dimanche 27 juin 2010

PanGea /XI & XII

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XI

Il y a ici la bonne chaleur du feu.

Les peintures merveilleuses aux parois.

L'à-pic et la nuit glacée derrière le dos de Chân.

La chaleur entre eux tous.

La poitrine de la mère se soulève face aux flammes.

Tous font cercle, accroupis dans la grotte, visages rougis par le feu.

Le feu est ce grand diable roux, qui craque et danse devant eux.

Il y a la hauteur de trois grands arbres entre le pied de la montagne et eux. 

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Xi-Jîn s’évade… pense à l’échelle de lumière : c’est une corde, une petite corde. On dirait qu’elle pousse depuis la plante de nos pieds et nous pousse de là jusqu’au ciel… Il suffit de lui demander… Ils ont pu émerger ici grâce à elle. C’est un lien qui vous emmène là où lui le souhaite…

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Il y a des empilements de buissons secs, sept grandes jarres emplies d’eau, un petite montagne de figues sèches ; la chaleur du feu monte sous la voûte blanche…

  Xi-Jîn regarde les cloques d’en haut de sa main ; l’endroit où elle s’est brûlée en aidant l’une des petites à se relever puis se laver. Elle humecte puis essuie d’un doigt les lèvres râpeuses de sa mère, couvertes de copeaux de peau blanche.

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  Ils ont beaucoup mangé et bu, jusqu’à en avoir mal au ventre. Alors, premiers à quitter la clarté, elle puis Chân se sont éloignés au long d’un boyau qui serpente dans le noir humide. Tout au bout, on voit une fente de nuit plus claire entre l’obscurité de deux roches. On s’accroupit par-dessus. On sent un souffle glacé qui vient de très bas et très loin. Le froid vous passe sur le ventre ; on se retient à la pierre humide ; on essaye de ne pas avoir peur.

«  Il y a ici tout ce que nous souhaitons… » : Chân leur a dit juste ce qu’ils avaient besoin d’entendre…

  Chân dit que c’est un grand sorcier.

   C’est à cause de l’homme aux yeux fendus qu’il sont ici. L’homme a disparu. L’échelle avec lui. La grotte face au vide de la nuit… la paroi nue de la montagne… Comment redescendre ?

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Les démons sont restés derrière les murs de la montagne – à l’extérieur du long serpent d’ombre.

  Xi-Jîn a conduit les trois petites qui ne voulaient pas se lâcher la main, puis Hsiao qui refusait d’y aller seul… Il y avait le rougeoiement du tison qu’elle avançait au-dessus d’eux – au devant d’elle, comme une épée de lumière… Chân a sûrement bien chanté : les démons ne sont pas venus à eux…

Mère n’a pu avaler qu’un petit peu d’eau – eau et figue écrasée dans le creux de la main.

Chân en est revenu, à son tour. Il continue en ce moment ses menaces ou ses remerciements aux démons, tout en nourrissant l’être-feu pour eux seuls…

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  Chân continue de chanter dans sa langue inconnue, toujours accroupi, se balançant d’avant en arrière… Il fixe le feu. Il y a aussi tant de taches sur le corps de sa mère et, depuis ce soir, un cercle noir autour de chaque œil.

  Shou-Lîen reste accrochée à son bras. Ses yeux ont des mouvements de papillon. Son pouce a disparu entre ses lèvres. Elle regarde les étincelles. Les petites se sont endormies comme des chats : en arrière du grand feu… Hsiao s’est enroulé contre le dos décharné de sa mère… 

Jetés sans cesse par les longues mains de Chân, les buissons brûlent très vite : leur odeur est si douce…

Chân parle la langue du feu.

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«  … nâo – tssi – huân – nâo… »

Rester éveillée… j’ai tellement… peur… envie… dormir…  

XII


Chân grimace.
   Sort la langue.
   Sa langue est longue comme la nuit.

Xi-Jîn tremble... Elle veut s’enfuir.
  Le fuir.

L’à-pic devant la caverne…

Elle veut fuir dans le boyau sombre.
  Elle comprend que Chân est devenu le boyau.
  Le dragon aux yeux de feu : celui qui vient de l’engloutir.
  Elle est en lui.
  Passée dans son intérieur.

Elle tombe jusqu’au fond ; ne peut se retenir aux parois lisses ; étouffe.
  Les parois se resserrent.
  Elle voudrait crier.
  Se souvient de l’issue.

Le petit courant d’air glacé vient à elle.
   Souffle sur ses yeux.

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La voilà sortie des entrailles du dragon-Chân.
  L’air est doux.
  Elle repose en équilibre sur la nuit.
  Comme elle s’y trouve bien !
  Si loin du sol.

Immobile au milieu de la nuit ; une corde est sortie de son pied.
  La nuit scintille.
  Elle se sent hissée.

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C’est un grand puits aux lumières…

Quelqu’un descend.
 
Ou bien elle qui monte ?
  Quelqu’un vient à elle.

Elle le reconnaît… Chân
  Elle a prononcé son nom…
  Il vient à sa hauteur.

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Tout son visage emplit l’espace.
  Elle reconnaît son nom à elle dans le mouvement des lèvres muettes.

  Elle parvient à faire bouger ses yeux… essayer de voir en-dessous d’eux…

Il y a cet espace magnifique ; tellement sombre.
  C’est le miroir aux étoiles.

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( ... à suivre... )

*

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... et pour bien vous remettre du rêve de Xi-Jîn,
(issu d'un des rêves de l'auteur)

" Dans le soir et la compagnie des Fées "
vous attend ci-dessus...

*

Texte & photographies :

DOURVAC'H

(1) (3) : Feu de cheminée à Viviès (Ariège), juin 2010
(2) Printemps au Cap de la Serre (Ariège), juin 2010
(4) (5) (6) Crépuscule sur la colline de Gargas à Viviès, juin 2010
(7) (8) Coquelicots à Viviès, juin 2010
(9) (10) (11) Ciel de printemps sur Viviès, juin 2010

(12) Château de Gargas au soir, juin 2010

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dimanche 20 juin 2010

PanGea /X

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X

 

  Ils sont dans l’ombre de la montagne ; réfugiés à son pied.
  Les enfants sont tous endormis – même Xi-Jîn ; Chân sent sa joue ronde palpiter contre son genou. Il vient de lui laisser son grand manteau et la petite Shou-Lîen s’y est enroulée dedans, elle aussi…

  Hsiao dort sur le lit de planches du fond de la charrette, tout contre sa mère – comme ses deux sœurs de l’autre côté, à l’abri des montants qui s’offrent en rempart contre le vent de glace.

