lundi 12 septembre 2016

**** "Heiraten (Noces)" en douze critiques illustrées **** extraites du site "Babelio"(sept. 2015 à sept. 2016)

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(12°) Critique de Fleitour - parue le 6 septembre 2016 [*] :
 
 
Heiraten (Noces, ou au sens strict : "S'unir avec" en langue allemande) est le récit bouleversant des rencontres amoureuses de Kafka avec deux jeunes filles dont Julie W., nouées avec ce brin d'espoir : « La mort attendra bien encore un moment. » [page 44]
Le texte est un pur cristal, comme un verre dans la lumière floue du matin, comme le cristal de Roederer, fragile bouquet de parfums, de sentiments indicibles, un moindre faux pas et tout se brise, pour ces âmes clouées à un corps trop frêle. 
" Nul ne lira ce que j'écris ici; nul ne viendra m'aider" : Max Brod n'a pas détruit l'oeuvre de Kafka, et les documents sont restés intacts même les plus secrets.
Et nous lisons ce qu'il a écrit, malade de la tuberculose, comme Julie W., comme Gerti W.
Dourvac'h a restitué dans Heiraten,tous les éléments de ces rencontres, des photos, des lettres, notamment de Kafka, jusqu'à émailler son texte de paroles en allemand ou en yiddish, apportant une étrangeté comme une sorte de grâce, entourant le son de leurs voix.
Texte d'un romantisme absolu, les mots sont fragiles, ils portent une ferveur amoureuse et une menace douloureuse, "T'écouter c'est entendre la plainte de chacun des arbres, endurer leurs plus humbles tracas." 
Plus on avance dans le texte plus la sincérité et la puissance de leur amour paraît éclatante et inébranlable, "toi que j'aime jusque dans ta beauté tragique."
Tout bascule, "car fuir, est impossible", "Viendra l'hiver je le sais bien. "
"Je lui tiens la main le silence nous sépare, tu comprends,"dit Kafka à Julie, et plus loin encore, "Nous ne pouvons nous marier puisque père t'a déjà insultée", et  viendra la peur , "Nous ne pouvons nous marier puisque j'ai peur de mourir, et parce que tu devrais mourir à ton tour !", - Et alors ? dit Julie. 
Dans ce récit, l'extrême sensibilité de Kafka est traduite d'une façon lumineuse, loin des clichés souvent exprimés par de bons érudits, pas mécontents de mettre sur le dos de Kafka, la seule partie noire de son oeuvre. 
Ce n'est pas une fiction imaginée par un fougueux romantique breton. Les dialogues sont en harmonie avec les écrits de Kafka, la mélancolie qui étreint Julie et Kafka, dans la recherche d'une issue, se heurte à leur maladie, à leur fragilité. L'aventure avec Gerti W. est une diversion de plus, car « [il] ne sai[t] pas parler du bonheur ».
Désespéré, il en appelle à la mort : « La maladie se débarrassera de moi. Tout devra disparaître. Max comprendra bien ça."
C'est bien Kafka lui même qui va dans sa solitude, perdre sa fiancée, éprouver une dernière fois, l'amour impossible et la mort prévisible. Morts tragiques que connaîtront 20 ans plus tard Julie et les trois soeurs de Franz dans les camps Nazis.
Que les lecteurs de Kafka se bousculent pour éprouver ce très beau texte, d'une poésie et d'une pudeur farouche : « Je n'ai plus froid... et tu es là, ça me suffit. Berce-moi. »
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(11°) Critique de Mahema - parue le 2 septembre 2016 [*] :

 

J'ai beaucoup aimé la subtilité et la délicatesse de cette écriture poétique qui porte avec force la relation des personnages entre eux : Kafka et Julie, Kafka et Gerti. Je me suis laissée porter par cette lecture, j'ai lu sans m'arrêter une fois et j'ai goûté le rythme et le regard du narrateur vers l'intérieur pointé d'ironie, de conscience et de sensibilité et ainsi vers le monde extérieur, à l'autre. Puis j'ai relu au hasard et j'ai goûté cette belle écriture. 

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[ ... et ci-après, les 10 premières critiques parues : ]

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Julie Wohryzek - autour de 1918

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(1°) Critique de LydiaB - parue le 26 septembre 2015 [*] :

 

Je viens tout juste de refermer ce livre et j'en reste sans voix. J'avais déjà été charmée par Grand Large, roman sur les affres de la vie dans lequel l'auteur arrivait comme par magie à insérer une prose poétique de toute beauté... Mais là, nous sommes dans une autre dimension. 

Si je vous dis "Kafka", vous me répondez La Métamorphose, Le Procès ou Le Château. Mais Dourvac'h, lui, vous dira instantanément : "Julie". Julie ? Une des oeuvres inconnues de Kafka ? On pourrait presque le voir ainsi. Mais il s'agit en réalité de Julie Wohryzek, une de ses fiancées. Vous l'aurez compris, nous avons là un texte nous relatant la relation entre les deux amoureux ; une relation sur fond de tuberculose puisque la rencontre des tourtereaux s'est faite dans une "pension climatique". 

