mardi 29 septembre 2009
" Me garfe... " (J'aimerais... )
E peuc'h ar c'hoad
me 'garfe mont
Dans la paix de la forêt
J'aimerais aller

Gant va merc'hig
ur wechig c'hoazh
Encore une fois
avec ma petite fille

He dorn em dorn
me 'garfe mont
Sa main dans ma main
j'aimerais aller

War gwele flour ar man
Sur le doux lit de la mousse

Hep larout ger
nemet selaou
Sans rien dire,
seulement écouter

Ouzh ene kuzh
ar gwez o hiboudin
Murmurer
l'âme cachée des arbres

Ha war hon pouezig
dont d'ar gêr
Et doucement
rentrer à la maison

Hon daou
da vare koan.
Tous les deux
à l'heure du souper.
*

Youenn Gwernig
Me garfe...
(J'aimerais...)
album vinyl, 1980, Keltia music
*

photos & dessins :
DOURVAC'H
Hêtraie près Rabat-les-Trois-Seigneurs (Ariège)
Douce Anne... (dessin sur papier Ingres, 50 X 75 cm)
Chemin vers le Cap de la Serre, commune de Viviès (Ariège)
Roches à la Jasse d'Embanels, près Rabat-les-Trois-Seigneurs (Ariège)
Arbre au crépuscule près "Gargas", commune de Viviès (Ariège)
Hêtraie près Rabat-les-Trois-Seigneurs (Ariège)
Tania & Toutoune, chemin de retour vers"Gargas", Viviès (Ariège)
Vue du Cap de la Serre sur la vallée du Douctouyre, près Vira (Ariège)
Genêt et cotonaster à Viviès (Ariège)
Bouleaux au Cap de la Serre, commune de Viviès (Ariège)
*
A l'article ci-dessous ("Une Enfance"), vous attend
la liste constamment actualisée de nos échanges de
reflets d'âme
qui paraîtront ce Premier Novembre...
*
... et toutes nos LONGUES réponses vous attendent
sous TOUS les articles précédents !
samedi 30 mai 2009
Jenovefa Rustefan (Geneviève de Rustéfan)
0
Nos Gwerzioù sont ces belles, douces et cruelles
Complaintes de notre Basse-Bretagne...
Après Korydwen et Le Rouge de Kenholl
tragédie ici offerte
vendredi 1er mai 2009
... que vous pourrez retrouver en catégorie "Gwerzioù"...
(avant de repartir explorer celle de "Breizh isel"...
... et notre immense article-répertoire constamment actualisé du
8 mars 2009
Aux Galeries Féériques...)
... voici donc venir la Complainte de
Jenovefa Rustefan
(présentée en intégralité !!!)
Jusqu'à leur dénouement (tragique),
les 94 vers de cette "Gwerz" sont scindés en SIX Chants...
Venez et revenez-y... lire, écouter, regarder...
... toucher de votre coeur nos 56 images...
*
A Vous donc, chères Amies & chers Amis de partout,
bon apprentissage de notre chère Langue bretonne !!
*
1
" Au milieu de la paroisse de Nizon,
près de Pont-Aven en Cornouaille,
on voit s'élever le château en ruines de Rustéfan.
2
Le peuple dit qu'anciennement on avait coutume
de danser fort tard sur le tertre du château,
et que si l'usage a cessé, c'est que les danseurs aperçurent, un soir,
la tête chauve d'un vieux prêtre, aux yeux étincelants,
s'avançant pour les regarder, à la lucarne du donjon.
3
On ajoute à cela qu'on voit vers minuit, dans la grand' salle,
une bière couverte d'un drap mortuaire, dont quatre cierges blancs,
comme on en faisait brûler pour les filles nobles,
marquent les quatre coins.
4
Enfin, qu'on voyait jadis une jeune demoiselle,
en robe de satin vert garnie de fleurs d'or,
se promener au clair de Lune sur les murailles,
chantant quelquefois, et plus souvent pleurant.