  Autour des épaules de Chân, la paroi blanche de la falaise ; avant qu’ils ne s’arrêtent ici, il a reconnu là-haut l’œil de la caverne inaccessible… l’œil lui a fait signe… Il y a autour le froid de la pierre et du soir.

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   Peut-être y a-t-il de la nourriture cachée, là-haut ?
  Des parois de craie luisante… aussi leurs créatures de chair, de poils, de plumes, bien vivantes et visibles…

  Tiens, là-bas ! Dans le lit de la rivière sèche… au-dessus de ces énormes galets – comme des œufs gris et blancs… on dirait…

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  Quelque chose vient, qui fait briller l’air…
  L’air est devenu jaune et ce jaune vient vers nous ; suit notre chemin.
  Une colonne de poussière…


  Est-ce là le visage des démons de la montagne ?

  Il se retourne, joue contre la paroi glacée, voudrait passer au travers…

  Moi qui me croyais un homme, un grand sorcier : je tremble pour mes jours…avec cette pauvre troupe de gosses autour de moi… Comment pourraient-ils me protéger ? Cette mule, cette vieille charrette, cette femme qui se meurt, ses cinq enfants endormis…Tous continuent de dormir ou d’approcher leur mort…

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  Le tourbillon grandit ; monte seul le chemin qui les a mené ici.
  Il vient vers eux puisqu’ils sont ici. Parce qu’il les a vus.


  Chân doit être un homme.

  Je dois me lever... Le voici debout.

  Aussitôt, Xi-Jîn et sa sœur s’éveillent : la plus petite pleure… se frotte les yeux, à cause de la peur puis de la poussière.
  Chân reste les yeux plissés. Il se sent grand mais rien d’autre ; si faible devant les trop grandes forces de la montagne.

  Ils viennent pour moi. N’ai-je pas vaincu tous leurs Frères ?

  La colonne toute proche : c’est un puits de lumière… un animal gigantesque… qui les flaire puis s’écarte ; se cabre contre la falaise.


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  La poussière est partout : sur la mule qui râle, les petites qui sanglotent, la presque-morte…
  Poussière jaune qui cuit l’air comme farine
brûle les yeux.
  Il pense à un troupeau de buffles en fuite.
  Ses paupières se figent et deviennent pierre.
  Ses yeux repoussent au loin le lac des larmes.
  Tout son visage devient masque.

  Il a tourné son regard vers le ciel : un voile doré, là-haut…
  Il sait… il l’a vu là-haut.
  Est-il seul à le voir ?


  L’homme couleur de maïs au cœur du tourbillon…
  On dirait qu’il s’y tient assis.

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( ... à suivre... )

... pour ce dimanche 27 juin, à vesprées !

*

Merci à Vous, toutes et tous, pour votre confiance...
... et, pour vos demandes de publication, à :

Loetitia, Chris, Oursonne, Luce, MissLN, Acelita,
Crépusculine, Danièle, Souamie, Laure, Gazou, Sybilline...

(liste ouverte, actualisée ce 21 juin)

PanGea - le livre -
sera fin prêt en décembre
pour Vous, c'est promis !!!

*

Texte, illustrations & photographies :

DOURVAC'H

(1) Globules de Pissenlit, Couserans, avril 2010

(2) Grotte de la Cunha, Montagne de la Frau (Ariège), avril 2007

(3) (4) Fleurs de Pissenlit, Couserans, avril 2010

(5) Auvent de la Grotte de la Cunha, Montagne de la Frau (Ariège), avril 2007

(6) Fleurs, versant oriental de la montagne de la Frau (Ariège), avril 2007

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dimanche 13 juin 2010

PanGea /IX

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IX


  Il tenait la petite paysanne par la main. Il lui serrait la main très fort. Pourquoi s’était-il autant attaché à elle ?

  La charrette grinçait de temps en temps : il y avait dessus le poids léger de leur mère étendue, des trois petites sœurs et leur morveux de petit frère.

  Il y avait ces mille pierres du chemin qui n’arrachaient plus la moindre plainte à la mourante. Puis ce sentier trouvé dans les soulèvements de terre rouge.

  L’homme de la ruelle avait parlé d’un chemin pour eux semé d’éclairs.

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   C’est ainsi que les images arrivaient : surprendre le tronc blanc d’un arbre, une odeur de mangues pourrissantes, ce sentier qui luit sur la montagne d’en face…

  Ils allaient devoir marcher là-haut… Déjà la chaleur les accablait. Les petites reniflaient ou chassaient les mouches. Petit frère stupide jouait à vouloir accélérer les pas de la mule – la frappant d’une trop courte tige de bambou vert et cassant.

   Sûrement, Père et Grand frère se trouvaient encore de ce côté-ci du monde… S’ils étaient morts au loin, ils seraient venus aussitôt entourer Xi-Jîn et les siens, sous leur forme d’esprits incrédules – leurs petites voix bien reconnaissables dans cette nuée de mouches…

   Chân sent la petite main brûler dans la sienne.

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  « Comme j’ai envie que tu grandisses…Ces esprits serpents que j’ai su éveiller, qu’ils fassent couler nos années plus vite que le torrent… Xi-Jîn, nous serons un jour mari et femme, le veux-tu ? »

  Xi-Jîn n’entendit rien…
  Chân n’avait pas entrouvert la fleur de son esprit.

*

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  – Chân…
  – Et bien ?
  – Ma mère… que va-t-il lui arriver ?
  – …

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  Il ne répond pas. Il a de grands yeux sombres qui font frissonner. Des cheveux qui tombent sur le regard, comme une brassée de chaumes déplacés par le vent. Son visage fait penser à ces maisons obscures où brille une faible lumière.

  Elle voudrait se réfugier dans l’ombre de ses cheveux ; regarder la pluie sous la caresse de ses cils, blottie contre ses joues rêches.

