samedi 26 février 2011

"Le Sanatorium sous la Clepsydre" ou le monde pictural du cinéaste Wojciech Jerzy Has...

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 (Jan Nowicki : Jozef, dans le film La Clepsydre)

Je me souviendrai longtemps du visage accablé de ma pauvre soeur à la sortie du cinéma où je l'avais entraînée voir un film incroyable de Wojciech Jerzy Has... Ma chère frangine préférait évidemment les "films du dimanche soir" - ceux que l'on voyait alors régulièrement à la télévision : les films "normaux" de Claude Lelouch ou bien ceux "avec Romy Schneider" (d'ailleurs, plutôt Le Vieux fusil de Robert Enrico que le terrifiant et baroque L'important c'est d'aimer d'Andrzej Zulawski...). 

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 ( "- Tu peux pas être comme tout l' monde ? " "- Bin non, sinon j' m'ennuierais... " ) 

Sans doute, en mon esprit naïf d'alors, avais-je voulu la sortir un peu de "là"... On pût dire que ce fut joliment réussi !!!

Ah, si l'on pouvait simplement entrer en un monde, jusque-là superbement vierge et original : comme par effraction...

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Il s'agissait donc de ce film merveilleux - merveilleusement déroutant pour tout esprit cartésien - tout comme le fut, un rien plus tôt, l'exceptionnel 2001, a space odyssey de Stanley Kubrick en 1968 : 

La Clepsydre (réalisé en 1973), revu plus de dix fois depuis...

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 Mais essayons seulement d'entrer dans la danse...

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(La procession "hassidique" des commis du magasin du père - La Clepsydre)

Ce film fut pour moi la plus belle introduction qui m'ait été donnée à l'oeuvre extraordinairement poétique, enfantesque, cosmique et baroque d'un "petit prof de dessin de Drohobycz" (en sa région de Galicie - alors polonaise) : ce grand "petit homme" nommé Bruno Schulz, écrivain et artiste d'exception, assassiné à 49 ans par un obscur nazillon sévissant dans sa ville natale en cette année terrible : 1942...

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(Le cabinet des figures de cire dans le bateau sous l'arbre... autant d'étranges "Figuren" - comme disaient les nazis des autres humains qu'il tentaient de déshumaniser avant de les "liquider"... Image inspirée du Traité des Mannequinsde Bruno Schulz... .)

Il faut dire qu'il s'agit d'un récit-rêve... un récit labyrinthique où l'on voit, au fil de lents travellings latéraux,  un jeune homme débarquer d'une sorte de train-fantôme (empli d'humains immobiles et de meubles hétéroclites) pour s'inviter en un sanatorium perdu dans la neige où "survit" son père... comme hors du temps...

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(Jan Nowicki : Jozef, ici avec son alter-ego enfantin Rodolf - La Clepsydre)

Le héros (incarné par l'excellent acteur Jan Nowicki) se perd peu à peu dans ce sanatorium aux souvenirs : les temps flamboyants de son enfance, tout comme ceux du rêve et de l'après-vie, s'emparent bien vite de son histoire... Jozef pense à se coiffer d'un casque flamboyant des sapeurs-pompiers qu'il admirait... s'éprend de la servante Adèle tout en veillant sur son père Jacob- plongé dans une étrange "semi-vie" qui le voit se consumer comme une chandelle, sous la responsabilité du Dr Gotard assisté d'une jeune infirmière lascive...

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(Janina Sokolowska : l'infirmière - La Clepsydre)

De passages secrets que l'on découvre en passant sous de grands lits (où l'on croise des pompiers allongés, se pourléchant de sirop de mûre) jusqu'à renaître en des univers tropicaux luxuriants, puis se trouver plongé en un cabinet de figures de cire qu'héberge un bateau-à-aube, gisant abandonné sous le baobab d'une prairie...

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(Jan Nowicki et Ludwik Benoit : Joseph et le colporteur - La Clepsydre)

De toute cette lente traversée de pénombres enchantées puis des ombres grandissantes surgira ce cauchemar de la Shoah qui engloutit (hélàs !) le poète Schulz, ses Boutiques de Cannelle, sa Rue des Crocodiles, son grand Printemps sans commencement ni fin, ce Treizième mois de l'année... 