5
Quel mystérieux rapport entre ces apparitions ?
La ballade qu'on va lire va nous l'apprendre. "
Vicomte Hersart de la Villemarqué,
Chants populaires de la Bretagne,
Barzaz Breizh, 1867,
XXXVII, Geneviève de Rustéfan
(dialecte de Tréguier)
*
6
- I -
Pa oa paotr Iannig gad he zenvet
Nen doa ket koun da vean beleget
Quand le petit Yann gardait ses moutons,
Il ne songeait guère à être prêtre
7
- Ne vinn, a-vad, belek na manac'h
laket em euz ma spered er plac'h
- Je ne serai, certes, ni prêtre ni moine ;
j'ai mis mon esprit dans les jeunes filles.
8
Pa zeuaz he vamm a larez dean :
- Te a zo eur paotr fin, ma mab Iann ;
Quand un jour sa mère vint lui dire :
- Tu es un finaud, mon fils Yann ;
9
Lez al loened-ze, ha deuz d'ar ger,
Evit monet da skol da Gemper
Laisse là ces bêtes, et viens à la maison ;
il faut que tu ailles à l'école à Quimper
10
Vit mont da slom da vean beleget ;
Ha lavar kenavo d'ar merc'hed
Que tu ailles étudier pour être prêtre,
et que tu dises adieu aux jeunes filles.
*
11
- II -
Braoan merc'hed a voa er vro-ze
Merc'hed oto an Faou a-neuze
Les plus belles filles de ce pays-là
Etaient alors les filles du seigneur du Faou
12
Braoan merc'hed a zave o fenn,
Voa merc'hed an Faou war an dachen
Les plus belles filles qui levaient la tête,
sur la place étaient les filles de du Faou
13
Hi a dole sked dreist ar merc'hed
Evel ma ra'l loar dreist ar stered
Elles brillaient près de leurs compagnes,
Comme la Lune près des étoiles
14
Ha gant-he peb a inkane gwenn,
O tont d'ar pardon da Bond-Aven ;
Chacune d'elles montait une haquenée blanche,
Quand elles venaient au pardon, à Pont-Aven ;
15
O tont d'ar pardon da Bond-Aven,
A grene an douar hag ar vein
Quand elles venaient au pardon, à Pont-Aven,
La terre et le pavé sonnaient ;
16
Gant he peb a vroz c'hlaz a zeien,
Ha karkanio aour war ho c'herc'hen.
Chacune d'elles portait une robe de soie verte
Et des chaînes d'or autour du cou.
17
Ar iaouankan, hounez ar broan ;
Iannik Kerviez a gar, ar glevann.
La plus jeune est la plus belle ;
elle aime, dit-on, le petit Yann de Kerblez.
18
- Pevar mignon kloarek am euz bet,
hag ho fevar e ma int beleget ;
- J'ai eu pour amis quatre clercs,
Et tous quatre se sont faits prêtres ;
19
- Iannig ar Flecher, an divezan,
ha laka va c'halon da rannan. -
- Yannig ar Flécher est le dernier ;
Il me brise le coeur. -
*
20
- III -
Pa voa Iannig o vont d'ann eurzo,
Jenovefa voa war he zreujo ;
Comme Yannig allait recevoir les Ordres,
Geneviève était sur le seuil de sa porte ;
21
Jenovefa voa war he zreujo,
Hag a c'houie-hi dentelezo,
Geneviève était sur le seuil de sa porte,
et y brodait de la dentelle,
22
Hag ho brode gant neuden argant
(Da c'holoi eur c'halir e vent koant).
De la dentelle avec du fil d'argent.
(Cela couvrirait un calice à merveille).
23
- Iannig ar Flecher, ouz-in sentet ;
Da gemer an eurzo na it ket ;
- Yannig ar Flécher, croyez-moi,
n'allez point recevoir les Ordres ;
24
Da gemer an eurzo na it ket,
Enn abek d'an amzer dremenet
N'allez point recevoir les Ordres,
à cause du temps passé.