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  Elle regarde le duvet noir par dessus la grande bouche qui s’ouvre :

  – Ta mère ne vivra plus longtemps sous cette forme… Ne la pleure pas ! On s’accroche toujours à sa forme ancienne… à quoi bon ?
   – Elle a mal, sûrement…
   – Si nous la retenons, elle souffrira toujours plus…

     Mais elle ne pense plus à sa mère – Chân vient de lui parler longuement par le souffle et les lèvres.
       Alors elle rapproche son visage du sien.

     – Qu’est-ce que tu fais, Xi-Jîn ?
     – C’est pour frotter ton nez au mien…
     – Comme tu veux… mais pense que je ne suis même pas ton frère…

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  Il se prête brièvement à son jeu ; pose ses mains sur ses épaules ; découvre sur sa tête six petits nouets de cheveux sombres :

  – Ces petits hommes que tu as sur la tête…
  – C’est eux qui me protègent : ils sont six…
  – Drôles de Gardiens… Ils t’ont laissée m’approcher…
  – Ils t’aiment bien…

  Elle rit de lui voir ce joli sourire – si vite éteint.

( ... à suivre... )

... pour ce dimanche 20 juin aux aurores !

*
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... et le regard de
Sarah

peint par Barbara
vous attend à l'article ci-dessous !

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Texte, illustrations & photographies

(sauf  pour 8) :

DOURVAC'H

(1), (2) , (3) Trois ouvertures en ciel, Viviès (Ariège), juin 2010

(4), (5) , (6) Nid de Grives musiciennes au Cerisier, Viviès, juin 2010

(7) Roses-soeurs à Viviès, 14 juin 2010

(8) Sarah brodeuse (détail), oeuvre de BARBARA DELAPLACE, huile sur toile, mai 2010

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Le regard de Sarah...

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Quelque chose s'évade de tes yeux...

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... d'étrangement Vermeerien...

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...insaisissable et doux...

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Grâce enfantine en ton geste tendre...

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Ton oeuvre originale
et son extraordinaire présence...

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Transparences de jupons et songes de la lumière...

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Le monde-fée de Barbara existe bel et bien "en vrai"...

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Un regard d'artiste est une rose posée sur nos vies...

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Mille mercis émerveillés
pour la beauté de ton art, Barbara !!!

*

Sarah brodeuse

huile sur toile
(55 x 33 cm)

oeuvre de

Barbara Delaplace

(Revisitons toute ton oeuvre peinte en cliquant sur ton nom !!! )

*

... et notre PanGea...

(au grand chapitre IX)

reviendra bien pour Vous ce dimanche 13
... avant les douze coups de minuit...
presque comme promis !!!

... récit bien sombre, certes,
cheminant de ses obscurités
aux vertes lueurs océanes...

Dourvac'h

*

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photographies :
Dourvac'h

Détails et ensemble de l'original de Barbara Delaplace,  juin 2010
Sarah brodeuse accueillie à Viviès, 12 juin 2010
Roses-soeurs au Jardin de Viviès (Ariège),  juin 2010

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lundi 7 juin 2010

PanGea /VII & VIII

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VII


  L’homme de la ruelle avait un teint de cuivre ; il se tenait depuis un moment immobile ; l’ombre de son manteau de laine semblait vouloir couvrir tout le mur.
  De quel Clan était-il ?

  Chân essaya de se glisser à l’intérieur de son être, par la lisière de ses yeux. Alors qu’il survolait les reliefs du visage immobiles, les yeux calmes le repoussèrent : il n’eut plus aucune prise sur la falaise immense du visage aux parois lisses et claires ; il en perdit l’équilibre ; se rétablit sous le surplomb du nez ; vit cette lumière blanche au-dessus du front : ce sommet-là où fourmillent les aigles…

  L’homme était de ceux dont la porte s’ouvre par en-haut de la tête.

  L’homme vint vers lui, comme pour lui demander son chemin. Il parla aussitôt dans sa langue de roche sèche, sans se soucier d’être compris ; lui laissant son esprit grand-ouvert : que l’adolescent lise clair son long sentier d’étoile et de nuages fuyants…

  Chân était devant ce ciel blanc.

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  – Je suis là pour elle...
  – Elle ?
  – L’enfant… Ecoute bien, frère ! Quand tes yeux ont commencé à danser près du soleil – là, face à moi, j’ai su qui tu étais… Tu viens de la Porte des brumes… Tes yeux savent voyager à l’intérieur des êtres… Aussi, tu n’es pas un de ces Deux-Cœurs : je n’aurai pas à me méfier de toi… Défie-toi juste de parler par ma langue ! Garde les mots de ton peuple et n’essaye plus jamais d’ouvrir mes lèvres !

  L’homme tendit ses yeux au ciel jaune, vers la ligne de faîte des maisons-forteresses sous l’écluse :

  – Nous formons le Cinquième monde, et ce monde finit ici. La petite le sait-elle ?

  Que voulait-il à Xi-Jîn ?

  – Ce que je veux ? Dis-le lui : je viendrai tous vous chercher à la prochaine migration…

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  Mais il cherche quelque chose dans la muraille ; remue entre ses mains ridées des boules de boue et de paille séchées…

  – … avant qu’il soit mis un terme à ce monde… Le temps que Taiowâ donne l’ordre, que la goutte des nuits de là-haut s’en vienne luire sur notre sol… Mon Clan, celui du Serpent, ressemble à l’hirondelle : il va et vient, fait un voyage et revient…

  Ses yeux parlent d’au milieu du ciel… fixes comme sont les yeux des morts.

  – Nous avons fait alliance… Sont venus Ceux de L’Ours… Ceux de la Flûte bleue… Des forces… Les forces des Autres nous manquent encore… comme du temps de Tuwâqachi… Quand le Quatrième monde s’est perdu… Il se rétractait jusqu’à son point final quand soudain, Masâw…

  Chân a peur pour Xi-Jîn ; peur de cet homme ; peur des paroles de cet homme…

  – Masâw n’a pas su nous protéger… C’est un mauvais Gardien !… un faux protecteur, un vantard, un menteur… mais il a su prendre possession de l’Île…

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  Que veux-t-il me montrer ? Je préfère ne pas voir…

  – Notre sentier est bien Tâwataho, le Serpent volant qui ne touche jamais le sol… Lève tes yeux, toi aussi !