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(Tadeusz Kondrat, Jan Nowicki : Jacob et Jozef ici réunis dans la même Geste onirique - La Clepsydre)

Fantaisies nocturnes d'un incroyable cosmos "chagallien" s'agitant sans cesse au-dessus d'une petite ville provinciale... Tous ces grands rêves mythiques nés de notre Enfance...

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(Jan Nowicki : Jozef, le fils - La Clepsydre)

Mouvements d'affection, de tendresse et respect entre un père et son fils. 

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(Tadeusz Kondrat : Jacob, le père - La Clepsydre)

Puissance incroyable de nos songes, du Temps et de la mort, invitées à régner sur nos petites vies : ici sur 125 petites minutes magiques de pure Cinématographie polychrome...

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Imaginez un seul instant l'effroi de ma soeur... J'ai refait un peu plus tard la même expérience (passionnante mais, bien sûr, à très hauts-risques) avec une copine et un copain... J'aurais dû finir par l'appeler : "Le test"...

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(affiche originale de l'artiste Starowieyski créée pour le film de Has, La Clepsydre)

Et Dieu merci, personne à cette époque en France n'avait encore pu découvrir  l'affiche originale - polonaise - de Sanatorium pod Klepsydra (1973)... (rires). Les artistes polonais d'alors (sous la coupe communiste, alors,  mais hors de toute préoccupation commerciale)  n'y allaient décidément pas par quatre chemins... Has n'a - tout au long de sa carrière - jamais fait aucune compromission... S'entêtant - au pris d'un certain isolement - à suivre son chemin personnel, bien loin des canons esthétiques ou thématiques en vigueur (Ceux du réalisme socialiste puis ceux de l'ère Solidarnosc... où s'engouffra avec un rien d'opportunisme le grand artiste et "collègue" Andrjez Wajda) et se dégageant systématiquement de toute "contrainte d'actualité", ce qu'il paya sur le tard - dans les années quatre-vingt... (*) 

(*) ... sans compromis du moins jusqu'en son 14ème et ultime long métrage, Les Tribulations de Balthazar Kober, (1988), co-production européenne "en version originale française"- réunissant une pléiade d'acteurs français qui ressemblent plutôt à de vagues pâtisseries indigestes brutalement immergées dans un tableau de Corot - oeuvre plutôt décevante, que je soupçonne Has d'avoir "subie" plus que vraiment dirigée... mais des circonstances atténuantes doivent lui être accordées : l'artiste voulait simplement, à 60 ans passés, continuer à travailler...

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 (Mieczyslaw Voit : le contrôleur aveugle du train-fantôme - La Clepsydre)

Bref, neuf années de silence suivirent après La Clepsydre, film qui fut particulièrement mal accueilli dans son pays d'origine : de nombreux critiques particulièrement obtus criant à la trahison de l'oeuvre de Schulz... Heureusement, le film créa un choc esthétique sans précédent au festival de Cannes (Prix spécial du Jury)...

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Un autoportrait de Bruno Schulz (1893-1942)

Halo de mystère et labyrinthe de ces maisons miniatures autour du dessinateur-peintre-graveur-poète Bruno Schulz (professeur de dessin dans le civil). L'artiste s'est campé au milieu de sa ville natale de Drohobycz (ex-Galicie autrichienne, aujourd'hui en Ukraine). Autour de lui - au pied de chaque maison de poupée - tous les rêves, les fascinations et odeurs des ruelles de son enfance semblent reprendre vie...

Sklepy Cynamonowe : Boutiques de Cannelle...

*

 " (....) Le Livre... Jadis, au petit matin de mon enfance, à la première aube de ma vie, sa douce lumière éclairait l'horizon. Il reposait glorieux sur le bureau de mon père qui, plongé en lui, frottait en silence, patiemment, d'un doigt huméctéde salive le dos des feuillets jusqu'à ce que le papier aveugle s'embrumât, se brouillât, réveillât le troublant pressentiment. Soudain, le papier tombait en miettes, déoilant un bord ocellé, et mon regard défaillant glissait dans le monde vierge des couleurs divines, dans l'humidité merveilleuse de couleurs limpides. Ô écailles brusquement tombées des yeux, ô invasion de clarté, ô doux printemps, ô père...

Parfois mon père se détachait du Livre et s'éloignait. Je restais seul, alors le vent traversait les pages et les images se levaient.