25
- Distrei d'ar ger me ne hallan ket,
Pe vinn hanvet ar gaouier touet.
- Je ne puis retourner à la maison,
car je serais appelé parjure.
26
- N'hoc'h euz eta koun euz an holl draou
A zo bet laretwar-n-omp hon daou ?
- Vous ne vous souvenez donc plus
de tous les propos qui ont couru sur nous deux ?
27
Kollet hoc'h euz eta ar walen
'M'euz roet d'hoc'h e-kreiz an abaden ?
Vous avez donc perdu l'anneau
que je vous donnai en dansant ?
28
- Ho kwalen aour n'am euz ket kollet ;
Doue neuz hi digan-in tennet.
- Je n'ai point perdu votre anneau d'or ;
Dieu me l'a pris.
29
- Iannig ar Flecher, distroet endro
Ha me roio d'hoc'h va holl vado ;
- Yannig ar Flécher, revenez,
et je vous donnerai tous mes biens ;
30
Iannig, va mignon, distroet endro,
Ha me ielo d'hoc'h heul e peb bro;
Yannig, mon ami, revenez,
et je vous suivrai partout ;
31
Ha me gemero boteier koat,
Ha ma iei gen-hoc'h labourat.
Et je prendrai des sabots,
et m'en irai avec vous travailler.
32
Ma na zentet ked ouz va goulenn,
Digaset d'i-me ar groaz n-ouen.
Si vous n'écoutez pas ma prière,
rapportez-moi l'extrême-onction.
33
- Sivoaz ! hoc'h heulian ne hallan ket,
Rag aberz Doue ounn chadennet ;
- Hélàs ! Je ne puis vous suivre,
car je suis enchaîné par Dieu ;
34
Rag gand dorn Doue em onn dalc'het,
Ha d'ann eurzo eo red d'in monet. -
Car la main de Dieu me tient,
et il faut que j'aille aux Ordres. -
*
35
- IV -
Hag o tout endro euz a Gemper
E teuaz adarre d'ar maner
Et, en revenant de Quimper,
il repassa par le manoir.
36
- Eurvad, otro maner Rustefan,
Eurvad d'hoc'h holl dud, braz ha bihan
- Bonheur, seigneur de Rustéfan,
Bonheur à vous, grands et petits !
37
Eurvad ha joa d'hoc'h bihan ha braz,
Muioc'h evit zo gan-in, sivoaz !
Bonheur et joie à vous, petits et grands,
plus que je n'en ai, hélas.
38
Me zo deuet d'ho pedi, d'ann de,
Da zonet d'am oferen neve.
Je suis venu vous prier
d'assister à ma messe nouvelle.
39
- Ia ! d'hoc'h oferen ni a ielo,
Kentan brofo er plad me a vo.
- Oui, nous irons à votre messe,
et le premier qui mettra à l'offrande sera moi.
40
Me a brofo er plad ugent skoed,
Hag ho maeronez, va itron, dek ;
Je mettrai à l'offrande vingt écus,
et votre marraine, ma dame, en mettra dix ;
41
Hag ho maeronez a brofo dek,
Da rei enor d'hoc'h,otro belek. -
Et votre marraine en mettra dix
pour vous faire honneur, seigneur prêtre !
*
42
- V -
Pa oann digouet e-tal Penn-al-lenn
O vonet ive d'an oferen
Comme j'arrivais près de Penn-al-Lenn,
me rendant aussi à la messe,
43
E weliz kalz a dud o redek,
Hag hi enn eunn estlamm braz meurbed.
Je vis une foule de gens courir
tout épouvantés.
44
- Na c'hui, gregik koz, d'in leveret,
Nag an oferen zo achuet ?
- Hé ! dites-moi donc, vous, bonne vieille,
est-ce que la messe est finie ?