  Au-dessus des toits, Chân le vit...

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VIII


  Xi-Jîn s’éveilla une nouvelle fois parmi ses sœurs.

Elle entendit geindre : sous ses couvertures grises, sa mère dépérissait – des taches noires fleurissaient sa peau. Elle ne mangeait plus rien et l’on ne savait plus dire quand elle dormait ou veillait.

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  De toute façon, il ne restait plus rien à manger à la maison ; la veille, leur père était parti avant le lever du jour, éveillant Grand frère Li : une longue journée avait passé à les attendre tous les deux, puis cette nuit où les étoiles s’agitaient en tous sens. Petit frère Hsiao était chargé de prendre soin de sa mère tout ce temps-là… aussi, de veiller sur ses sœurs…

  Hsiao avait raconté : comment il s’être levé avant le départ de Li…
  Li s’était rapproché de son frère, lèvres tout près de l’oreille…

  Père et lui partaient reprendre à la terre la moitié des patates douces qu’ils lui avaient confiées à la Lune passée…

  Mais peut-être Hsiao avait-il rêvé ? ... peut-être continué de dormir, partageant le profond sommeil de ses sœurs ...

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  Hsiao était encore plus petit que Xi-Jîn. Il avait un cordon de cheveux noirs qui le rendait arrogant ; s’imaginant mandarin lorsqu’il restait trop longtemps seul parmi elles toute fille demeurant son inférieure.

  Maintenant, il préférait dormir encore…

  Xi-Jîn vit l’homme du rêve à la fenêtre…
  Non, ça ne pouvait être lui… L’homme du rêve vit dans le rêve ; son grand manteau couleur de terre tendu sur les épaules ; sa peau de maïs desséché qui jaunit à l’automne…

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  Chân…
  C’était Chân derrière la fenêtre ! Elle ne l’avait jamais vu sourire et il lui souriait…

  Voici qu’elle s’approche, s’incline et joint les mains devant lui.

  Chân n’est pas cet inconnu.
  Chân ressemble si peu aux rêves.

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*

( ... à suivre... )

... à ce dimanche 13 juin, dès mâtines !

*

Texte & photographies :
DOURVAC'H

*

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Merci à Vous, toutes et tous pour votre confiance...

... et, pour vos demandes de publication :  

à Loetitia, Chris, Oursonne, Luce, MissLN, Acelita,
Crépusculine, Danièle, Souamie, Laure, Gazou...

(liste ouverte, actualisée ce 7 juin)

"PanGea"- le livre - sera pour Vous
... fin prêt en décembre, promis !!!

*

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... et à l'article ci-dessous, vous trouverez parmi quelques photos
une longue explication de notre démarche auto-éditoriale,
enrichie de vos beaux témoignages et contributions
...

*

... et toujours à l'enseigne de
La Compagnie des Fées

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Nos précédents livres restant disponibles à ce jour :
 
Au Jardin
(23 illustrations d' ISALY, 2008, tirage 50 ex.) : 5 exemplaires
(Prix de fabrication par ex. : 13,50 euros + 2,50 euros frais d'envoi)

Fées, Rêves et Glaces
(
2008, tirage 50 ex.) : 10 exemplaires
(Prix de fabrication par ex. : 10 euros + 2,50 euros frais d'envoi)

L'été et les ombres (éd. 2009, tirage 30 ex.) : 0 exemplaire (hélàs!)
(Prix de fabrication par ex. : 11 euros + 2,50 euros frais d'envoi)

*
contact :

dourvac_h@live.fr


*

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... enfin, si le coeur vous en dit,
suivez notre grande échappée belle sur...

Le fleuve Littérature

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samedi 5 juin 2010

"La Compagnie des Fées" ou "petite" réponse dourvac'hienne...

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Tout d'abord un grand MERCI
pour tous vos "petits mots" sous PanGea
qui encouragent si fort à poursuivre !!!

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Pourvu que le chapitre VII de PanGea ne vous perturbe pas trop...
La mythologie hopie y fera son entrée fracassante !
Puis le VIII, qui sera le ressenti de Chân...
Bref, vous gagnerez deux chapitres pour le prix d'un seul
à partir de ce lundi 7 juin, dès mâtines...

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C'est une saga, et une saga c'est long, par définition... alors, ne vous découragez pas !!! Jamais... Et si vous rechignez (sans oser me le dire, parfois) à suivre jusqu'au bout l'odyssée de Xi-Jîn et Chân "sur petit écran" (car c'est fatigant, la lecture sur écran, même en gros caractères gras...), et bien rassurez-vous : NOTRE livre existera pour de bon avant cette fin d'année !!! Et si nous sommes plutôt 20 (à terme) à demander ce livre, sa fabrication deviendra bien meilleur marché que si nous restons à 10 (Bonne note nous avons donc pris - depuis le début de cette parution en épisodes - de vos 10 + 1 demandes !)  ...

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C'est qu'il nous faut batailler ferme pour faire vivre, aujourd'hui, une petite oeuvre en France - et même à ses 30 ou 50 chétifs exemplaires auto-édités... bref, à une toute autre échelle que "du" Nothomb-qui fait-sa-maline (des tirages à 50.000 ex.) ou que celle de ces polars branchouilles au style mécanique interchangeable (courageusement, je ne citerai pas de noms d'auteurs... mais comparativement à ces produits d'usine, les Maigret de Georges Simenon ont un style et un classicisme proches des oeuvres de Maupassant...)

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Ici, nous sommes dans le plus pur artisanat - et tous ses défauts héroïques !

PanGea a dû avoir droit de ma part (entre 2003 et 2007) à mes 25 envois (naïfs) de son manuscrit vers les fameuses "maisons d'édition"... lorsque j'y croyais encore... leurs réponses étaient polies ou stéréotypées (lettres-formulaires habituelles, pré-imprimées)... et il fallait payer les timbres autant pour envoyer que pour faire revenir chaque manuscrit adressé... avec la seule certitude de n'avoir même pas été lu... car en fait, "ils" n'ont plus besoin de l'extérieur... "ils" ont déjà leur cheptel... à nous de ne plus être naïfs et d'économiser nos timbres !

