant plus le beau site de Muriel, "La vie comme elle va"..., je pense cependant à faire encore se remplir sa bibliothèque... Pourvu qu'elle me lise !

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vendredi 24 novembre 2006

AU JARDIN

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" Elle le suivit dans la profondeur émeraude des forêts. Les lueurs orangées du couchant leur faisaient parfois lever la tête.

(On se laissait guider par la couleur du ciel.)

- Dis... C'est important si on se perd ?
- Tu as mangé, moi non ! Je mangerai des fourmis et tu pourras dormir...
- Où ça ?
- Partout. Au sommet d'un arbre, à l'entrée d'une grotte...
- Il y a des grottes ?
- Une, oui... Je dormirai à côté de toi, ne t'en fais pas... Mais avant... "

DOURVAC'H, Au Jardin, pages 13-14, manuscrit inédit (sept. 2006)

*

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" (...) là, de mon perchoir, en me penchant et pliant entièrement, j'ai pu atteindre la surface de l'eau : je laisse glisser mon doigt au-dessus... Je regarde mes doigts pâles... De ma main entrouverte, j'écarte la brume.
La barque continue d'avancer.

La nuit autour de nous ; glissant en dessous de nous... fuyant sous notre barque.

Sous la barque, le ciel est rempli d'étoiles.
"

DOURVAC'H, Au Jardin, pages 61, manuscrit inédit (sept. 2006)

illustrations : Site Librairie José Corti : pages "Julien Gracq"

barques et ponton sur les bords de l'Evre, près Saint-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire)

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LE RIVAGE DES SYRTES

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" La province des Syrtes, perdue aux confins du sud, est comme l'Ultima Thulé des territoires d'Orsenna. Des routes rares  et mal entretenues la relient à la capitale, au travers d'une région à demi désertique. La côte qui la borde, plate et festonnée de heuts-fonds dangereux, n'a jamais permis l'établissement d'un port utilisable. La mer qui la longe est vide : des vestiges et des ruines antiques rendent plus sensible la désolation de ses abords. (...) "

Julien GRACQ, Le Rivage des Syrtes, Librairie José Corti, 1951

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