45
- An oferen a zo deraouet,
Hogen he achui n'euz gallet
- La messe a été commencée ;
mais il n'a pu la finir ;
46
He achui n'en deuz ket gallet
Goelan da Jenovefa neuz gret,
Mais il n'a pas pu la finir ;
il a pleuré sur Geneviève,
47
Ha tri leor braz en deuz treuzet, 'vad,
Gand an daero euz he zaoulagad
Et, en vérité, il a mouillé trois grands livres
des larmes de ses yeux.
48
Ken a zeuaz ar plac'h o redek,
Ha gouezaz da zaoulin ar belek
Et la jeune fille est accourue,
et elle s'est précipitée aux genoux du prêtre :
49
- Enn han Doue ! Yann, distroet endro
C'hui zo kiriok, kirio d'am maro ! -
- Au nom de Dieu, Yann, arrêtez !
Vous êtes la cause, la cause de ma mort ! -
*
50
- VI -
An otro Iann Flecher zo person,
Person eo breman, e borc'h Nizon ;
Messire Jean Flécher est recteur,
recteur maintenant au bourg de Nizon ;
51
Ha me am euz savet ar wers-ma,
N'euz hen gwelet meur wech oc'h oela ;
Et moi, qui ai composé ce chant,
je l'ai vu pleurer mainte fois ;
52
Meur wech m'euz hen gwelet oc'h oela
Tostik-tost da ve Jenovefa.
Mainte fois, je l'ai vu pleurer
près de la tombe de Geneviève.
*
NOTES :
" Les Flécher habitent toujours la paroisse de Nizon ; ce sont de bons et honnêtes paysans. Ils se souviennent d'avoir eu un prêtre dans leur famille, ce qu'atteste d'ailleurs un calice sculpté sur le linteau de la porte de leur maison, mais ils ne connaissent rien de son histoire ; ils savent seulement qu'un seigneur du pays contribua à payer son éducation cléricale. Ce seigneur, dont la femme était, selon notre ballade, marraine du jeune clerc Yannig, aura craint les suites de l'amour de sa fille pour le petit paysan, et y aura mis un terme en le faisant entrer dans les Ordres sacrés. Quant à l'héroïne de la ballade, nous manquons de documents qui nous permettent d'indiquer précisément l'époque où elle vivait. un grand échanson de France de sa famille et de son nom possédait, en 1426, le château des Rustéfan ; voilà tout ce que nous apprend le registre de la "Réformation" de la noblesse de Cornouaille. Mais Yann Flécher ne se trouvant pas porté sur la liste des recteurs de cette paroisse, dont nous avons les noms depuis l'an 1500 jusqu'à ce jour, il y a lieu de croire que les événements racontés dans la ballade se sont passés antérieurement. Qu'ils aient été chantés peu d'années après être arrivés, on n'en pourrait douter, puisque le poète nous assure qu'il a vu le prêtre pleurer près du tombeau de Geneviève. Ce poète, né à Tréguier, comme l'atteste le dialecte qu'il a suivi, habitait évidemment alors en Cornouaille, et peut-être Nizon même, où la ballade est restée des plus populaires. "
Vicomte Hersart de la Villemarqué
Chants populaires de la Bretagne
"Barzaz Breizh"
édition de 1867
pages 266 à 271
(la musique de la "Gwerz" se trouve page XXI du recueil)
*
53
... à la mémoire de
Jenovefa
*
54
Et partez lire nos looooooongues réponses personnelles
apportés à vos si charmants messages
sous notre article précédent
Abus de pouvoir des rêves (...)