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Au Jardin et L'été et les ombres ont eu droit ainsi à ces mêmes allers-et-venues inutiles jusqu'à ce que je prenne la décision - de guerre lasse - de les éditer moi-même, pour Vous, à 30 ou 50 exemplaires...

Et bé, j'ai bien fée car gagné plein de belles lectures commentées de votre part...

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Bon, là j'ai vraiment pas le moral mais en me forçant et me contraignant, suant banalement sang et eau pour ne point "décrocher" de cette noble tâche : pouvoir Vous livrer TOUT PanGea vaille que vaille avant la fin de cette année... et sans doute mon Grand Large pour juin de l'an prochain...

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Tout comme Vous, visiblement,
le personnage dont je me sens le plus proche est  Xi-Jîn...

Vient Chân ensuite, qui nous reste plus mystérieux, insaisissable !

Les prénoms des grands-parents de Xi-Jîn, Gombô et Pâgma, nous viennent des "héros" nomades éleveurs de Mongolie, jouant leur propre rôle dans le magnifique Urga du cinéaste russe Nikita Mikhalkov (devenu depuis apparatchik pro-poutinien, président de l'Union des Cinéastes de son pays, banalement corrompu et s'offrant cette gâterie d'être nostagique du stalinisme... mais oublions vite cela !).

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Xi-Jîn et Chân ont des parentés phonétiques avec mon prénom "dans le civil". Quant à Shou-Lîen, il s'agit du prénom d'une des femmes du film Epouses et concubines de Zhang Yimou (très belle adaptation du merveilleux roman de Su Tong).

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Le livre PanGea sera donc auto-édité en décembre 2010
et comprendra même une annexe (sous forme de glossaire)
vous présentant brièvement mythes et personnages-clés de la Civilisation hopie...

Et n'oubliez pas d'aller voguer sur notre beau...

 ... fleuve Littérature ...

De belles journées enluminées et uniques à Vous !

*

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Photographies :
DOURVAC'H

Autour de notre maison à Viviès (Ariège),
soirée du 3 juin 2010

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dimanche 30 mai 2010

PanGea /VI

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VI


  Pâgma était morte il n’y a pas si longtemps. Gombô avait abandonné son corps aux oiseaux puis s’était accoutumé à vieillir seul.

  La yourte tenait malgré tout debout, couchée parmi les courbes de la steppe. En fait, grand-père Gombô craignait seulement la venue de la nuit, las des gémissements de la Pagmâ de l’autre monde.

  Shou-Lîen et Xi-Jîn étaient ses préférées ; elles profitaient du voyage de l’oncle Tchou pour grimper dans son attelage, restant ensuite une journée ou deux pour aider le vieux nomade à mieux tenir son ménage.

  Gombô l’entêté avait sacrifié ses vaches mais gardé leurs deux chevaux et une trentaine de brebis avec lui – telle restait sa force de vivre aux côtés de Pâgma.
  Il préférait recevoir ses visites au grand jour lorsqu’il regardait les herbes hautes danser dans le vent après avoir longuement chevauché… Il montait sans effort à cheval, en descendait lestement. Plutôt que sentir les mains humides de sa compagne caresser longuement – chaque nuit – son visage endormi, il préférait venir parlementer avec elle dans l’air doré du jour… Les âmes sont insatiables si l’on ne va pas à leur devant.

  Pâgma avait gardé le visage de ses vingt ans ; tout le charme d’une âme qui se souvient des heures de la première rencontre et revêt pour toujours son apparence la plus heureuse…

  « Grand-Père, tu ne dors pas ? »

  Gombô ruminait de l’autre côté du poêle.

  Au moins, chez Grand-Père, il fait chaud…

  Shou-Lîen remuait dans son sommeil, ce qui n’arrivait pas dans la chambre haute des parents… Peut-être était-ce les rêves ?

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  Grand-Père disait que les rêves sont toujours différents, ici…

  Pâgma devait visiter Shou-Lîen… et même la prendre pour sa propre fille ! Il y avait une telle ressemblance entre leur mère enfant et Shou-Lîen (ce que disait Grand-Père) …

  Xi-Jîn ne trouvait pas le sommeil.

  Si je savais bien allumer la lampe à huile…

  Chân, dans le noir complet, n’aurait pas eu besoin de lumière !

  Des petits bruits dehors...
  Attention !

  « Schlpp… Schlpp… »

  Ce sont les chevaux ! Tout près de la paroi, derrière le feutre aux poils lisses et durcis. Comme si leurs nasaux pouvaient venir souffler sur son visage ; leurs grandes dents blanches s’approcher et la happer.

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  Elle a l’impression d’être dehors.
  Dehors est tellement vaste.

  « Schlpp… Schlpp… » ... fffffffffffff...

  Elle écoutait le vent qui couchait les herbes.
  Pourquoi est-ce si vaste par ici ? Alors que tout est si resserré, là d’où elle vient…

  Comme elle aimerait vivre ici ! Elle sait, pourtant…

  Grand-père va bientôt mourir. Il passe des choses sifflantes dans sa poitrine. Cela va bloquer son ventre et ses eaux d’en-bas… Les esprits ne peuvent plus le sauver.

  Gombô attend son heure : l’heure de Pâgma.
  Tous deux seront réunis à nouveau dans le campement désert.

  Impossible de dormir.
  Des coups de vent.
  On sent la présence des monts, par derrière.

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  Un jour, Grand-père a parlé de l’endroit d’où nous sommes venus… ce nombril de Notre Terre…

  Tous : hommes, femmes, enfants, vieillards, partis en longues chaînes à partir de là… Gombô ne sait pas lui-même si ça s’est passé comme ça, ni où est l’endroit…

  « Au centre du monde d’où l’on voit… »

  Gombô se demande sûrement encore pourquoi sa fille a épousé cet homme des cités sombres !

  Qui racontera encore pareilles histoires quand Grand-père ne sera plus là ?
  Il nous faudra revenir dans la steppe. Ecouter les rêves.
  Ici.

