dimanche 17 avril 2011

The (very) little fairy-world of Dourvac'h / Part four... (and that's THE END !)

( ... Suite et fin - provisoire ? - d'un loooooooong entretien entre Loetitia Pillault & Dourvac'h... )

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- Mais... pour lire ou relire "Part one" ? Voyez notre article du 25 septembre 2010 ...

- Pour "Part two" ?  C'est à notre article du 17 octobre 2010 ...

 - Et pour "Part three" ?  C'est au 6 janvier 2011 ...

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La petite fille de la clairière (dessin, détail et ensemble, 2010)

- Parle-nous de tes inspirations diverses dans tous les domaines : De quoi se nourrit Dourvac'h ? Où écris-tu ? A quelle fréquence ? Tous les jours de façon régulière ou selon l'inspiration ?

Je crois que les lecteurs feraient mieux de s'en fiche un peu... Je me souviens d'une éditrice un peu ridicule qui me barbait en me racontant : "Oh oui mais Machine (nom prestigieux dont j'ignorais l'existence), elle écrit toute recroquevillée, vous savez, comme si elle tricotait les mots... "... J'étais poli : je faisais mine de m'intéresser "un peu" à ce genre de papotage... et pensais tout bas : "Mais qu'est-ce qu'on s'en fiche !!!" L'important est le RESULTAT, pas le nombre de feuilles ou de sachets de thé que je mettrai dans mon infusion d'avant écriture, la couleur de l'eau de mes bains de pieds, la bobine de l'auteur, ou la plastique de la belle écrivaine de 25 ans, ou la pose favorite de la mamie-écrivaine-tricotante... Je suis saturé de ces z-écrivains-Téléramuche qui nous bombardent avec leurs egos "forcément intéressants" et leurs photos portraits pleine-page sur papier glacé... défilé (de mode - peu diversifiée) de "pipôls"-poseurs qui "se la jouent", et pour beaucoup producteurs d'oeuvres d'une banalité affligeante !!! Julien Gracq nous a toujours conseillé de ne juger QUE "sur pièces"... et sans intermédiaires (Pas les poses de l'auteur ou l'emballage dithyrambique de ses flagorneurs, mais bien ses œuvres !) Quelle sagesse en cet homme... On peut tout à fait ignorer - sans dommage pour ce qu'on lit - à quoi ressemble physiquement l'auteur... J'ai lu pendant 15 ans toute l'oeuvre romanesque de Yachar Kemal sans avoir la moindre idée d' "à quoi" ressemblait cet enchanteur turco-kurde, aux oeuvres magnifiquement traduites... et découvrir une photo de lui un jour n'a RIEN ajouté à ma fascination...

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Xi-Jîn dans l'eau de la jarre (dessin - détail, 2002)

Parce que la littérature est d'abord le mystère... grand mystère de cette "re-Création" d'un monde... Ce qui importe est bien la force et l'universalité (éventuelles) de ce qu'on a pu produire, pas la personne ou la personnalité, l' "ego" qui sont derrière une oeuvre... Quand un prétendu « sage » veut nous montrer la Lune, pourquoi nous acharner à vouloir regarder le doigt et le nombril de ce prétendu «grand personnage»... ? Attachons-nous à ce qu'il ou elle produit, à son oeuvre, et c'est tout !!... elle nous intéressera ou non... Si elle nous intéresse vraiment, c'est que bien souvent cette oeuvre possédera ce qu'on appelle encore « un » style (car on demande à chaque «écrivain » authentique d'avoir forgé SA langue originale, créé SON propre monde...). Ecrite avec "son" style, dans "sa" Poétique originale, donc dans "sa" langue propre et inimitable, cette oeuvre existera pour de bon à nos yeux,ou bien non... Je pense en particulier à C.-F. Ramuz... (Aline, Les circonstances de la vie, Jean-Luc persécuté, Aimé Pache peintre vaudois, Vie de Samuel Belet, La grande peur de na la montagne, L'amour du monde, La beauté sur la terre, Derborence, Si le soleil ne revenait pas, ... ). Ramuz a rappelé - en écrivant - combien une oeuvre littéraire EST (ou, en tout cas, doit être) une oeuvre d'art... L'art littéraire est une forme d'art comme une autre. Son problème majeur a toujours été la "force intrinsèque" concurrentielle de la paralittérature... de tous temps envahissante et sans doute dominante... Julien Gracq avait prophétisé dès 1949 (La littérature à l'estomac) l'avènement puis le règne sans partage du "paralittéraire le plus agressif"... Or, nous y sommes depuis un petit moment... et en plein dedans !!!

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Rosier à Viviès (Ariège - 2010)

Mais si cette œuvre nous semble interchangeable, du fait de sa paresse stylistique, je n'en vois personnellement pas l'intérêt en tant que lecteur... Pour cette raison, je ne lis JAMAIS des livres que je trouve paresseux... Peut-être est-ce plutôt un manque de curiosité (donc une paresse) de ma part ? Peut-être... Mais je constate que les petits mondes et ouvrages un peu trop fabriqués à partir d' "air du temps" ou de "douleurs-dans-le-monde" - ceux d'Amélie Nothomb ou de Marie Darrieussecq (Stupeur et tremblements ou Papotages et Insignifiance ?), de Yasmina Khadra (Pourquoi écrire les horreurs du monde comme un huissier de Justice ?), d'un Michel Houellebecq (Pénibles provocs'-à-deux-balles ou philo-d'-comptoir devenant soudain "goncourtisable"...), de Christine Angot et Camille Laurens (Pénibles exhibitionnismes... ), de Virginie Despentes (Vulgarité jack-pot) ou de Frédéric Beigbeder (100 % air-du-temps et body-building) - ne m'intéresseront jamais ! Il est vrai aussi que je peux être injuste... parfois... mais je vois tellement d'insignifiance, de complaisances répétitives, dans tout cet anecdotique bien "plat"(-de-nouilles)... Et en ce qui me concerne, inutile de rêver à une soudaine efflorescence d' "ouverture d'esprit" dans mes propres goûts, aujourd'hui fatalement figés... La plupart de leurs ouvrages me semblent rédigés sommairement : dans une langue plate et vulgaire... Expressions-clichés, vulgarités faciles, ouvrages parfois saturés des préoccupations narcissiques de l'auteur, sujets de « faits de société », et/ou de thèmes piochés dans la lecture de la presse quotidienne ou le visionnage du journal télévisé... De l'air !!! Me sentant en tant que lecteur à mille lieues de leurs univers, de ces postures commerciales et du pénible exhibitionnisme (aujourd'hui banalisé) de beaucoup trop de ces auteurs... L'image de l'auteur peut d'ailleurs se fabriquer autour de sa prétendue "sincérité", son aspect de "joyeux lutin" complètement fabriqué - "rôle de composition" surjoué : je pense au chapeau-cloche et aux «mines» répétitives de la star wallone - certainement sympathique - Amélie Nothomb ornant pesamment les couvertures de ses ouvrages...). Bref, tout cet aspect "star" ("M'as-tu bien vu(e) l'aut' soir dans ta TV ?") me parait déplacé, complètement affligeant et pour tout dire assez niais...

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Brume au-dessus des étangs (Haute-Ariège, 2010)

Car la Littérature recule (du moins en France) devant la puissance de feu de cette "autre" - la paralittérature - qui la cerne et la remplace peu à peu, en silence... Tout est question de rapport de force (économique) et de formatage progressif des goûts du public : efficace relai d'une Critique littéraire issue majoritairement (en France) des milieux éditoriaux ET journalistiques, et se donnant curieusement un rôle d'expertise "indépendante" (!!!) - ou de journalistes télévisuels, désormais issus de la télé-spectacle... Mais ce sont bien mes propres goûts de lecteur qui me font autant apprécier la Beauté d'oeuvres littéraires authentioques (souvent issues du passé, mais pas toujours) que l'indigence REELLE d'oeuvres contemporaines, aujourd'hui bizarrement quasi-unanimement encensées (Je pense à l'insignifiance littéraire d'un objet  comme "La carte et le territoire" de M. Houellebecq, désormais couronnée en France !!! Pour moi, rien de moins qu'une technique banale d'INTIMIDATION des "masses" !) ...  Effectivement, je vois un "mal" dans ce mélange des genres ("valeur" = valeur commerciale) qu'on a banalisé un peu partout...  Comme si les "Lois du marché" nous avaient imposé leurs propres "canons esthétiques", sournoisement et sans vraiment l'assumer... Et si mon discours déplait ou surprend - y compris des Ami/e/s - , j'ai au moins le devoir de le tenir, l'assumer et l'expliquer, encore et encore... d'être sincère et argumentatif : a fortiori ici !

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Rosier à Viviès (Ariège - 2010)

Bon, je vais essayer d'être un peu sérieux... si je puis le devenir un jour...