*
55
Légendes des photographies :
(0) Ciel à Viviès (Ariège), mai 2009 - photo : Dourvac'h
(1) Droit de passage pour une noce se rendant à l'église, Locquirec
(2) Entrée du bourg de Beuzec-Conq, environs de Concarneau
(3) Château de Kériolet (Finistère)
(4) Brodeuse bigoudène vers 1910 (Finistère)
(5) Procession de Plouneour-Trez, près Brignogan (Finistère)
(6) Enfants davant le Menhir de Kerampeulven (Finistère)
(7) Jeune homme du Pays glazik
(8) Jeune fille du Pays glazik
(9) Départ pour le marché de Plougastel - porcs placés sous la protection de Saint Carré
(10) Château de Josselin, vue du Quartier Sainte-Croix
(11) Pardon près du Pouldu : la procession des femmes
(12) Jeune fille en coiffe et châle brodés
(13) Procession à Sainte-Anne-la-Palud
(14) Jeunes filles à la chapelle Saint-Tugen en Primelin
(15) Paysans de Pont-Aven se rendant au Pardon
(16) Jeune fille du Pays glazik
(17) Procession de la Grande Troménie de Locronan
(18) Jeune fille en coiffe et châle brodés
(19) Jeune fille de la région de Fouesnant, Festival de Cornouaille - éd. d'art Jos Le Doaré
(20) Marguerite, mai 2009 - photo : Dourvac'h
(21) Marguerites - prairie par-dessus le château de Gargas, Viviès (Ariège), mai 2009 - photo : Dourvac'h
(22) Au-dessus du château d'eau, commune de Viviès (Ariège), mai 2009 - photo : Dourvac'h
(23) Rameaux de Saule à la baignade du Douctouyre à Vira (Ariège), mai 2009 - photo : Dourvac'h
(24)(25)(26)(27) (28)(29) Sur le Pont du Douctouyre à Vira (Ariège), mai 2009 - photo : Dourvac'h
(30) Hirondelles de Cheminée, Viviès (Ariège), 29 mai 2009 - photo : Dourvac'h
(31) Ciel et Robiniers au-dessus du Douctouyre, Vira (Ariège), mai 2009 - photo : Dourvac'h
(32) Ciel dans un miroir-aux-Fées, Viviès (Ariège), mai 2009 - photo : Dourvac'h
(33) Ciel au-dessus du château de Gargas, Viviès (Ariège), mai 2009 - photo : Dourvac'h
(34) Ciel à Viviès (Ariège), 26 mai 2009 - photo : Dourvac'h
(35) La Trinité de Surzur : la fontaine de pélerinage
(36) Corsage du pays bigouden (XIXème siècle)
(37) Chapelle de Loctudy (Finistère)
(38) Pélerins devant le sanctuaire de Sainte-Anne-la-Palud
(39) Porche de l'église Saint-Michel à Quimperlé (XIVème siècle)
(40) Bieuzi près Pontivy : la fontaine de Saint-Bieuzi (XVIème siècle)
(41) Au château de Kériolet (Finistère)
(42) Porche de l'église de Pencran (XVème siècle), Finistère
(43) Pardon de Rumengol
(44) Le Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouet
(45) Chapelle Saint-Goneri aux environs de Tréguier (Côtes d'Armor)
(46) Cariatide à La Martyre
(47) Chapelle Saint-They, Pointe du Van (Finistère)
(48) Fond de coiffe brodé, Cornouaille - photo : Christine Legrand
(49) Chapelle ruinée de Languidou, Pays bigouden (Finistère) - merci, chère Isaly !!!
(50) Portail et calvaire de la chapelle Saint-Tugen en Primelin (XVIème siècle)
(51) "Piéta" (Tria Fata), calvaire de granit
(52) Jeune fille de Guéméné
(53) "Retour du Pardon", détail dun tableau de G. Jundt (1874)
(54) Prairie sous le château de Gargas, Viviès (Ariège), mai 2009 - photo : Dourvac'h
(55) Rosier à Viviès (Ariège), mai 2009 - photo : Dourvac'h
(56) Jeune fille de Guéméné
56
Kenavo da c'hwi, breudeur ha c'hoarezed !
vendredi 1 mai 2009
Korydwen et le Rouge de Kenholl

" Korydwen, Korydwen, pourquoi t'en être allée
au premier jour de mai de ta quinzième année,
fillette païenne, couronnée d'épis de blé,
à la fraîche fontaine, dans le bois aux sorbiers ?