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  Xi-Jîn l’entend chuchoter : il parle à sa femme, de l’autre côté

  Plic… plic…plic… plic…

  La pluie sur les herbes… sur les nattes de paille qui recouvrent les côtés ; sur les peaux d’animaux, la pluie glisse : on n’entend rien là-haut.

  Elle essaye de faire surgir et voler ses yeux dans le noir – comme Chân !

  Rien à faire. On ne voit rien ! Restant au chaud, son dos contre le dos tiède de Shou-Lîen, on voit bien mieux dehors… En compagnie des bruits.

  Un craquement puis un autre… Des coups sourds, répétés, de plus en plus faibles… comme quelqu’un qui frappe et n’ose pas entrer !

  Trois… quatre… … … neuf ! Elle se souvient qu’il n’y a plus de porte : juste la peau de la petite génisse qu’elle aimait tant, suspendue à l’entrée…

  Un roulement de tonnerre. Puis ça craque – tellement fort !
  Comme si les rayons de roue au-dessus de leurs litières allaient se fendre et s’abattre sur eux trois…

  Il n’y a qu’un seul mur de montagne, à une journée de marche du campement : alors pourquoi ces neuf, dix, … douze échos lointains ?

  Elle se pose ces questions étranges qui lui font oublier qu’elle ne dort pas. La yourte les protège. La pluie frappe partout les peaux du toit, faisant bientôt un bruit mou de torrent.

  Bientôt, elle n’aura plus peur du tout…

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( ... à suivre... )

( pour dimanche 6 juin, matin )

*

Texte & photographies :
Dourvac'h

(de haut en bas)

(1) Fleur qui rêve, Viviès (Ariège), 26 mai 2010
(2) Falaise et pins, La Franqui (Aude), 24 mai 2010
(3) Fleurs bleues près du Cap-des-Trois-Frères, La Franqui (Aude), 24 mai 2010
(4) Ciel de printemps, Viviès (Ariège), 2009
(5)
Fleur blanche sur la falaise, La Franqui (Aude), 24 mai 2010
(6) Rose qui rêve, Viviès (Ariège), 26 mai 2010
(7) & (8)
Pins et fragments de falaise face au Grand Large, La Franqui (Aude), 24 mai 2010

*

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Merci à Vous, toutes et tous pour votre confiance...
... et,
pour vos demandes de publication :  

à Loetitia, Chris, Oursonne, Luce, MissLN, Acelita,
Crépusculine, Danièle, Souamie, Laure...

(liste actualisée ce 6 juin)

"PanGea"- le livre - sera pour Vous
... fin prêt en décembre, promis !!!

*

... et toujours à l'enseigne de
La Compagnie des Fées

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Nos précédents livres restant disponibles à ce jour :
 
Au Jardin
(23 illustrations d' ISALY, 2008, tirage 50 ex.) : 5 exemplaires
(Prix de fabrication par ex. : 13,50 euros + 2,50 euros frais d'envoi)

Fées, Rêves et Glaces
(
2008, tirage 50 ex.) : 10 exemplaires
(Prix de fabrication par ex. : 10 euros + 2,50 euros frais d'envoi)

L'été et les ombres (éd. 2009, tirage 30 ex.) : 0 exemplaire (hélàs!)
(Prix de fabrication par ex. : 11 euros + 2,50 euros frais d'envoi)

*
contact :

dourvac_h@live.fr


*

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... enfin, si le coeur vous en dit,
suivez bien notre longue échappée belle sur...

Le fleuve Littérature

Posté par regardsfeeriques à 09:00 - - Commentaires [20] - Permalien [#]
mercredi 26 mai 2010

Fairy ou faire-part du 26 mai...

Un petit dernier vient de nous naître...

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Le fleuve Littérature

http://fleuvlitterature.canalblog.com

*

Son territoire est - tel Regards féériques - celui de tous Nos partages...

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Il sera un site à "Très Petite Vitesse"...
... avec son long article exploratoire
qui affleurera "seulement"

tous les 15 et 30 de chaque mois !

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Son tout premier article est (ce 26 mai, 20 heures) consacré à
... Notre dernier romantique des Bords de Loire...

Alors... à très bientôt aussi "là-bas", qui sait !

Dourvac'h

*

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... et vous disons aussi : " A bientôt ici !"
dimanche 30 mai dès matines ,
pour vivre ensemble
la suite de notre petite liturgie

PanGea

... et mille fois MERCI pour la fraîcheur
de vos fidélités et tous vos beaux enthousiasmes !!!
 

*

Photographie du haut :

Louis Poirier enfant en compagnie de sa soeur Suzanne à St-Florent, vers 192O
(archives personnelles de Julien Gracq, écrivain)

*

Autres photographies : Dourvac'h

Eclairage soleil levant à Viviès (Ariège), 22 mai 2010
La Loire à St-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire), 28 août 2007
Bord de falaise l'après-midi entre La Franqui et Cap Leucate,
vers le Cap-des-Trois-Frères (Aude), 24 mai 2010

Posté par regardsfeeriques à 20:00 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
samedi 22 mai 2010

PanGea /III, IV & V

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III


  Chân tenait la petite fille encore tremblante par la main. Il sentait la peur qui la dévorait à chaque hurlement.

   Il ouvrit patiemment son esprit d’enfant têtue comme le matin paisible sait ouvrir les fleurs.

  « Les esprits-loups… » : elle les craignait encore… Il sentit le plat de la main de la fillette, telle une pierre lisse du ruisseau, se réchauffer à l’intérieur de sa main sèche.

  Alors les hurlements se turent. L’esprit de la petite paysanne se défroissa dans sa mare d’eau dormante.

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    Puis les pétales se froissèrent à nouveau en des milliers de plis. Il y avait autre chose…

    Toujours ce rêve aux yeux fous… 
  Une caverne. Non, une citerne. Comme l’intérieur d’une jarre… toute craquelée de l’intérieur. Une lumière qui vous aveuglait, jaune et blanche. Des dizaine de paysans tournaient dans leur caverne d’argile immense. Leurs yeux tourbillonnaient. Ils accusaient et leurs bouches geignaient de terreur.

   La main sèche de Chân se resserra sur les cinq petits doigts tièdes.