Le « processus de création » n'existe pas en tant que tel pour la plupart de nous qui écrivons... l'individu est une éponge : il s'imprègne d'images vécues, d'images rêvées, d'images nées de ses lectures, d'images cinématographiques, d'images picturales... Tout cela est une mise en condition permanente... Tout cela s'agrège presque seul... à nous de traduire en mots "évocateurs d'images" (confiance absolue en ce pouvoir d'évocation des mots nus) toutes ces images mentales qui s'ordonnent... à nous de nous "laisser" penser et ressentir et vivre ce que penseraient, ressentiraient et vivraient nos personnages s'ils vivaient pour de bon... Je pense à une mère qui n'aurait pas coupé le cordon avec ses enfants et serait ainsi capable de ressentir ce qu'ils vivent, en permanence... pas de meilleure image, peut-être... les personnages sont nos "manifestations" (sortes d'ectoplasmes de nature parapsychologique) ... les hypostases de Plotin (sage du IIIème siècle après J-C qui vivait à Alexandrie... son élève Porphyre consigna ses enseignements - les premiers de l'école dite "néo-platonicienne" - dans 54 "Ennéades"  dont la plus célèbre s'intitule : Du Beau ... ).

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Premier Bal (détail dessin, 2008)

Il se trouve que je n'ai pas plus de "rythme d'écriture" que les autres «écrivains»... Seule la pratique de l'écriture nous rend «écrivains»... et il n'est plus guère d'écrivains professionnels de qualité en notre pays... nous nous devons donc d'être TOUS des amateurs !!! Je le soutiens et j'ai quelques arguments... Certes, Philippe Claudel - dans son immense qualité d'écriture - pourrait se détacher du lot et être identifié comme "grand écrivain" en notre pays... mais guère beaucoup d'autres de ses contemporains "en vie"... Pour exemple de pinaillage dont je peux me rendre facilement coupable, je n'adhère pas du tout à l'écriture que je juge finalement extrêmement artificielle (ou besogneuse) de Laurent Gaudé dans son "Le soleil des Scorta"... Sa cinquième phrase déjà me fait reculer, retomber sur terre et casse tout l'enchantement que l'auteur souhaitait pourtant susciter en moi : "La pierre gémissait de chaleur." ne m'évoque rien... Cette phrase sent trop l'effort et je n'en perçois NI L'IMAGE, NI LE SON, NI L'ODEUR... Le coup de : "Ce que je viens d'écrire est puissant, n'est-ce pas ? Je suis un poète, n'est-ce pas, puisque chez moi "la pierre gémit de chaleur"... ? Pendant  ce temps, en ma petite tête de lecteur lambda, je perçois bêtement le gars qui s'est vraiment creusé la tête pour exprimer quelque chose d'un peu fulgurant qui donnât de "grands airs" à sa prose... et voilà qu'un petit lecteur (se réveillant et redevenu circonspect) ne "marche" plus ! Ou bien pense : "Insincérité...  ". Un lecteur, me direz-vous : ça n'est pas grand chose... Un de perdu, dix de ... Mais cette sixième phrase : "Le mois d'août pesait sur le massif du Gargano avec l'assurance d'un seigneur.". Cliché, selon moi... et d'une terrible platitude, qui "casse la baraque" au lyrisme qu'il voulait évidemment créer... La moindre ligne de Yachar Kemal ou de Georges Simenon saura emmener mon petit "moi" de lecteur dix mille fois plus loin, dans sa modestie ou son lyrisme "naturel",  et une colossale économie de moyens, que je ne vois pas - hélàs ! - dans l'exemple cité...

Ceci étant dit (dans un espace où accèdent habituellement trente personnes amies que j'espère ne pas froisser... ), je suis bien conscient que beaucoup s'étonneront de trouver ici des jugements esthétiques assez prétentieux, expéditifs et plutôt "intolérants" ("Mais pour qui se prend-il, celui-là ?") : je dois assumer cette façon de bien scinder entre "Littérature" (inspirée, lyrique, ayant créé sa propre Poétique et ayant une envergure universaliste) et paralittérature (assez interchangeable et banale ou insignifiante, niaise et vulgaire ou encore besogneuse et "se-donnant-des-airs-de-Littérature") ! Mais je n'oublierai jamais d'argumenter mes critiques et défiances...

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Porche de l'église romane de Llo (Cerdagne, 2009)

Le grand style "lyrique flamboyant" du conteur Yachar Kemal dans La légende des Mille Taureaux... ou son court roman Tu écraseras le serpent... ou son triptyque Le pilier / Terre de fer, ciel de cuivre/ L'herbe qui ne meurt pas... ou son diptyque "de la vendetta" : Meurtre au Marché des Forgerons / Tourterelle, ma tourterelle"... ou encore sa quadruple saga poétique autour de Mémèd le Mince, le bandit d'honneur au grand coeur... plutôt que la musique un peu incertaine d'un roman un rien trop "fabriqué" de Laurent Gaudé... Et je préfère de loin la belle flamme sombre et l'humour intemporel de Franz Kafka (Ah, cette merveille de fraîcheur adolescente qu'est L'Amérique inachevée, ou ce joyau d'humour "extrême" et empathique qu'est La métamorphose !!!) et l'inventivité du monde fabuleux de Philip K. Dick (Ubik, Au bout du labyrinthe, Loterie solaire... ) à ce tout-petit-commerce-aux-vies-des-autres-et-faits-divers d'un Emmanuel Carrère (postulant désormais au titre - bien français - d'Ecrivain Considérâââble...). Et je donne bien volontiers "l'oeuvre complète" de Yasmina Khadra, qui me paraît si souvent besogneuse, contre dix lignes lumineuses des deux merveilleux romans lyriques de Khaled Hosseini (Les cerfs-volants de Kaboul / Mille soleils splendides) ...

Mais certains pourraient s'imaginer, cependant que SI l'on en vient à exprimer des jugements esthétiques aussi tranchés, "exagérés" ou simplement surprenants... c'est forcément - nous aussi - pour "nous faire voir", pour "faire le malin" (style ces andouilles qui veulent "exister" en apparaissant à la "dernière page de "Libé"... ). Erreur, bien sûr... et mécanisme de projection habituel en ce domaine... 

Seuls les «écrivants» (ces écrivassiers souvent assez médiocres et « très publiés » qui se la jouent en sur-jouant du statut social et symbolique d' «écrivain») et les «écriveurs» (producteurs de paralittérature industrielle, vite lue, aussitôt oubliée...) semblent demeurer ces «professionnels de la profession» dans notre pays, hélas... Ils vivent sur un capital symbolique que je juge plutôt usurpé... dans un microcosme où le renvoi d'ascenseur et l'endogamie sont la règle...

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Vue sur l'étang de la Franqui (Aude, été 2009)

Georges Simenon, « écrivain professionnel » producteur d'une œuvre-fleuve quasiment inattaquable - car de si haute qualité littéraire - a été une exception... Le Bourgmestre de Furnes, Les demoiselles de Concarneau, La maison du canal, Les gens d'en face, La veuve Couderc, Le locataire, La Marie du Port... sont des joyaux dont je jette ici les titres, presqu'au hasard de mes souvenirs éblouis... (Excusez du peu de place !)

Julien Gracq (Les eaux étroites, Lettrines, Lettrines 2, En lisant en écrivant, Carnets du grand chemin, Le rivage des Syrtes, Un balcon en forêt, Le Roi Pêcheur ...) a été un « écrivain amateur » et a vécu surtout de son salaire de prof agrégé d'histoire-géo (ses droits d'auteur pour la vingtaine d'ouvrages publiés durant sa longue « carrière » de prof ont été un tout petit complément de revenus...).

Vivent donc les amateurs !!! Seule possibilité de rester LIBRES... et exigeants !!! (rires)

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Sentier de montagne (été 2010)

Bref, comme presque tous les peintres du dimanche peignent au soleil du dimanche, les écrivains-amateurs écrivent le samedi ou le dimanche... ou très tôt le matin, ou très tard le soir... avant ou après leur boulot « nourricier » banal et mange-temps, qui leur prend la plus grande part de leur énergie... quand on a le temps... Tu vois qu'on ne peut pas «rêver» quand les «écrivains du dimanche» prennent la parole à propos de leur passe-temps... nous sommes nombreux et absolument banaux... il m'est même arrivé d'écrire deux pages manuscrites de Grand Largeen profitant de la défection d'un patient,entre deux autres rendez-vous de consultations (pour l'anecdote anecdotique qui n'amuserait que ceux qui s'amuseraient à ces bêtises).

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Petite fille devant la fenêtre (détail dessin, 2005)

Simenon disait "être en roman" quand - après une longue période de maturation de trois années - il devait accoucher d'un roman (il le faisait en dix ou maximum trente jours, en général)...

Un écrivain amateur est tout différent : c'est un besogneux... Il produit un premier jet de son histoire pendant ses vacances estivales puis repos (on laisse reposer)... Il relira sa production, bien plus tard : effarement devant toutes les imperfections, impuretés, redites, obscurités, platitudes... sauf quelques phrases-pépites qui surnagent... il en fera son mètre-étalon pour réparer les autres phrases, les autres passages décevants (majoritaires) : les boiteux, les mal-fichus...