Et quand je le feuilletais, un frisson parcourait les colonnes du texte, laissant s'échapper d'entre les lettres des vols d'hirondelles et d'alouettes. Une page après l'autre s'envolait ainsi, s'éparpillant, se fondant doucement dans le paysage qu'elles imprégnaient de couleurs. Parfois le Livre dormait et le vent soufflait sur lui doucement comme sur une rose à cent pétales, ouvrant la corolle, ouvrant une à une les paupières, écartant un à un les pétales de velours, aeugles et endormis, qui dans leur noyau cachaient la graine d'azur, la moelle chatoyante, le nid piaillant de colibris. (...) "

Bruno Schulz, Le Livre, première des nouvelles traduite par Thérèse Douchy, extraite du recueil Le sanatorium au croque-mort (Sanatorium pod Klepsydra) Denoël, 1974

*

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Nikolaï (Gustaw Holoubek) et Katarzyna (Hanna Mikuc), dans Une histoire banale

Mais pour Has le solitaire, suivit Une histoire banale (adaptée d'une oeuvre d'Anton Tchekhov) en 1982... Un vieux professeur de médecine en semi-retraite dans une ville provinciale de la Pologne du XIXème siècle finissant... Son épouse "petite bourgeoise au foyer" ne se souciant guère que des convenances... Sa fille condamnée (On le devine... ) à devenir vieille fille hystérique ou mal-mariée... Un milieu pétri de conventions, où suinte un ennui verdâtre et inexprimable... Un sentiment secret et puissant attache le vieil homme à la fille d'un vieil ami décédé... Katarzyna, sa fille adoptive : une actrice hypersensible qui a fini par haïr le milieu des "m'as-tu-vu" théâtreux qu'elle doit cotoyer... doutant sans cesse d'elle-même... à la recherche d'une image masculine et paternelle, sécurisante et valorisante, dans cette "petite ville grisâtre" qu'ils rêvent tous deux de fuir...

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(Gustaw Holoubek : Nikolaï - Une histoire banale)

Mais voici ici l'acteur Gustaw Holoubek - déjà inoubliable en artiste alcoolique dans le premier (et superbe) long métrage de Has, Le noeud coulant réalisé en 1957 ; il incarnera de nombreux personnages des films de Has, dont le docteur Gotard, "maître du temps retardé (et déréglé) de La Clepsydre ; il incarne ici le héros vieilli et dépressif - dont on entend la voix off désabusée et tristement sarcastique dans la première partie d'Une histoire banale ; il semble avoir, sur cette photographie, le visage et la fausse bonhommie du réalisateur français Claude Chabrol (*) ...

(*) Anecdote : ma petite Fée m'a affirmé que dans ce film, l'acteur "ressemblait à DSK !" mais là, je m'insurge... C'est absolument faux !!! Car je suis admiratif du jeu tout en pudeur de cet acteur qui jouait aussi le rôle du médecin dirigeant le sanatorium de "La Clepsydre"... Ah là là... quel conditionnement ! Déjà que gazettes et télés font tout pour nous "préparer" à  un triste affrontement entre l'un de "nos" deux "tas d' fric" nationaux en vogue ("Ycelui-de-droite-bling-bling" ou "Ycelui-de-gauche-FMI" ? Quel suspense... mais regardez bien le montant de leur "petit" salaire... rires) : bref,  "match" prévu pour 2012 (et présumé sans retour) face à une stupide fasciste (pléonasme), sur le petit théâtre rabougri de notre trop vieux pays !

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Il ne se passera évidemment "rien" entre les deux protagonistes, Nikolaï (Gustaw Holoubek) et Katarzyna (Hanna Mikuc)... Un abîme de décennies et de souffrances incommunicables les sépare... Les moments qui les rassemblent sont pourtant telles des nacelles suspendues au-dessus du vide et du fleuve-Temps... L'oeuvre est picturale, inoubliable...