  Les gens disparurent. Xi-Jîn resta seule avec Chân. Le réseau de craquelures des parois se fendilla jusqu’à se fondre dans la voûte des arbres ; l’intérieur de la citerne se perdit dans les milliards de gouttelettes de brouillard.

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IV


   Maintenant, la main de Chân lui paraissait être celle d’un mort. Xi-Jîn se sentait entraînée avec lui vers la brume aux fantômes menaçants. Comme les pointes du grand manteau de Chân touchaient le sol, elle pensa : « Il peut me laisser son vêtement sans souffrir du froid… et puisqu’il sait sans cesse ce que je pense… »

   Elle sentit aussitôt le manteau lui recouvrir les épaules…

  On disait Chân héritier du pouvoir de son père et son oncle qui s’étaient opposés adolescents – un seul pour détenir ce pouvoir… sorts et contre-sorts ; l’un avait préféré quitter ce monde ; ainsi avait pu naître leur pacte… Chân avait reçu ce fardeau, ne connaissant que ce monde de l’ombre, ce musellement patient des esprits animaux… l’oncle avait suivi le père en ces lieux que nul ne peut entrevoir de son vivant…

  Il ne craint aucun esprit… donne des ordres à certains… peut-être même à tous !

  On le racontait et elle aimait le croire.
  Elle était toujours rassurée par son silence. 

  Etait-il vraiment là en ce moment ?

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   Chân ?

  Il l’avait réchauffée et la protégerait encore… Mais les voici arrivés à la fontaine des brumes.  Elle délia rapidement sa cordelette ; libéra son fardeau d’argile et de glace…  Chân toujours silencieux, main autour de la sienne…

« Entre dans la jarre ! »

C’était dans sa tête ; Chân venait de parler.

Elle avait envie de pleurer, de lui dire : « C’est trop petit ! »   Elle dit :

 Je n’y arriverai jamais…

   « Sous le bassin, sous la roche, tu trouveras une pierre noire… Prends-la ! C’est la plus proche de la terre… »

  Comme chaque fois, elle devait lui obéir ; cette fois-ci s’accroupir devant lui ; elle sent son lourd manteau se plier sur elle, faire tomber les gouttes d’eau aux grandes herbes autour d’elle… Ses doigts malhabiles trouvent la pierre noire cachée à l’endroit dit. La pierre a cette drôle de chaleur à l’intérieur… et du sable luisant est venu sur sa manche quand sa main s’est glissée dans la cachette.

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  Le contact de la petite chose est désagréable à ses doigts ; elle pique un peu comme un insecte venimeux.

  « Tu sens ? ... ça n’est rien du tout ! Juste que la pierre est vivante… Tu sens sa chaleur ? Elle s’habitue à toi… »

  Puis sa propre pensée :

  Si je pouvais la lâcher…

  Mais elle ne peut la lâcher : la petite pierre prisonnière de ses doigts la tient vraiment prisonnière.

   « Si tu ouvres la main, elle te laissera faire – elle craint seulement de tomber dans l’herbe ! Et sais-tu qui elle est... ? Une petite fille qui tremble… Toi ! Ouvre la main pour qu’elle te regarde ! »

  Elle put ouvrir les doigts pour regarder la pierre. Deux fentes minuscules tout près du sommet ; puis le cou très court, un corps menu et arrondi : la forme d’un enfant – une fillette de très petite taille.

  « Tes yeux sont ouverts, pas encore les siens… Tu dois la placer au fond de la jarre… puis entrer après elle… Fais-le ! »

   Mais elle hésite. Elle n’ose plus regarder les yeux de Chân.

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  « Il ne t’arrivera rien. Ni même à elle ! Imagine que c’est ta poupée : tu lui offres ta maison… Vous habiterez ensemble cette maison-là… »

  Elle la dépose au fond obscur de la jarre – caverne longue couchée dans les hautes herbes… La pierre ne remue pas…

  Elle sent ses doigts s’agiter pour s’en défaire : comme d’un insecte fragile, cette peur de briser ses huit pattes translucides…

  « Tu sens comme votre maison est lourde depuis qu’elle est à l’intérieur ? Soulève-la et laisse-la flotter sur l’eau du bassin… »

Elle s’efforce, mais la jarre est devenue si lourde…

– Aide-moi, Chân !

  « Trop dangereux ! Tu dois être seule… Tu vois, tu y es arrivée… Elle reste au-dessus de l’eau… avec elle à l’intérieur… elle ne s’enfonce pas… Laisse-la aller… elle est sauve… Maintenant, retourne-toi… Accroupis-toi dans mon manteau… Tourne le dos au bassin… Ne regarde plus jamais derrière toi… et ferme les yeux très fort ! »

  Il n’y eut rien d’autre qu’un peu de rouge sous ses paupières baissées puis le rouge se fendilla de partout sur les bords.

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V


  Elle s’éveilla dans un endroit sombre… un disque de ciel mauve au-dessus d’elle. Prisonnière de ce lieu maléfique... La jarre était immense.

  Je suis devenue si petite ?

  Elle chercha les étoiles, là-haut : plus aucune, désormais ! Elle se souvint du brouillard mauve qui masquait le jour… Ni jour, ni nuit ici… Le monde de Chân…

  « L’esprit crapaud va venir près de toi… N’aies pas peur de lui ! Il ne te touchera pas… la seule Loi est de le regarder… »

  Elle a peur d’être devenue cette pierre ; peur que sa peau ne soit noire, déjà… ; son regard tombe sur son nez familier, ses cheveux sombres effilés, son thorax enfantin, ses jambes repliées sous elle ; ce corps est bien le sien mais…

  Où est passé le manteau de Chân ?

  « Xi-Jîn ! N’aies pas peur ! »

  Sa voix tellement plus forte ; elle voit l’énorme visage du jeune garçon prendre la place du ciel sombre ; disparaître comme il est venu. Le calme revient. Rien n’a changé…

  La caverne d’argile s’ouvre là-haut sur son cercle de nuit…

  Mais elle l’entend coasser… L’Autre…  Quelque chose qui pèse là-haut – qui fait basculer la maison…

  Xi-Jîn se heurte aux parois humides, ses genoux, ses coudes cognent… Elle a posé ses mains sur sa tête.

  La maison vacille encore un peu ; s’immobilise.  Quelque chose est bien là...
  Quelqu'un.