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Petite fille devant la fenêtre (détail dessin, 2005)

Je pense que c'est ce phénomène d'auto-hypnose par notre prose (par l'univers qui sort de nous) qui nous rend si peu critique au moment de « l'écoulement du premier jet » (qui est rarement « intégralement « bon », c'est le moins qu'on puisse dire !!!) :

Il faudra donc « revenir » sur le premier manuscrit,toujours ! Et, armé de son seul regard « neutre », lavé ou débarrassé du côté lénifiant de l'auto-hypnose initiale, savoir élaguer, raboter, sacrifier ou enrichir...Parvenir à une « seconde version », fatalement... puis laisser reposer... un mois (pour L'été et les ombres), six mois à un an (pour Au Jardin), deux ans puis six ans (pour l'écart entre les trois versions successives de PanGea) ... et c'est souvent – au mieux - la troisième mouture qu'on retiendra pour l'éditer... soi-même ! Faire un vrai boulot d'éditeur « emm...dant » car intraitable avec son auteur...ce dernier lui doit la perfection ! 

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Miroir du Passé (dessin – détails et ensemble, 2007)

- Tes personnages puisent-ils leur caractère dans ta vie réelle, ton quotidien ?

Oh, surtout pas...Tous ces écrivains qui vampirisent (et assez bêtement) le réel, leurs proches, l' "air du temps"... sont absolument sinistres... et, en règle générale, de fort médiocres écrivains ! Tel l'encensé Emmanuel Carrère (Hosannah et pleines pages dans « Libé » pour son dernier opus)... qui fait sa petite cuisine habituelle de l'épluchage des faits divers et de l'exposition "consentie" de la vie de proches... s'étant "autorisé" à  « romancer » la vie de l'écrivain californien Philip K. Dick (dont j'admire TOUTE l'oeuvre, avouons-le !), et dont le sans-gêne m'indispose : un écrivain est effectivement "capable de tout", y compris trahir ses proches et ses amis dont il dévoilera toute l'intimité (avec leur consentement, donc la morale est sauve !), puis de soutenir ensuite qu'ils l'en ont remercié... car, n'est-ce pas, ce "Grand-Ecrivain" «les a rendus plus beaux» en les faisant (forcément) «passer à la postérité» ! Quelle rigolade... et quelle prétention insupportable l'on peut deviner, dans cette manière de disposer si légèrement de la vie des autres !

Il me semble que nous devons plutôt nous imprégner come des éponges de ce que nous vivons, c'est tout... C'est toute la méthode si modeste de Simenon (malgré l'orgueil agaçant du personnage public), dont les livres pleins de resteront dans l'histoire de la Littérature quand ceux des écrivains « à la mode » (écrivant tout aussi "poétique" que de braves huissiers de Justice) passeront très vite de mode... Il y a une justice immanente en Littérature : le temps qui passe et « fait le tri »...

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Sous la Lune (dessin, 2005)

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Deux ou L'Oubli (ensemble et détails, dessin, 2010)

- Observes-tu beaucoup tes semblables pour servir tes créations ?

Surtout pas, non plus... Qu'est-ce que je m'ennuierais, autrement !!! Car le quotidien de mon travail est si douloureux, terre-à-terre et ras-des-pâquerettes, épuisant... Pas un poil de rêve ! Ou alors, en définitive, des ébauches de rêves collectifs... Ce travail, j'ai besoin de le fuir, d'aller respirer « ailleurs » à pleins poumons...

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Comment pourrais-je t'oublier ? (dessin - 2009)

- Peux-tu nous parler de quelques personnages ?

- Damien de Au Jardin ressemble à un enfant perdu. Livré à lui-même, jamais à court d'idées fantasques (pleinement baroques, comme il se doit...), c'est un gentil gamin imprudent –au point que Carine et lui en paieront le prix fort... Damien est sans doute le « fond de personnalité » de l'auteur...un être qui avance sans se soucier des conséquences , accroché à ses lubies à l'emporte-pièce. Il suit ses rêves et ses désirs «d'aventure» du moment... Il s'attache aussi très vite à la petite Carine, qu'il influence dangereusement. Très protecteur avec elle (car il s'imagine, dans sa naïveté d'enfant, la «protéger» des dangers), il sera vite débordé par la perte de repères qu'il crée sans le vouloir autour de lui... Ses actions brouillonnes et poétiques – qu'il s'imagine pleines d'un savoir pratique « salvateur » – trouveront vite leurs limites...

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Petite fille qui rêvait d'être ballerine (détail dessin, 2005)


Carine de Au Jardin est la rêveuse du conte, la faiblesse ou plutôt la vulnérabilité-même... Damien est « son » chevalier : chevalier-servant attitré de la gamine qui s'intronise princesse. « Drôle de princesse ! », comme dit son jeune compagnon... Elle accepte avec un fatalisme un peu étonnant cette transformation en crapauds que subissent momentanément les deux enfants... « Ce n'est qu'un jeu... » pense-t-elle ; d'ailleurs elle n'a presque jamais peur, seulement faim et froid lorsqu'ils se perdent en forêt ou ailleurs... Elle ne perd pas facilement confiance en son apprenti-protecteur, lui offre sa confiance entière, comme on tend la main... Carine est aussi la naïveté de l'auteur : une sorte de gentillesse originelle, sans calculs ni méfiance : confiance naturellement accordée à autrui... tout le côté féminin de l'âme – comme l'innocence semble s'offrir à la folie du monde...

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Petite fille qui rêvait d'être ballerine

 (clin d'oeil à Muriel, une amie blogueuse - dessin, 2005)

Solange de Au Jardin pourrait être la «vraie » sorcière du conte... peut-être la facette « sombre » et adulte de Carine ; elle n'est pourtant qu'une victime de plus, bergère tombée dans un ravin et errant depuis ce temps dans les Limbes – un peu à l'écart de Carine et Damien. Elle s'amuse un peu avec eux, toujours à leurs dépens,apparaît en petite sorcière d'Halloween lors de la fête d'enfants « Au Jardin », et les attire dans le Monde des Morts à leur insu (elle est encore la belle sorcière adulte lors de l'épisode de la barque dérivant parmi les brumes de l'étang) : elle reste une énigme :«personnage-élément» le plus inquiétant de l'histoire... Sans doute personnifie-t-elle le destin du «couple» Carine & Damien ?

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Witek et Alina (d'après les personnages du livre de Tadeusz Konwicki, « Chronique des événements amoureux »), huile sur toile, 1995

Le «Je» du court récit La Compagnie des Fées est un être quasi-immatériel... Il ne s'incarne qu'en certains moments bien fugitifs - toujours très sensuels : un baiser à goût de cerise ou une caresse suivie d'une étreinte près d'un bouquet de bouleaux sous les feux d'un crépuscule. Sensible au regard éteint d'un chien où luit toute la tristesse de ce monde (une tristesse si belle...) – le caressant et faisant vivre sa simple présence comme une consolation à notre si bref passage sur la Terre... et personnage sous les «feux» des Fées qui s'approchent de nous, la nuit venue (N'étais-tu pas au courant ?)... et qui sont peut-être les habitants du «vrai» monde, qui sait ?

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L'âme-fée de Virginie (dessin, 2007)

Le « Je » de cette autre histoire courte et fantastique (que tu me disais aimer beaucoup), Train sous la neige, est un personnage « Belle époque » : Arnold Van Dongen (j'avoue ne pas être du tout sensible aux œuvres du peintre « fauviste » qui porte ce nom mais j'aime beaucoup son patronyme)... C'est un avoué qui a rendez-vous au Tribunal d'Aurillac et lit « L'Illustration » dans le train qui le mène lentement à travers les neiges...Sa suffisance face à l'énigmatique Dame en Rouge est emblématique : ne s'est-il pas convaincu de son potentiel tout « naturel » de séduction qu'il exercera – n'est-ce pas ? – dès le premier regard échangé. C'est un fat...je me suis bien amuséà « être » ce fat tout le long de l'histoire... surtout que la suite l'humanisera fort... par des voies (de chemin de fer) détournées et tragiques, au ballast recouvert par la suie des nuées de charbon d'une locomotive poussive... L'être froid et sûr de lui (dans ses côtés banalement ridicules) connaîtra le déraisonnable, la passion... celle qui mène à la passion, au froid et à la mort des histoires romantiques : aimer dans l'antichambre de la mort, lorsqu'il gèle à – 15° sur le plateau de l'Aubrac en janvier ou février... Noces de glace face àune petite maison silencieuse à l'âtre flamboyant, étreintes au cœur d'une noire forêt d'épicéa trouant l'épais manteau de neige durcie... Silence de mort devant les charmes de la Fée d'ombre... Cet homme a rencontré son destin : est-ce une fée, une sorcière, un esprit errant ?