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(Hanna Mikuc : Katarzyna, dans Une histoire banale)

Toute la deuxième partie du film où intervient Katarzyna semble éclairer soudain l'oeuvre, composer un tableau polychrome mouvant, comme une "toile de maître" vivante... (Has termina ses études de peinture avant d'embrasser la carrière de cinéaste). La jeune femme au manteau rouge hésite puis s'immobilise devant les murs blancs de la chambre d'étudiant du vieux professeur... Se sentant abandonnée, désormais sans plus aucun repère "protecteur", elle partira sans même se retourner : cette fin inattendue, poignante par sa simplicité même, vous tire brutalement les larmes des yeux... sous les accents douloureux d'une étrange musique cristalline.

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Les DVD de toutes les oeuvres cinématographiques de Wojciech Jerzy Has

parmi lesquels les magnifiques...

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Aleksandra Slaska et Gustaw Holoubek : Kuba et sa compagne - Le noeud coulant 

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Gustaw Holoubek et Jan Kreczmar : Kuba et le saxophoniste ivre - Le noeud coulant 

Le noeud coulant (1957)

Récit poignant des vingt-quatre dernières heures - entre alcool, errances, amours et désespoir - d'un artiste...

Oeuvre au même niveau émotionnel et esthétique que Le Voleur de bicyclette de Vittorio de Sica...

Adaptation d'une nouvelle de Marek Llasko 

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(Tadeusz Janczar et Maria Wachowiak : Pawel et Lidka, dans Les Adieux)

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 (Maria Wachowiak : Lidka - Les Adieux)

Les adieux (1958)

Superbe histoire d'amour entre deux protagonistes insouciants, séparés par l'ellipse d'une guerre foudroyant la Pologne à la fin de l'été 1939... 

" Pawel est un jeune étudiant qui rejette en bloc son milieu. Il tombe amoureux d’une danseuse nommée Lidka. Puis la Guerre éclate… Quand ils se retrouvent après le conflit, Pawel a connu le camp de concentration à Oswiecim et Lidka s’est marié à un aristocrate opportuniste. Pourtant, ils semblent encore attirés l’un par l’autre… "

(Anaïs Truant, Culturopoing.com, juin 2008)

Adaptation d'un roman de Stanislaw Dygat

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 (Zbigniew Cybulski, Joanna Jedryka, Iga Cembrzynska - Le Manuscrit trouvé à Saragosse)

Le manuscrit trouvé à Saragosse (1964)

 Oeuvre fantastique-drôlatique inspirée du "maître-roman" du comte voyageur Jean Potocki

(ici dans sa version intégrale restaurée par Martin Scorcese)

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(Irena Orska : Adela, la servante dans La Clepsydre)

La Clepsydre (1973)

" Ce monument fondamental de l'histoire du langage cinématographique est un chef d'oeuvre. "

(Jacques Siclier, Le Monde)

Oeuvre-kaléidoscope ressuscitant le monde poétique étonnant des nouvelles du poète

Bruno Schulz (voir ci-dessus)

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(Hanna Mikuc : Katarzyna, dans Une histoire banale)

Une histoire banale (1982)

" Qu’ils soient volés ou plongés au-dedans d’eux-mêmes, les regards semblent les seuls rescapés de la pensée, figures d’élévation entre la beauté, la résistance et la mélancolie.

(Olivier Rossignot, Culturopoing.com, nov. 2009)

Magistrale adaptation d'une oeuvre d'Anton Tchekhov  (voir ci-dessus)

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... ainsi que 9 autres titres du grand (et trop méconnu) cinéaste Has 

sont tous disponibles chez l'éditeur de DVD Malavida

(versions originales sous-titrées en français, avec grande qualité d'image des copies présentées) .

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Et pour en apprendre "encore un peu plus"

sur l'oeuvre du Magicien polonais Wojciech-J. Has,

visitez le site "dédié et consacré au cinéaste"

nous offrant les passionnants travaux d'Anne-Guérin-Castell

(qui, je l'espère, pourra un jour lui consacrer un VRAI gros livre !) :

 http://www.anne-guerin-castell.fr/

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Quant à l'oeuvre littéraire de Bruno Schulz...

(deux gros recueils de nouvelles, édités en Pologne respectiement en 1934 et 1937, magnifiquement traduits en français : Les Boutiques de Cannelle et Le Sanatorium sous la Clepsydre), elle était jusqu'alors proposée chez Denoël - rééditée et désormais disponible chez Gallimard... Enfin, une inoubliable longue nouvelle poétique du second recueil, Le Printemps, est également disponible en collection "folio 2 euros".