De s'en venir de Vannes trois hommes, trois cavaliers,
au Pardon de Sainte-Anne s'en allant chevaucher,
de Sainte-Anne près de Nantes, sur un rocher dressée.
Et Korydwen d'entendre les cloches sonner.
Le premier des cavaliers, de pierreries couronné.
Cheval blanc comme est blanc le marbre de Carrarz en été.
- A Sainte-Anne, belle païenne, je vous mènerai.
Venez venez en selle... Mais il n'eut achevé...
... que sa peau tombe en lanières sur son corps tout desséché,
qu'en chimère de pierre soudain se trouve changé,
et ses bras en poussière et en poudre ses deux pieds.
Et de ses cendres grises, la fontaine est brouillée.
Plongeant l'épée dans l'ève, la second des cavaliers
rendit claire la source et plus fraîche d'emblée.
D'une tortue la tête ornait son casque d'acier,
ses écailles recouvraient sa cuirasse cirée.
- Qui es-tu ? dit Korydwen - Bathalan le guerrier !
Je suis le fils de Tonkad et de l'océan suis né.
- L'océan ne fait naître que sirène ou bien sorcier.
Au Pardon de Sainte-Anne jamais ne te suivrai !
De la fraîche fontaine au troisième des cavaliers,
Korydwen en sa bouche de l'ève claire a versé :
- Tu es jeune et tes yeux sont de jade émaillés ;
de quel pays viens-tu sur ta pourpre haquenée ?
- D'où je viens sept moulins tournent dans les vents salés
qui font ma barbe rose comme rose du rosier.
On m'appelle... Le Rouge, à Kenholl où je suis né,
A Sainte-Anne, au Pardon, je m'en viens pour te mener.
De bondir tous les deux dessus la pourpre haquenée.
Sonnaient sonnaient les cloches de vers Nantes au clocher.
De chevaucher trois jours et deux nuits sans s'arrêter,
sans boire et sans manger, de colline en vallées...
Mais Korydwen s'étonne à la troisième soirée :
- Je n'entends plus qu'à peine les cloches sonner.
- Ce n'est rien, dit Le Rouge, mais le vent a dû tourner.
Viens. païenne, sur ma couche de paille de blé...
Ils repartent au matin dessus la folle haquenée.
Ils traversent belles forêts de bois de cerfs dressés,
plus vertes que sont les algues et que d'Irlande les prés,
sans boire et sans manger, trois jours deux nuits sans s'arrêter....
Mais Korydwen s'étonne à la sixième soirée :
- Je n'entends plus les cloches du Pardon sonner!
- Tu te trompes Korydwen, tu te trompes ma bien-aimée;
c'est le vent qui est tombé. Il est tard, allons nous coucher...
Quand Korydwen s'éveille à la septième rosée,
elle est seule sur la couche de paille de blé :
à la place du Rouge elle découvre à son côté
des serpents et un miroir brisé.
Et Korydwen d'y plonger son regard pour le croiser,
mais le visage qui lui fait face de la faire sursauter :
c'est celui d'une vieille femme d'au moins cent et dix années
dont des serpents dévorent les pauvres seins déchirés...
Et Korydwen de voir son maigre sang couler,
et la terre le boire et sa mort arriver.
Et de son ventre froid soudain s'envole un épervier
qui plonge dans la Loire, en ce monde enchanté."
*
Traditionnel / musique :
Tri Yann
1991
(CD "Belle et Rebelle")
*
Mais QUI es-tu,
Korydwen
ou
Cerridwen ?
Toutes les réponses se trouvaient chez notre âmie enchanteresse
Yabyum...