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Avec toi, je m'étais envoléee (dessin, 2009)

Petites Fées du Miroir s'ouvre sur la naïveté enfantine de Malika. Malika vit dans son monde imaginaire peuplé de Fées, de princesses lointaines et de princes certainement charmants (stéréotypés au possible) : un monde rose, qui n'a aucun rapport possible avec le réel « beaucoup plus contrasté » (c'est le moins qu'on puisse dire...) ; Malika a le malheur de vivre dans un de ces quartiers « de relégation sociale » (devenus aujourd'hui si banaux, hélas...On y verrait peut-être désormais fleurir les filles «enfoulardées» - qui veulent simplement "avoir la paix" -, leurs frères ou maris intégristes à barbe carrée de croquemitaines, et rôder aussi tous les «enfants guetteurs» et les «petites mains» du trafic de «shit» : «Lois du Marché» de la désespérance sociale et emprisonnement communautariste ont fait leur sale bonhomme de chemin...). Dans ce quartier grandit aussi Rabah, LE grand frère «sous influences», leur cousin Sélim au profil «voyou» (je reprend la terminologie de l'époque)... et tous les petits voisins précoces siffleurs de bière et sniffeurs de colle (aujourd'hui, la résine de cannabis et la «coke» auront rejoint les ustensiles précédents sur les rayons du magasin des accessoires du grand "bizness" mondial)... Le monde de Malika a aussi beaucoup à voir avec l'univers "féérisant" de l'auteur de ce «conte d'aujourd'hui».

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Fillette aux tresses (détail dessin, 2005)

Malika a cette manière entêtée de «s'accrocher» à ses rêves – y compris ses rêves sur les intentions des autres – qui m'est très proche... J'aime beaucoup les Fées et ce qu'elles représentent : cette volonté obstinée d'être bénéfique à l'autre... leur naïveté, aussi, et la grande force de leurs sentiments... Si elles sont déçues, les Fées sont démunies et souffrent, parfois en meurent, ou encore se vengent d'une façon foudroyante. Malika n'a pas de haine en elle... une confiance absolue en sa bonne étoile... Un personnage très naïf et obstinément confiant en l'être humain... un personnage que j'aime bien, plus enfantin que la petite Carine d' Au Jardin... et dont les rêves se réaliseront partiellement ! Rabah ne finira pas si mal et Malika survivra à son «étrange aventure» (aventure intérieure, certes, mais ne dévoilons pas !). Le prénom Malika évoque pour moi le conte d'Hans-Christian Andersen qui a servi de «colonne vertébrale» à l'histoire : La Reine des Neiges (Malika est le féminin du nom arabe Malek : roi). Son choix a cependant été involontaire : c'est une gamine qui a servi de modèle à  «Malika», la petite Linda Kh. ... elle qui avait bien pour frère aîné un terrible Malek, mais aussi un frère cadetplus paisible : Rabah. Les deux frères ont «fusionné» dans l'histoire pour être le composite et déconcertant «Rabah»...

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Noura la dessinatrice (dessin, 2006)

- Et pour ne pas terminer... ?

Face à une feuille blanche de papier Canson ou face à ses rêveries, attendre que les personnages prennent forme... puis attendre que l'histoire – leur histoire – prenne forme et son envol... puis savoir accepter que le crayon hésite et soit maladroit, savoir accepter que la phrase commence par prendre une forme peut-être imparfaite (la suite nous le dira, lors d'une lointaine relecture)... Pour ce qui est de l'écriture, surtout se méfier des clichés et des redites ! Ecrire, ré-écrire, polir... Un ne peut souffrir de médiocrité, de confiance aveugle dans le « premier jet » (nous ne sommes pas des Georges Simenon, qui fut une exception...), ni d'impuretés, d'imperfections... Le fait d'écrire est forcément un REVE d'écriture... Ecrire est une longue gestation et l'accouchement final est toujours sans douleurs... à condition de rester vigilant et exigeant : c'est-à-dire suffisamment dignes dela force terrible de nos rêves. 

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Trois ouvrages "dourvac'hiens" auto-édités (quelques exemplaires rescapés) :

Fées, Rêves et Glaces (2008)L'été et les ombres (2009), Au Jardin (illustré par Isaly, 2009) 

 - Tes dessins imagent si bien tes récits que l'on a du mal à les dissocier de tes mots... de ton univers... Traits à traits, mots à mots, parle-nous du bonheur de peindre, de dessiner... Est-ce une concrétisation importante pour toi ? As tu envie de dessiner chaque personnage de tes récits pour leur donner une « enveloppe » ? ...

Merci de tes précieux compliments... mais je n'éprouve jamais de pleine satisfaction face à mes dessins terminés... je voudrais leur donner une «vraie» présence... leur «donner vie» comme on donne vie à ses propres enfants... ainsi l'écrivain procède en enfantant ses personnages...

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Noura ou « Moi, la femme arabe... » (dessin – détail et ensemble, 2005)

Je cherche à traduire cette présence dans leur regard... je ne suis pas seul à percevoir une assez grande proximité entre leur regard et le mien... Pourtant on ne peut guère parler de dessin-miroir «narcissique» ; elles sont si éloignées de ma personne (assez clairement de genre masculin) y compris par leur âge (enfants, adolescentes et jeunes femmes) : mais j'ai compris depuis longtemps qu'elles étaient les figures de mon âme, ou au moins les émanations de celle-ci (Plotin parlait de « processions », je crois) ou encore les représentations de mes propres sentiments par des images que je veux rendre les plus vivantes possible...

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Marie ou « Qui serai-je ? » (2007)

J'ai voulu dessiner quelques-unes de mes connaissances et amies artistes, toujours avec leur accord et le plus souvent d'après les photos qu'elles me confiaient... (Marie ou « Qui serai-je ? » : la fillette et son moi adulte, d'après deux photos à deux âges bien différents... ) mais je me suis «lancé» aussi dans la figuration de l'enfance d'amies, avec des résultats variables...

L'illustration aux crayons de couleurs de Xi-Jîn est venue en 2002, au moment du « premier jet » de mon PanGea, mais le tableau à la peinture à l'huile (qui s'inspire du dessin) est bloqué au même stade depuis 2005... et ne sera jamais achevé, faute de temps et de technique... Le dessin de Chân devant sa hutte de joncs est trop maladroit pour que je le publie (faute de savoir dessiner de façon à peu près crédible une anatomie masculine).

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Une rencontre au crépuscule (détail, dessin, 2009)

L'illustration en page de couverture du livre Fées, Rêves et Glaces n'a aucun rapport avec les trois histoires que contient le recueil mais en reflète tout l'esprit... La jeune «fée» blonde qui figure (au sourire si doux) est le détail d'un dessin intitulé «Une rencontre au crépuscule», où, au bout du sillon d'un champ fraîchement labouré, un jeune homme en ombre chinoise s'avance vers elle...

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Ychah ou Un adieu à l'Enfance (dessin - détails et ensemble, 2008)

Les 23 illustrations (deux à la gouache, pour la couverture et vingt-et-une à la pierre noire : une par chapitre !) du livre Au Jardin doit à l'extraordinaire travail bénévole notre Amie Isaly, géniale et généreuse illustratrice ayant terminé ses études à l'Institut « Emile Cohl » de Lyon... qui va se lancer dans une belle carrière... je lui souhaite plein succès mais quelles difficultés va-t-elle désormais affronter !!! 

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Le Grand pays (hommage aux personnages d'un roman d'André Dhôtel, Le pays où l'on n'arrive jamais), dessin 2007

La belle Chris (Christine) et le sombre Val (Valentin) du livre L'été et les ombres ne sont à mon sens pas «illustrables»... Val aurait sans doute mon visage... un peu ou beaucoup de mon «moi» adolescent idéalisé... (j'étais mille fois plus complexé que lui, j'avoue... )

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Retour au Jardin des Roses (dessin, 2007)

- Tes princesses, enfants ou fées, ont toujours un air commun - une même douceur et une même mélancolie... Pourrait-on dire qu'elles forment une seule grande famille «dourvac'hienne» ?

Le couple «Douceur et mélancolie» est indissociable de notre monde sensible... Oui, il faut nous contraindre à être «doux» avec Autrui car ce monde est dur aux êtres les plus démunis, impitoyablement broyés par le règne d'intérêts privés, à courte vue, égoïstes et cyniques... j'aime beaucoup l'idéologie féministe du «Prendre soin» des autres (To care...), actuellement moquée par des gens qui ont pris le parti de la barbarisation et la crétinisation de l'humanité (c'est-à-dire clairement sa régression et son échec)... Ce souci du «Prendre soin» est fédérateur d'un projet civilisationnel : c'est le parti du vivre-ensemble, où nous nous tournons ENFIN vers l'Autre, sans faux-semblants... Et je me reconnais entièrement dans ces valeurs dites « féminines » que sont l'altruisme, le don de soi, le souci de préserver la vie (plutôt que la gâcher ou la détruire), la discrétion... Ces «fées» dessinées sont donc aussi les représentations des sentiments habituels à l'auteur... Mélancolie ou profonde tristesse, inclination à la rêverie, confiance accordée à l'autre, espoirs certainement bien «naïfs», fantaisie et esprit d'enfance... Ainsi, Noura la dessinatrice et Mélancolie ou âme qui rêve sont probablement les représentations de l'anima de leur auteur... En le disant plus simplement, ces dames ou demoiselles sont certainement ses « figures d'âme »...