  Elle s’est reculée pour ne pas le toucher. De là-haut, il vient de bondir et tomber au fond de la jarre… Plus lourd et tellement plus grand qu’elle !

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  Elle le regarde : l’esprit crapaud est un crapaud ordinaire qui coasse, étonné seulement de se trouver en ce lieu clos avec une poupée humaine, moitié de sa grandeur – la poupée ne bouge pas, recroquevillée contre la paroi.

  Est-ce qu’il sait, lui aussi, mes pensées ?

  « Il ne lit pas tes pensées ; il voit pour toi… il voit autour de toi… il sera tes yeux… Accepte ! »

  Elle ne comprend pas, mais que ce rêve ce termine ! Lui et elle pèsent si lourd sur le fond de leur embarcation d’argile…

  Elle voit, elle sent sous elle la citerne se balancer drôlement ; l’eau se met à ruisseler de là-haut ; tomber en cataracte à l’intérieur…

  « Xi-Jîn ! Maintenant… Sors ! »

  Impossible. Glacée… Ma bouche… Fermer…

*

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  Elle se retrouva accroupie et grelottant dans l’ombre de Chân. Le poids de ses longues mains osseuses sur ses épaules. La laine du manteau toujours posé sur elle, trempée de rosée…

  Elle se releva et vit la jarre finissant de sombrer dans l’eau du bassin ; elle retroussa ses manches, plongea ses mains et ses bras dans l’eau à la recherche de la maison engloutie…  La retirant, elle y chercha le crapaud, la pierre noire.

  A l’intérieur, rien d’autre que l’eau noire. 
  Elle eut envie de pleurer.

  Chân lui prit doucement la jarre des mains ; précéda la petite fille dans ce chemin de silence qui la ramènerait aux siens.

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( ... à suivre... )

*
Texte & photographies :

DOURVAC'H
Crépuscule à Viviès, Ariège, 21 mai 2010

( PanGea est aussi une longue histoire à paraître pour Vous
en livre artisanal - courant décembre 2010... )

*

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... et les Adieux de notre petite
Sarah
... un peu plus bas...
en notre article aux
Sept amies + Un ami de porcelaine...

*
dessin :

DOURVAC'H
Sarah
ou Petite fille aux bras croisés
(détail - crayons de couleurs Polychromos sur papier C à grain, 2007-2010)

Posté par regardsfeeriques à 09:00 - - Commentaires [27] - Permalien [#]
samedi 15 mai 2010

PanGea /II

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II


  Au dehors la lumière était jaune. Il ne fallait plus avoir peur. Xi-Jîn s’avança… Un pas de plus ce matin vers le ruisseau.

  Elle revint sur le seuil de sa porte comme si quelque chose l’avait touchée.
  Pendant la nuit, le ruisseau s’était élargi.

  Krr… krr… krr… Elle repensait aux bruits de la nuit.
  « Tu rêves… », avait dit Shou-Liên dans son demi-sommeil…

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  Elle déroula sa cordelette, encercla par deux fois le col de la jarre avec ; la laissa s’enrouler comme un petit serpent autour de sa main, passer dans la gorge entre pouce et grand-doigt ; plaça le petit sac de sable sur le plat de la tête et se baissa pour faire glisser la jarre par-dessus…

  Plaçant son autre main là-haut pour soutenir le fond, elle laissa sa main nouée se poser sur le col de son kimono, son pouce se replier dans l’ouverture, ressentant bien la tension du lien de soie : sensations familières… Elle commença à marcher à pas très courts et franchit la porte…

  Comme il faisait froid : elle aurait bien couru, dévalé le sentier ! Cette ombre autour d’elle et son humidité glacée…

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  Toujours ce rêve.
  Krr… Krr… Krr…

  Les yeux fiévreux des gens des maisons sous l’écluse. Tous sortaient de chez eux, parlaient ensemble sans s’écouter ; leurs bouches grimaçaient, leurs yeux blancs hurlaient dans le silence : « A cause d’eux… leurs maudites expériences »… et tous avaient peur, continuaient de tourner en rond au bas de leurs maisons…

  La fillette reconnut le brouillard mauve derrière le rideau d’arbres, chercha la tache noire de la cabane, détendit son lien et fit descendre la jarre ; se frotta le dessus des doigts contre ses paumes – vient une chaleur douce comme aux premières flammèches...

  Certains doigts restaient blancs : blancs comme des morceaux de lune – tels ces grands demi-cercles pâles qu’on voit se lever sous le ciel d’ongle violet si l’on reste trop longtemps dehors…

  Elle souffla l’air chaud à l’intérieur de ses mains réunies ; respira longtemps de toutes ses narines, lèvres appliquées à l’espace d’entre-deux pouces.

  Elle se mit à imiter la chouette ; fit vibrer trois fois la caverne sous son toit de doigts ; attendit.
   Deux fois son hululement avait réussi : presque joli.

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  Une silhouette sembla grandir, se sépara de l'ombre de la hutte ; sa tête dépassant le toit aux immenses ramures d'arbres inconnus.


( ... à suivre ... )

*

PanGea

restera pour nous ce rendez-vous 
... à suivre...

ici & chaque samedi !

... et deviendra un gros livre,
- auto-édité bien sûr par nos soins - pour ce noël 2010 !!!
( ... à 30 ou 50 exemplaires selon le nombre de vos demandes,
et à son unique coût de fabrication et d'expédition ... )

... à l'enseigne de
La Compagnie des Fées

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Nos précédents livres restant disponibles à ce jour : 
 
Au Jardin
(éd. illustrée par ISALY, 2008, 50 ex.) : 5 exemplaires
Fées, Rêves et Glaces (éd. 2008, 50 ex.) : 10 exemplaires
L'été et les ombres (éd. 2009, 30 ex.) : 0 exemplaire (hélàs!)

( contact : dourvac_h@live.fr )

*

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Texte et photographies
(Arège, mai 2010) :

Dourvac'h

*

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Et les sept  + un rêves de Sarah vous attendent sagement
à l'article ci-dessous,

aussi son adieu et quelques Roses...

Posté par regardsfeeriques à 11:01 - - Commentaires [25] - Permalien [#]