*

Cerridwen est la maîtresse celtique des poètes et de l'inspiration.
Comme Boann est une déesse de l'eau et Brighid une déesse du feu,
Cerridwen personnifie ce que vous obtenez quand vous faites bouillir des ingrédients
dans l'eau d’un chaudron au-dessus d’un feu.
Si Boann est une figure maternelle et Brighid une Vierge,
Cerridwen est vu comme une vieille «sorcière» ou une «vieille bique»
(c'est-à-dire une "Cailleach", sage-femme et une "Gwrach", homologue féminin d'un druide).

Elle s’occupe d’un des chaudrons les plus puissants
dans la tradition celtique.
Elle est une créatrice aussi bien qu'une initiatrice
pour artistes, les conteurs et les bardes
sur le chemin de la vocation qu’ils ont choisie.
Le chaudron de Cerridwen a souvent été remué
pendant «une année et un jour» ;
une période de temps symbolique qui signifie un «accomplissement»
avant de pouvoir bénéficier de son contenu.

En tant que "sorcière", Cerridwen connaissait
toutes les façons de combiner
les herbes et autres substances
qui pourraient être mélangées dans le chaudron,
et quels effets elles provoqueraient
chez celui qui absorberait ses concoctions.
Parce que le fils de Cerridwen, Afagddu, était le garçon le plus laid
que l’on ait jamais connu sur terre,
la déesse décida un jour de préparer un breuvage
qui lui accorderait un haut degré de sagesse,
pensant que s'il était laid, il pourrait au moins être un grand sage.
Cependant, comme en avait décidé le destin,
Cerridwen a demandé à son jeune protégé, Gwion Bach,
de surveiller le chaudron durant «un an et un jour»,
temps durant lequel le breuvage se concocterait,
et tandis qu'elle serait occupée à autre chose ...

Au bout de ce temps, alors que le breuvage venait juste d’être terminé,
trois gouttes ont sauté hors du chaudron sur les doigts de Gwion !
Comme elles étaient brûlantes, sa réaction immédiate
fut de porter ses doigts à sa bouche pour les apaiser !
Il hérita ainsi instantanément de
toute la sagesse destinée au fils de Cerridwen.
Mais il sut également que Cerridwen
ne le laisserait pas partir avec ce vol ;
aussi il se sauvât !
Il quitta la maison de Cerridwen «sous le lac»
et se mit à courir, changeant de forme en allant.
La déesse, sachant immédiatement ce qui s'était produit,
s’élançât après lui.
Gwion, pour échapper à Cerridwen,
passa par un certain nombre de changements,
se transformant finalement en grain de blé
que Cerridwen, elle-même transformée en poule, a alors avalé !
Neuf mois plus tard, elle lui a donné naissance
sous la forme du poète Taliesin.
Ceridwen eut un autre fils du nom de Morvran
qui était d'une laideur telle
qu'il fut pris pour un démon
lors de la bataille de Camlannce
qui
découragea les combattants.
Elle est aussi le troisième aspect de la Triple Déesse,
celui de la femme sage.
Elle est la Déesse de l'inspiration
... et une des Déesses d'Avalon...
Cette histoire entière est une parabole de la nature de la créativité,
de la nature du poète et des dangers de la vocation artistique.
L'inspiration trouve son origine dans la dimension «sauvage» de la vie;
pas dans sa nature domestiquée ;
elle vient de «très, très loin» ; peut-être même de «sous un lac».
Le Poète, image de n'importe quel artiste,
doit chercher cette inspiration sauvage et vivifiante
dans le chaudron préparé par Cerridwen,
et accepter les occasions qui se présentent
de goûter le breuvage qu'elle a fait.
En obtenant une goutte, la vocation créatrice est mise en marche !