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Mélancolie ou âme qui rêve (2009)

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Cascade à Alzen (printemps 2010)

- Parlons de tes photographies. Elles émaillent ton blog de façon magique et presque surnaturelle, nous aidant à mieux regarder , mieux apprécier ce qui nous entoure... Là encore est ce une illustration de ton monde... ou juste le plaisir de capter le fugitif ?

Merci, Loetitia, mais la Nature est la première (et peut-être même véritablement seule) "grande" artiste en ce domaine... Pour nous, il suffit d'être là, au bon moment... Nous sommes juste des plaques sensibles passantes... Nous reflétons... N'ayons jamais la grosse tête ! Ah, que serions-nous sans toute cette belle technologie de nos «appareils-photos numériques» (APN) ? Oui, plaisir très «basique» de capter le fugitif... et il y a assez de narcissismes opérationnels et exténuants en ce bas-monde des artissssssses... « qui se la jouent » ou « se la pètent » (dirait plutôt mon fiston), alors n'en rajoutons pas ici ! (sourire)

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Cascade à Alzen (printemps 2010)

 *

Questions : Loetitia Pillault / Réponses : Dourvac'h

Document réalisé entre Joué-les-Tours & Viviès, juillet 2010

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jeudi 7 avril 2011

Visite à une Amie...

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... si proche...

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... et lointaine...

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... hautaine...

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... jeune...

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... tendre...

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... et sans âge...

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... ma belle Amie, me raconterais-tu ton histoire ? ...

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 Le Livre... Jadis, au petit matin de mon enfance, à la première aube de ma vie, sa douce lumière éclairait l'horizon.

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Il reposait glorieux sur le bureau de mon père qui, plongé en lui, frottait en silence, patiemment, d'un doigt humécté de salive le dos des feuillets jusqu'à ce que le papier aveugle s'embrumât, se brouillât, réveillât le troublant pressentiment.

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Soudain, le papier tombait en miettes, dévoilant un bord ocellé, et mon regard défaillant glissait dans le monde vierge des couleurs divines, dans l'humidité merveilleuse de couleurs limpides.

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 Ô écailles brusquement tombées des yeux, ô invasion de clarté, ô doux printemps, ô père...

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Parfois mon père se détachait du Livre et s'éloignait. 

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Je restais seul, alors le vent traversait les pages et les images se levaient.

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Et quand je le feuilletais, un frisson parcourait les colonnes du texte, laissant s'échapper d'entre les lettres des vols d'hirondelles et d'alouettes.

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Une page après l'autre s'envolait ainsi, s'éparpillant, se fondant doucement dans le paysage qu'elles imprégnaient de couleurs.

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Parfois le Livre dormait et le vent soufflait sur lui doucement comme sur une rose à cent pétales,

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ouvrant la corolle,

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ouvrant une à une les paupières,

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écartant un à un les pétales de velours,

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aveugles et endormis,

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qui dans leur noyau cachaient la graine d'azur,

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la moelle chatoyante,

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 le nid piaillant de colibris.

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( ... )

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Bruno Schulz, Le Livre

(traduction : Thérèse Douchy)

*

Le texte en bleu est le début de la nouvelle Le Livre, extraite du recueil 

Le sanatorium au croque-mort (Sanatorium pod Klepsydra) Denoël, 1974

*

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photographies :

Dourvac'h

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Cascade, commune d'Alzen (Ariège)fin d'après-midi, 5 avril 2011

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lundi 28 mars 2011

Petites Fées de notre Enfance...

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Les Fées ont existé... autrefois...

Mais qui voudrait nous faire croire qu'elles n'existent plus ?

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En nos petites têtes d'enfants, nous laissions fleurir "notre" monde...

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Les dessus-de-lit se couvraient de fleurs et d'étoiles

- parfois même de quartiers de Lune...

Nos rosiers savants sagement grandissaient au papier peint...

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Colibris et papillons accouraient d'un coup d'aile, pollinisant l'univers... 

Petites princesses, cloîtrées en vos Châteaux de songes,

songez bien à vous en évader un jour... 

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Empreintes et senteurs de la rose abandonnée au creux du lit...

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Petits chats continuant à miauler à la fenêtre...

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Petites Fées invisibles : comme nées de nous... N'êtes-vous pas toujours en nous ?

Veillant sur nos petites vies...

Doux bruissements d'ailes au-dessus de nos têtes...

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Dourvac'h

Rose et bleue

dessin aux crayons de couleurs Polychromos sur papier Ingres, 45 x 55 cm, mars 2011

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... et enfin complétées, nos 27 réponses vous attendent sous notre article géant (et historique) du

samedi 26 février 2011 :

"Le sanatorium sous la clepsydre" ou le monde pictural du cinéaste Wojciech Jerzy Has...

* 

... et tout aussi exhaustives, nos 20 réponses ont également éclos sous notre article-dessin du

samedi 5 mars 2011 :

Petit à petit... (Rose et bleue)

*

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photographies :

Dourvac'h

arc-en-ciel et ciel de pluie sur Viviès (Ariège), dimanche 27 mars 2011

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mardi 22 mars 2011

PanGea / XX (suite et fin)

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  Pourquoi ce vent ?

  Chân plisse doucement les yeux.

  Au-delà de l'ombre bleue, il  y a ce plateau désertique.

  Rien ne vit ici.

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  La mule ne repartira pas...

  Pourquoi l'homme les a-t-il abandonnés ici ... ?

  Les yeux de Xi-Jîn se sont tournés vers lui, brûlant de terreur.

  Comment oublier qu'elle lit à l'intérieur de lui ?

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  N'aies pas peur, Xi... Il est sûrement tout proche de nous... il ne se montre pas, c'est tout !

  Les cils de son amie tremblent un peu. Une larme suit son chemin brillant.

  Le visage ovale s'apaise ; s'appuie contre son bras.

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  Chân sent le poids d'une autre tête venue contre lui, de l'autre côté.

  " Shou-Lîen..."

  - Je vois bien... mais pourquoi la laisses-tu placer aussi sa tête contre ton bras ?

  - Ta soeur est comme un miroir d'eau : te voyant faire, elle veut faire tout pareil... 

  - Pourquoi ris-tu ? Sais-tu qu'elle te préfére même à Grand-frère Li...?

  La tête de Shou-Lîen a remué faiblement.

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  Xi-Jîn laisse ses pensées vibrer dans chacun des os de Chân :

  " Elle t'aime aussi..."

  A nouveau le vent.

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  La tête de la mule frémit ; un sifflement bizarre passe entre ses dents énormes et ses lèvres chargées d'écume...

  L'animal veut se redresser ; s'affaisse davantage.

  Comme s'il comprenait qu'il mourrait dans cette ombre...

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  Chân tend la main vers les yeux de l'animal ; ses yeux déjà clos...

  Regardant à sa place vers les terres jaunes, craquelées ; Xi-Jîn regarde avec lui.

  Une ombre dressée.

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   Une ombre avec un manteau sombre, presque pareil au sien.

   L'homme qu'ils ont vu ou rêvé, l'un après l'autre...

  Chân doit se lever ; déplier son long corps endolori... Shou-Lîen proteste. Xi-Jîn le retient par la main...

  Grappe d'enfants qui se lève ; s'avançant à sa suite, quittant l'ombre avec lui...

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  Il y a ces fils d'or tendus dans le soleil.

  Entre eux ce lien invisible...

  Un lien de surprise et de peur.

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( ... à suivre... )

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texte & photos :

Dourvac'h

Isla de la Gomera (Canarias), 10 mars 2011

*

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Au fait, que devient Notre projet ( = THE BOOK of... )

 PanGea ?

*

Xi-Jîn s'éveilla la première.

Pieds nus, elle courut aussitôt vers la petite fenêtre carrée ; regardant comme chaque matin l'alignement des murs jaunes d'en face, détaillant une maison puis une autre - chacune percée des mêmes carrés obscurs, minuscules.

Elle sentit le froid d'en face.

*

Xi-Jîn, Chân... tous les leurs...
Aussi cet homme étrange et sa compagne des ombres...
Mais jusqu'où se finit Notre Terre ?

Récit fantastique par Dourvac'h
Projet d'édition pour décembre 2011
tirage, selon vos demandes, de 20 à 50 exemplaires
(Prix prévisible de fabrication par ex. : 12 euros + 2,50 euros frais d'envoi)

*

Voici donc la liste (sans cesse ré-actualisée) de nos Ami/e/s demandeurs/-ses d'un exemplaire de PanGea : nous sommes déjà 21... et j'espère bien n'avoir oublié personne !