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   P.S. et aheum... : au vu vos premières réactions (un peu craintes mais TRES encourageantes, cependant... ), je dois vous rassurer : suis également capable de visionner jusqu'au bout (voire d'apprécier) des oeuvres aussi grandioses et incontournables que... Les Bronzés, Les Bronzés font du ski (mais le III est nul... ), Les Visiteurs (mais les II et III sont nuls... ), Camping (mais le II est nul... ),  Les Ch'tis (tout seuls pour l'instant... ), etc.

   Disons que, nullement "tourmentés", les films de Has nous demandent un petit EFFORT d'acclimatation...

  "Effort" est devenu ce mot terrifiant qui aujourd'hui - Soyons honnêtes ! - nous donne à tous envie de fuir à quatre pattes par la fenêtre... ou en passant sous les lits - tel le héros au casque de sapeur-pompier, téméraire explorateur de sanatoriums sous La Clepsydre de Has... (rires)

   Effort ? Bin... cet article pour essayer de vous faire découvrir les films inconnus de Wojciech Jerzy Has (1925-2000, avec une oeuvre comprenant 14 longs métrages) et les nouvelles de Bruno Schulz (1893-1942 et deux recueils d'histoires magiques) m'a demandé d'y travailler plus de QUATRE HEURES, au final... Recherches iconographiques et retouches comprises (comme à la robe de bal de Cendrillon, jusqu'au graissage de l'essieu de son carosse-citrouille... ) et j' regrette pas !!!

(Dourvac'h)

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Toutes les (merveilleuses) photographies de cet article

sont extraites du riche fond d'Archives de

Film Polski/ "Wojciech Jerzy Has"

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samedi 16 décembre 2006

Enfances / Pays natal / Printemps

L'enfance - puis ce jour où l'on se dit : " Tiens, c'est déjà fini ? "

L'enfance que l'on retrouve, bien longtemps après, dans les livres de Schulz et Dhôtel...

Merveilleux Pays natal de Dhôtel, ses agiletés d'écriture et habiletés de conteur oriental ...

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" Un soir d'été, s'étant allongé sur l'herbe du carrelage, les yeux au ciel, il avait vu deux hirondelles passer très haut comme des flèches, et les avait entendues crier très haut. Alors il s'ingénia à imiter les cris, (...)

Parfois certaines d'entre elles vinrent se poser et gazouiller sur des fils électriques à trente pas de là, à mi-chemin du ciel. En vérité les hirondelles étaient ailleurs, et il souhaitait qu'elles demeurent ainsi dans ce monde supérieur. "

André DHOTEL, Pays natal, 1966, ré-éd. 2003, éditions Phébus, chapitre I, page 29

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Puis... ces XXXIX chapitres célestes du Printemps, laissés en 1937 par le peintre-graveur Bruno Schulz, court roman d'émerveillements de pages en pages...

" En ces nuits d'avant le printemps, vastes et sauvages, recouvertes d'un ciel immense, encore sévères et inodorantes, conduisant à travers les accidents du firmament vers les déserts étoilés, mon père m'emmenait dîner dans le jardin d'un petit restaurant (...)

Nous marchions dans la lumière humide des réverbères qui clinquaient sous les coups du vent, à travers la grande place voûtée, seuls, écrasés par l'immensité des labyrinthes célestes (...) ; Père levait vers le ciel son visage inondé d'une faible clarté et regardait avec un chagrin amer le gravier des étoiles disséminées, les tourbillons répandus (...) "

Le Printemps - in Le sanatorium au croque-mort (1937),

éd. Denoël, pages 42-43, traduction de Thérèse Douchy

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samedi 9 décembre 2006

Bruno Schulz : autoportrait

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Boutiques de cannelle

Un autoportrait de Bruno Schulz (1893-1942)

J'aime ce halo de mystère et le labyrinthe de ces maisons miniatures autour du peintre-dessinateur-graveur-poète Bruno SCHULZ (professeur de dessin dans le civil).

L'artiste s'est campé au milieu de sa ville natale de Drohobycz (ex-Galicie autrichienne, aujourd'hui en Ukraine).

Autour de lui - au pied de chaque maison de poupée - tous les rêves, les fascinations et odeurs des ruelles de son enfance semblent reprendre vie...

Sklepy Cynamonowe : boutiques de cannelle...

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