*
Pour ressentir Cerridwen, vous devez vous aventurer dehors au clair de lune, particulièrement quand elle est pleine. Vous êtes le plus susceptible de la rencontrer où le clair de lune se reflète sur une surface d’eau, dans une clairière baignée d’un clair de lune au coeur d’un bois ou le long d'un champ, le long d'une route de campagne isolée. Rendez-vous dans un de ces endroits (physiquement ou en imagination) et recentrez-vous. Regardez la lune dans le ciel; «sentez» le clair de lune vous baigner. Psalmodiez alors doucement ses noms: Rhiannon - Cerridwen - Arduinna. (« Rhiannon » et « Arduinna » sont deux autres déesses celtiques liées à la Lune). Si vous voulez participer plus pleinement à la puissance de la lune, remplissez un calice avec de l'eau douce venant d’une source ou d’un ruisseau limpide. Asseyez-vous en tenant le calice de façon à voir la lune se refléter à la surface de l'eau. Meditez sur la puissance de la lune à induire l'inspiration et à augmenter l'imagination créatrice. Tandis que vous méditez, observez la réflexion de la lune; sentez sa puissance couler en vous lorsque vous inspirez. Penchez-vous au-dessus du calice et inhalez l'air près de la surface de l'eau; symboliquement vous vous «imprégnez» de la lumière de la lune. Vous pouvez pratiquer une divination lunaire en posant une question et en soufflant alors légèrement sur la surface de l'eau dans le calice. Pendant que vous regardez en lui, un motif peut alors apparaître à la surface de l'eau ainsi perturbée et induire en vous une intuition porteuse d’une « réponse ».
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Maintenant écoutez les paroles de la
Grande Mère
qui fut aussi appelée parmi les hommes
Artémis, Astarte, Athéna, Dione,
Mélusine, Aphrodite, Cerridwen, Dana, Arianrhod, Isis, Bride,
et par bien d'autres noms :
" Toutes les fois que vous aurez besoin de quoi que ce soit,
Une fois dans le mois et de préférence quand la lune sera pleine.... "
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Tous textes publiés par notre âmie
Yabyum
à l'occasion de la tendre fête printanière de
Beltane...
... moment où s'unirent la "Grande Déesse Mère"
et le "Grand Dieu & Père"
de notre Univers
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Découvrez vite le doux univers de notre Enchanteresse
YabYum
en
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... et lisez bien TOUTES nos réponses à vos 42 charmants messages
juste sous l'article précédent !
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... et puis ?
Chris & Val
vous reviendront annoncer (et ne jamais clore)
"L'été et les ombres"
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choix des photos :
DOURVAC'H
Jeune fileuse de chanvre à Pluherlin (Morbihan)
Embarquement à Saint-Guénolé près Penmarc'h (Finistère)
Chevauchée dans les eaux du Douctouyre (Ariège)
Gisant du Cloître à Saint-Lizier (Ariège)
Eaux du Douctouyre à Vira (Ariège)
Croix occitane (dallage de galets) face au Cloître de Saint-Lizier (Ariège)
Jument face à Roquefixade (Ariège)
Procession de Plouneour-Trez, près Brignogan (Finistère)
Eaux du Douctouyre à Vira (Ariège)
Saint-Yves et sa femme : statues de bois polychrome
Jeune fille de La Forêt-Fouesnant au miroir
Jeune femme et enfant au château de Keriolet (Finistère)
Un retour de Pardon (gravure)
Trois jeunes filles priant devant le Calvaire et Portail de Saint-Tugen en Primelin (Finistère)
Fileuse devant le Calvaire et Portail de Saint-Tugen en Primelin (Finistère)
Brodeuse à Pont-l'Abbé (Finistère)
Fontaine de Sant-Tivisiau à Landivisiau (Finistère)
Cerridwen (illustration prêtée par Yabyum / auteur inconnu)
Fillette de Saint-Herbot (Finistère)
Broderie bigoudène : détail du plastron d'un costume féminin
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DOURVAC'H
Cerridwen
(dessin en cours - détails au soir du 5 mai 2009)