... Acelita, Annick, Chris, Christiana, Colette,

Crépusculine, Dan, Danièle, Dourvac'h,

Gazou, Laure, Loetitia, Luce,

Maïté, MissLN, Oursonne, Pierre,

Shanti, Souamie, Sybilline, Sylvie ...

*

... et enfin complétées, nos 27 réponses vous attendent sous notre article géant (et historique) du samedi 26 février 2011

"Le sanatorium sous la clepsydre"

ou le monde pictural du cinéaste Wojciech Jerzy Has...

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... et tout aussi exhaustives, nos 20 réponses ont également éclos sous notre article-dessin du samedi 5 mars 2011

Petit à petit... (Rose et bleue)

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mardi 15 mars 2011

PanGea / XX (début)

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  Là, passée la belle courbe du terrain : cette haute haie de bambous...

  Et cette envie de danser dans leur ombre.

  Feuilles qui crépitent au-dessus de leurs têtes...

*

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  L'ombre était douce comme une fontaine.

  Leur provision d'eau épuisée.

  Buvant à tour de rôle, se partageant les dernières gouttes...

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  Chân les regarde ; s'amuse à les regarder... 

  Xi-Jîn vient de retirer le grand manteau noir qui couvrait sa mère ; elle le secoue et l'étale dans la poussière ; pose les dernières figues dessus ; laissant son frère et ses soeurs s'agenouiller tout autour.

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  Elle recompte les fruits : il y en a sept. Sept que Chân a tenu dissimulés pour eux dans un pli de sa longue, large ceinture de laine...

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  Xi-Jîn a peur de la gourmandise de petit-frère... Chân s'amuse aux yeux des deux petites, brillant d'envie au-dessus du trésor...

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  Il ne s'assied pas près d'eux ; il reste à l'écart ; il n'a pas envie de parler.

  Ils se tiennent tous serrés dans l'ombre des bambous qui s'agitent ; tiges crissant autour d'eux ; des hautes feuilles descend le bruit que fait la pluie...

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( ... à suivre... )

*

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Texte et photos :

Dourvac'h

Isla de la Gomera (Canarias) : 8 mars 2011

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samedi 5 mars 2011

Petit à petit...

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... imperceptiblement...

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... la chambre s'était emplie...

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... de tous nos rêves...

*

Dourvac'h

Rose et bleue

(Dessin hautement métaphorique, toujours inachevé...

Notre chambre restera ainsi "en plan" :  jusqu'au retour, dimanche 13 mars !)

*

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Et toujours 27 splendides photographies réunies

en l'honneur de Wojciech J. Has, à l'article suivant !!!

(qui s'est encore agrandi... )

Et au-dessous, toutes nos réponses, aussi !

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samedi 26 février 2011

"Le Sanatorium sous la Clepsydre" ou le monde pictural du cinéaste Wojciech Jerzy Has...

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 (Jan Nowicki : Jozef, dans le film La Clepsydre)

Je me souviendrai longtemps du visage accablé de ma pauvre soeur à la sortie du cinéma où je l'avais entraînée voir un film incroyable de Wojciech Jerzy Has... Ma chère frangine préférait évidemment les "films du dimanche soir" - ceux que l'on voyait alors régulièrement à la télévision : les films "normaux" de Claude Lelouch ou bien ceux "avec Romy Schneider" (d'ailleurs, plutôt Le Vieux fusil de Robert Enrico que le terrifiant et baroque L'important c'est d'aimer d'Andrzej Zulawski...). 

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 ( "- Tu peux pas être comme tout l' monde ? " "- Bin non, sinon j' m'ennuierais... " ) 

Sans doute, en mon esprit naïf d'alors, avais-je voulu la sortir un peu de "là"... On pût dire que ce fut joliment réussi !!!

Ah, si l'on pouvait simplement entrer en un monde, jusque-là superbement vierge et original : comme par effraction...

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Il s'agissait donc de ce film merveilleux - merveilleusement déroutant pour tout esprit cartésien - tout comme le fut, un rien plus tôt, l'exceptionnel 2001, a space odyssey de Stanley Kubrick en 1968 : 

La Clepsydre (réalisé en 1973), revu plus de dix fois depuis...

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 Mais essayons seulement d'entrer dans la danse...

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(La procession "hassidique" des commis du magasin du père - La Clepsydre)

Ce film fut pour moi la plus belle introduction qui m'ait été donnée à l'oeuvre extraordinairement poétique, enfantesque, cosmique et baroque d'un "petit prof de dessin de Drohobycz" (en sa région de Galicie - alors polonaise) : ce grand "petit homme" nommé Bruno Schulz, écrivain et artiste d'exception, assassiné à 49 ans par un obscur nazillon sévissant dans sa ville natale en cette année terrible : 1942...

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(Le cabinet des figures de cire dans le bateau sous l'arbre... autant d'étranges "Figuren" - comme disaient les nazis des autres humains qu'il tentaient de déshumaniser avant de les "liquider"... Image inspirée du Traité des Mannequinsde Bruno Schulz... .)

Il faut dire qu'il s'agit d'un récit-rêve... un récit labyrinthique où l'on voit, au fil de lents travellings latéraux,  un jeune homme débarquer d'une sorte de train-fantôme (empli d'humains immobiles et de meubles hétéroclites) pour s'inviter en un sanatorium perdu dans la neige où "survit" son père... comme hors du temps...

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(Jan Nowicki : Jozef, ici avec son alter-ego enfantin Rodolf - La Clepsydre)

Le héros (incarné par l'excellent acteur Jan Nowicki) se perd peu à peu dans ce sanatorium aux souvenirs : les temps flamboyants de son enfance, tout comme ceux du rêve et de l'après-vie, s'emparent bien vite de son histoire... Jozef pense à se coiffer d'un casque flamboyant des sapeurs-pompiers qu'il admirait... s'éprend de la servante Adèle tout en veillant sur son père Jacob- plongé dans une étrange "semi-vie" qui le voit se consumer comme une chandelle, sous la responsabilité du Dr Gotard assisté d'une jeune infirmière lascive...

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(Janina Sokolowska : l'infirmière - La Clepsydre)

De passages secrets que l'on découvre en passant sous de grands lits (où l'on croise des pompiers allongés, se pourléchant de sirop de mûre) jusqu'à renaître en des univers tropicaux luxuriants, puis se trouver plongé en un cabinet de figures de cire qu'héberge un bateau-à-aube, gisant abandonné sous le baobab d'une prairie...

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(Jan Nowicki et Ludwik Benoit : Joseph et le colporteur - La Clepsydre)

De toute cette lente traversée de pénombres enchantées puis des ombres grandissantes surgira ce cauchemar de la Shoah qui engloutit (hélàs !) le poète Schulz, ses Boutiques de Cannelle, sa Rue des Crocodiles, son grand Printemps sans commencement ni fin, ce Treizième mois de l'année... 

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(Tadeusz Kondrat, Jan Nowicki : Jacob et Jozef ici réunis dans la même Geste onirique - La Clepsydre)

Fantaisies nocturnes d'un incroyable cosmos "chagallien" s'agitant sans cesse au-dessus d'une petite ville provinciale... Tous ces grands rêves mythiques nés de notre Enfance...

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(Jan Nowicki : Jozef, le fils - La Clepsydre)

Mouvements d'affection, de tendresse et respect entre un père et son fils. 

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(Tadeusz Kondrat : Jacob, le père - La Clepsydre)

Puissance incroyable de nos songes, du Temps et de la mort, invitées à régner sur nos petites vies : ici sur 125 petites minutes magiques de pure Cinématographie polychrome...

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Imaginez un seul instant l'effroi de ma soeur... J'ai refait un peu plus tard la même expérience (passionnante mais, bien sûr, à très hauts-risques) avec une copine et un copain... J'aurais dû finir par l'appeler : "Le test"...

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(affiche originale de l'artiste Starowieyski créée pour le film de Has, La Clepsydre)

Et Dieu merci, personne à cette époque en France n'avait encore pu découvrir  l'affiche originale - polonaise - de Sanatorium pod Klepsydra (1973)... (rires). Les artistes polonais d'alors (sous la coupe communiste, alors,  mais hors de toute préoccupation commerciale)  n'y allaient décidément pas par quatre chemins... Has n'a - tout au long de sa carrière - jamais fait aucune compromission... S'entêtant - au pris d'un certain isolement - à suivre son chemin personnel, bien loin des canons esthétiques ou thématiques en vigueur (Ceux du réalisme socialiste puis ceux de l'ère Solidarnosc... où s'engouffra avec un rien d'opportunisme le grand artiste et "collègue" Andrjez Wajda) et se dégageant systématiquement de toute "contrainte d'actualité", ce qu'il paya sur le tard - dans les années quatre-vingt... (*) 

(*) ... sans compromis du moins jusqu'en son 14ème et ultime long métrage, Les Tribulations de Balthazar Kober, (1988), co-production européenne "en version originale française"- réunissant une pléiade d'acteurs français qui ressemblent plutôt à de vagues pâtisseries indigestes brutalement immergées dans un tableau de Corot - oeuvre plutôt décevante, que je soupçonne Has d'avoir "subie" plus que vraiment dirigée... mais des circonstances atténuantes doivent lui être accordées : l'artiste voulait simplement, à 60 ans passés, continuer à travailler...

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 (Mieczyslaw Voit : le contrôleur aveugle du train-fantôme - La Clepsydre)

Bref, neuf années de silence suivirent après La Clepsydre, film qui fut particulièrement mal accueilli dans son pays d'origine : de nombreux critiques particulièrement obtus criant à la trahison de l'oeuvre de Schulz... Heureusement, le film créa un choc esthétique sans précédent au festival de Cannes (Prix spécial du Jury)...

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Un autoportrait de Bruno Schulz (1893-1942)

Halo de mystère et labyrinthe de ces maisons miniatures autour du dessinateur-peintre-graveur-poète Bruno Schulz (professeur de dessin dans le civil). L'artiste s'est campé au milieu de sa ville natale de Drohobycz (ex-Galicie autrichienne, aujourd'hui en Ukraine). Autour de lui - au pied de chaque maison de poupée - tous les rêves, les fascinations et odeurs des ruelles de son enfance semblent reprendre vie...

Sklepy Cynamonowe : Boutiques de Cannelle...

*

 " (....) Le Livre... Jadis, au petit matin de mon enfance, à la première aube de ma vie, sa douce lumière éclairait l'horizon. Il reposait glorieux sur le bureau de mon père qui, plongé en lui, frottait en silence, patiemment, d'un doigt huméctéde salive le dos des feuillets jusqu'à ce que le papier aveugle s'embrumât, se brouillât, réveillât le troublant pressentiment. Soudain, le papier tombait en miettes, déoilant un bord ocellé, et mon regard défaillant glissait dans le monde vierge des couleurs divines, dans l'humidité merveilleuse de couleurs limpides. Ô écailles brusquement tombées des yeux, ô invasion de clarté, ô doux printemps, ô père...

Parfois mon père se détachait du Livre et s'éloignait. Je restais seul, alors le vent traversait les pages et les images se levaient.

Et quand je le feuilletais, un frisson parcourait les colonnes du texte, laissant s'échapper d'entre les lettres des vols d'hirondelles et d'alouettes. Une page après l'autre s'envolait ainsi, s'éparpillant, se fondant doucement dans le paysage qu'elles imprégnaient de couleurs. Parfois le Livre dormait et le vent soufflait sur lui doucement comme sur une rose à cent pétales, ouvrant la corolle, ouvrant une à une les paupières, écartant un à un les pétales de velours, aeugles et endormis, qui dans leur noyau cachaient la graine d'azur, la moelle chatoyante, le nid piaillant de colibris. (...) "

Bruno Schulz, Le Livre, première des nouvelles traduite par Thérèse Douchy, extraite du recueil Le sanatorium au croque-mort (Sanatorium pod Klepsydra) Denoël, 1974

*

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Nikolaï (Gustaw Holoubek) et Katarzyna (Hanna Mikuc), dans Une histoire banale

Mais pour Has le solitaire, suivit Une histoire banale (adaptée d'une oeuvre d'Anton Tchekhov) en 1982... Un vieux professeur de médecine en semi-retraite dans une ville provinciale de la Pologne du XIXème siècle finissant... Son épouse "petite bourgeoise au foyer" ne se souciant guère que des convenances... Sa fille condamnée (On le devine... ) à devenir vieille fille hystérique ou mal-mariée... Un milieu pétri de conventions, où suinte un ennui verdâtre et inexprimable... Un sentiment secret et puissant attache le vieil homme à la fille d'un vieil ami décédé... Katarzyna, sa fille adoptive : une actrice hypersensible qui a fini par haïr le milieu des "m'as-tu-vu" théâtreux qu'elle doit cotoyer... doutant sans cesse d'elle-même... à la recherche d'une image masculine et paternelle, sécurisante et valorisante, dans cette "petite ville grisâtre" qu'ils rêvent tous deux de fuir...

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(Gustaw Holoubek : Nikolaï - Une histoire banale)

Mais voici ici l'acteur Gustaw Holoubek - déjà inoubliable en artiste alcoolique dans le premier (et superbe) long métrage de Has, Le noeud coulant réalisé en 1957 ; il incarnera de nombreux personnages des films de Has, dont le docteur Gotard, "maître du temps retardé (et déréglé) de La Clepsydre ; il incarne ici le héros vieilli et dépressif - dont on entend la voix off désabusée et tristement sarcastique dans la première partie d'Une histoire banale ; il semble avoir, sur cette photographie, le visage et la fausse bonhommie du réalisateur français Claude Chabrol (*) ...

(*) Anecdote : ma petite Fée m'a affirmé que dans ce film, l'acteur "ressemblait à DSK !" mais là, je m'insurge... C'est absolument faux !!! Car je suis admiratif du jeu tout en pudeur de cet acteur qui jouait aussi le rôle du médecin dirigeant le sanatorium de "La Clepsydre"... Ah là là... quel conditionnement ! Déjà que gazettes et télés font tout pour nous "préparer" à  un triste affrontement entre l'un de "nos" deux "tas d' fric" nationaux en vogue ("Ycelui-de-droite-bling-bling" ou "Ycelui-de-gauche-FMI" ? Quel suspense... mais regardez bien le montant de leur "petit" salaire... rires) : bref,  "match" prévu pour 2012 (et présumé sans retour) face à une stupide fasciste (pléonasme), sur le petit théâtre rabougri de notre trop vieux pays !

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Il ne se passera évidemment "rien" entre les deux protagonistes, Nikolaï (Gustaw Holoubek) et Katarzyna (Hanna Mikuc)... Un abîme de décennies et de souffrances incommunicables les sépare... Les moments qui les rassemblent sont pourtant telles des nacelles suspendues au-dessus du vide et du fleuve-Temps... L'oeuvre est picturale, inoubliable...

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(Hanna Mikuc : Katarzyna, dans Une histoire banale)

Toute la deuxième partie du film où intervient Katarzyna semble éclairer soudain l'oeuvre, composer un tableau polychrome mouvant, comme une "toile de maître" vivante... (Has termina ses études de peinture avant d'embrasser la carrière de cinéaste). La jeune femme au manteau rouge hésite puis s'immobilise devant les murs blancs de la chambre d'étudiant du vieux professeur... Se sentant abandonnée, désormais sans plus aucun repère "protecteur", elle partira sans même se retourner : cette fin inattendue, poignante par sa simplicité même, vous tire brutalement les larmes des yeux... sous les accents douloureux d'une étrange musique cristalline.

*

Les DVD de toutes les oeuvres cinématographiques de Wojciech Jerzy Has

parmi lesquels les magnifiques...

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Aleksandra Slaska et Gustaw Holoubek : Kuba et sa compagne - Le noeud coulant 

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Gustaw Holoubek et Jan Kreczmar : Kuba et le saxophoniste ivre - Le noeud coulant 

Le noeud coulant (1957)

Récit poignant des vingt-quatre dernières heures - entre alcool, errances, amours et désespoir - d'un artiste...

Oeuvre au même niveau émotionnel et esthétique que Le Voleur de bicyclette de Vittorio de Sica...

Adaptation d'une nouvelle de Marek Llasko 

*

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(Tadeusz Janczar et Maria Wachowiak : Pawel et Lidka, dans Les Adieux)

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 (Maria Wachowiak : Lidka - Les Adieux)

Les adieux (1958)

Superbe histoire d'amour entre deux protagonistes insouciants, séparés par l'ellipse d'une guerre foudroyant la Pologne à la fin de l'été 1939... 

" Pawel est un jeune étudiant qui rejette en bloc son milieu. Il tombe amoureux d’une danseuse nommée Lidka. Puis la Guerre éclate… Quand ils se retrouvent après le conflit, Pawel a connu le camp de concentration à Oswiecim et Lidka s’est marié à un aristocrate opportuniste. Pourtant, ils semblent encore attirés l’un par l’autre… "

(Anaïs Truant, Culturopoing.com, juin 2008)

Adaptation d'un roman de Stanislaw Dygat

*

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 (Zbigniew Cybulski, Joanna Jedryka, Iga Cembrzynska - Le Manuscrit trouvé à Saragosse)

Le manuscrit trouvé à Saragosse (1964)

 Oeuvre fantastique-drôlatique inspirée du "maître-roman" du comte voyageur Jean Potocki

(ici dans sa version intégrale restaurée par Martin Scorcese)

*

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(Irena Orska : Adela, la servante dans La Clepsydre)

La Clepsydre (1973)

" Ce monument fondamental de l'histoire du langage cinématographique est un chef d'oeuvre. "

(Jacques Siclier, Le Monde)

Oeuvre-kaléidoscope ressuscitant le monde poétique étonnant des nouvelles du poète

Bruno Schulz (voir ci-dessus)

*

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(Hanna Mikuc : Katarzyna, dans Une histoire banale)

Une histoire banale (1982)

" Qu’ils soient volés ou plongés au-dedans d’eux-mêmes, les regards semblent les seuls rescapés de la pensée, figures d’élévation entre la beauté, la résistance et la mélancolie.

(Olivier Rossignot, Culturopoing.com, nov. 2009)

Magistrale adaptation d'une oeuvre d'Anton Tchekhov  (voir ci-dessus)

 *

... ainsi que 9 autres titres du grand (et trop méconnu) cinéaste Has 

sont tous disponibles chez l'éditeur de DVD Malavida

(versions originales sous-titrées en français, avec grande qualité d'image des copies présentées) .

*

Et pour en apprendre "encore un peu plus"

sur l'oeuvre du Magicien polonais Wojciech-J. Has,

visitez le site "dédié et consacré au cinéaste"

nous offrant les passionnants travaux d'Anne-Guérin-Castell

(qui, je l'espère, pourra un jour lui consacrer un VRAI gros livre !) :

 http://www.anne-guerin-castell.fr/

*

Quant à l'oeuvre littéraire de Bruno Schulz...

(deux gros recueils de nouvelles, édités en Pologne respectiement en 1934 et 1937, magnifiquement traduits en français : Les Boutiques de Cannelle et Le Sanatorium sous la Clepsydre), elle était jusqu'alors proposée chez Denoël - rééditée et désormais disponible chez Gallimard... Enfin, une inoubliable longue nouvelle poétique du second recueil, Le Printemps, est également disponible en collection "folio 2 euros".

*

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   P.S. et aheum... : au vu vos premières réactions (un peu craintes mais TRES encourageantes, cependant... ), je dois vous rassurer : suis également capable de visionner jusqu'au bout (voire d'apprécier) des oeuvres aussi grandioses et incontournables que... Les Bronzés, Les Bronzés font du ski (mais le III est nul... ), Les Visiteurs (mais les II et III sont nuls... ), Camping (mais le II est nul... ),  Les Ch'tis (tout seuls pour l'instant... ), etc.

   Disons que, nullement "tourmentés", les films de Has nous demandent un petit EFFORT d'acclimatation...

  "Effort" est devenu ce mot terrifiant qui aujourd'hui - Soyons honnêtes ! - nous donne à tous envie de fuir à quatre pattes par la fenêtre... ou en passant sous les lits - tel le héros au casque de sapeur-pompier, téméraire explorateur de sanatoriums sous La Clepsydre de Has... (rires)

   Effort ? Bin... cet article pour essayer de vous faire découvrir les films inconnus de Wojciech Jerzy Has (1925-2000, avec une oeuvre comprenant 14 longs métrages) et les nouvelles de Bruno Schulz (1893-1942 et deux recueils d'histoires magiques) m'a demandé d'y travailler plus de QUATRE HEURES, au final... Recherches iconographiques et retouches comprises (comme à la robe de bal de Cendrillon, jusqu'au graissage de l'essieu de son carosse-citrouille... ) et j' regrette pas !!!

(Dourvac'h)

*

Toutes les (merveilleuses) photographies de cet article

sont extraites du riche fond d'Archives de

Film Polski/ "Wojciech Jerzy Has"

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dimanche 20 février 2011

Un dessin... / Rysunek...

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... est un miroir...

... jest lustrem ...

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... où nos âmes...

... gdzie nasze dusze ...

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s'assemblent...

montażu ...

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se reflètent...

odzwierciedlone są ...

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s'éveillent...

obudzić ...

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... Belles

... Piękne

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... au bois dormant sous leurs châteaux blancs

... Spanie pod ichbiałe zamki

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sous le souffle frais

w świeży oddech

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du Grand Printemps...

Wiosna Grand ...

*

Merci au Grand Printemps

et à son soleil frais en ce dimanche 20 février matinen Ariège...

... à la traduction en polonais assurée par la barre d'outils Google

- pour notre Amie illustratrice (from Poland) Lavandula

et la musicalité de cette langue magique...

en hommage aux films d'Andrzej Wajda et de Wojciech Jerzy Has -

... ainsi qu'à John William Waterhouse et son Ophelia ...

... et à Aurelia, Barbara, Christiana, Ehaa &Muriel

pour leurs suggestions de titres

au dessin (toujours inachevé) :

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Rose et bleue

Różowym i niebieskim

(Aurelia)

ou

" Là était le bonheur, peut-être... "

(Muriel)

ou

Voyage autour de ma chambre

(Christiana)

*

détails (Więcej)

*

dessin & photographies :

(Dourvac'h)

*

Niedziela, 20 luty 2011

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samedi 12 février 2011

Waterhouse / Millais : la Maison du Miroir de l'Eau...

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(1) 

Mariana, longuement...

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(2) 

... (se) réfléchit...

mariana_millais_1850

(3)

... s'étire lentement face au couchant...

788px_JWW_TheLadyOfShallot_1888

(4)

La Dame de Shalott vient de sortir sur la rivière...

800px_JWW_Ophelia_1889

(5)

Ophelia, qui...

ophelia_floating_millais_big

(6)

... s'y noya... Pourquoi ?

387px_John_William_Waterhouse___The_Crystal_Ball

(7)

" Interrogeons notre boule de cristal... "

*

And down the river's dim expanse

Like some bold seer in a trance,
Seeing all his own mischance —
With glassy countenance
Did she look to Camelot.

And at the closing of the day
She loosed the chain, and down she lay ;
The broad stream bore her far away,
The Lady of Shalott.

Et dans les eaux sombres de la rivière
Tel un prophète téméraire en transe,
Réalisant toute son infortune —
C'est avec une figure terne
Qu'elle regarda Camelot.

Et lorsque le jour déclina,
Desserrant la chaîne, elle s'allongeait ;
Le courant au loin l'emportait,
La Dame de Shalott…

(part IV of Lord Alfred Tennyson 's poem, 1833-1842)

*

D'après la légende, il était interdit à la Dame de Shalott de regarder directement la réalité du monde extérieur ; elle était condamnée à voir le monde à travers un miroir et se mit à tisser ce qu'elle voyait sur une tapisserie. Son désespoir allait grandissant lorsqu'elle observait des couples amoureux enlacés au loin. Nuit et jour, elle se languissait d'un retour à la normalité. Un jour, apercevant le reflet de Lancelot passer devant le miroir, la Dame se mit à l'épier directement, ce qui déclencha une malédiction. Durant la tempête automnale qui se produisit alors, la Dame embarqua alors dans un bateau sur la proue duquel elle inscrivit « La Dame de Shalott ». Elle chantait sa complainte en naviguant vers Camelot et une mort certaine. Son corps gelé fut retrouvé peu après par les dames et chevaliers de Camelot dont Lancelot, qui prièrent ensuite pour le repos de son âme. La tapisserie qu'elle avait tissée durant toute sa captivité recouvrait un des bords de son embarcation.

(Légende arthurienne - source : Wikipedia)

*

(1) & (2)

John William Waterhouse

Mariana in the South

(huile sur toile, 114 x 74 cm - 1897)

*

(3)

John Everett Millais

Mariana

(huile sur toile, 59,7 x 49,5 cm - 1851)

*

(4)

John William Waterhouse

The Lady of Shalott

(huile sur toile, 153 x 200 cm, 1888)

*

(5)

John William Waterhouse

Ophelia

(huile sur toile, 1889)

*

(6)

John Everett Millais

Ophelia

(huile sur toile, 76 x 112 cm - 1852)

*

(7)

John William Waterhouse

The Crystal Ball

(huile sur toile, 1902)

*

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samedi 5 février 2011

Coragem Irmon...

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Coragem Irmon

Courage, frère

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Ca bô desanima ô fidjo

Ne désespère pas, fils

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Força de vontade

La force de la volonté

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E tao grande

Est si grande

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Pa mode alguem qui dispreza 'bo

Ne te laisse pas abattre

CIMG9792

Tudo ta fazê parte

Parce qu'on t'a méprisé

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Di nôs vida

Notre vie est ainsi faite

CIMG9584

Si hoje

Si aujourd'hui

CIMG9733

Causa de casode e' riqueza

L'on ne se marie que pour chercher richesse

CIMG9681

Nôs sentimento ja caba

C'en est fini du sentiment

CIMG9933

Tonte gente

Tant de gens

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Envolvido ness riqueza

Vivent préoccupés par cette richesse

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Qu' sês coraçao ta sofrê...

Qu'ils en ont le coeur meurtri...

*

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paroles : Toi Vieira

chant : Cesaria Evora

(copyright : Lusafrica, album CD Cabo Verde, 1997)

*

photographies : Dourvac'h

la Isla de El Hierro (Canarias), fin octobre 2009

*

... et dès maintenant

découvrez TOUTES nos réponses

à vos charmants 20 messages

sous l'article-dessin précédent :

Quand le (Sur)naturel féminin revient au galop... !

*

CIMG9689

Avec une pensée (sauvage)

pour le grand courage et l'esprit de Paix

de nos soeurs et frères (de coeur et d'âme)

... de Tunisie, d'Egypte et d'ailleurs...

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