En s'immisçant ainsi dans les pensées de l'écrivain, l'auteur met en relief tout ce qui le rongeait : la maladie tout d'abord, sa première maîtresse, l'amour passionné pour Julie et... l'amour pour les femmes. Nous faisons face à un être torturé. Qu'en aurait-il été si le mal qui phagocytait ses poumons n'avait pas été là ? Si les parents de Julie avaient bien voulu de ce mariage ? Si Milena n'était pas venue le détourner de son chemin ? Autant de questions qui restent en suspens...

Je persiste et je signe, l'écriture de Dourvac'h est magnifique, travaillée, d'une richesse confinant au sublime. Il y aura désormais, lorsque je lirai du Kafka, cet écrit magistral en filigrane... Un "avant" et un "après" Heiraten

Chapeau bas à cet écrivain qui joue dans la cour des grands ainsi qu'à son éditeur, Michel Chevalier, des Editions Stellamaris, pour avoir eu le courage de publier un livre loin de toutes les sirènes commerciales. Et j'ajoute que celui-ci rend d'autant plus hommage à cette pépite littéraire qu'il est richement illustré sur papier glacé. 

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La pension d'Olga Stüdl à Schelesen (Bohême) autour de 1918

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(2°) Critique de nadejda - parue le 3 octobre 2015 [*] :

 

Poussez la grille de la pension d’Olga Stüdl à Schelesen où Kafka « le choucas » et Julie « la grive musicienne » vont se retrouver loin de Prague. Vous ne le regretterez pas. 
Cela commence ainsi :  

« Poussant la lourde grille de la pension : comme j’aime son joli grincement ! Un chant dans la neige.
Si près des yeux, sa double rangée de flèches.
Ecailles de métal peint sous la pulpe des doigts — rouille émeraude qu’on aime caresser longtemps comme le dos d’un lézard immobile.
Est-elle déjà là ?
Pas un mouvement aux rideaux.

Pas encore rentrée… »

et se poursuit tout en délicatesse, 

« Visage fragment de lune dont j’admirais le profil.

Cou fléchi de jeune cygne malade. »,

tout en effleurements poétiques pour approcher « l’éternel fiancé » et Julie femme enfant, fantasque, joueuse, mutine qui va lui offrir son rire auquel le sien fera un temps écho pour tenter de couvrir le monde angoissant qui est le sien.
Mais il faudra revenir à Prague où règne le père … Prague, où Milena va faire son apparition. 

« Si je pouvais - pas après pas - rejoindre ton bonheur de vivre… l’approcher pour m’installer à son côté sans l’effaroucher. Sans laisser deviner combien il me réchauffe… L’ombre des pères glisserait alors loin de nous deux. Lentement s’éloignerait dans les ruelles. L’ombre des ruelles ne tient-elle pas de cette ombre-là ? Elle nous laisserait enfin. Nous irions bras dessus, bras dessous. Nous gagnerons le soleil, la place un instant illuminée. Feux de bengale au crépuscule, qu’un forain laisse échapper de sa main » [p. 66]

Et revient aussi le souvenir d’une autre petite fiancée, papillon éphémère qui lui aura, elle aussi, servi à soutenir et faire renaître sa fièvre créatrice.
Gerti à Riva :

« Maintenant assise face à moi, son petit chapeau posé un peu de travers - en se donnant des airs graves. J’ai bien envie de rire mais son regard obstiné d’enfant me fait me reprendre. Je redresse mon menton qui s’appuyait sur un faux col immaculé pour la regarder au fond de l’âme.
Une enfant si confiante, profonde, à l’imaginaire si vaste. » [p. 104]

Ce petit livre jalonné de photos anciennes au charme suranné donne vie à des êtres que l’on pourrait croire sorti d’un album familial et ainsi nous les rend très proches. Et leur belle évocation poétique où s’intègrent des extraits de la correspondance de Kafka et de son journal vient renforcer cette impression de partager leurs rêves, leurs angoisses et leur intimité.

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Gerti Wasner, autour de 1913

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(3°) Critique de Barbara Delaplace - parue le 12 octobre 2015 [*] :

 

Pourquoi j'aime autant Heiraten ? Pour sa musique nostalgique et amère, pour la poésie de ses phrases qui surnagent longtemps après "Je ne sais pas parler du bonheur", Des phrases qui comme dans Grand Large : "Regarder la mer empêche de mourir" restent gravées dans ma mémoire.

Heiraten, au delà de l'histoire triste d'un amour de Franz K., est une longue poésie qui nous transporte ailleurs (dans le temps et dans l'espace) en décrivant avec une sensibilité incroyable les peurs et les sentiments du narrateur. En tant que peintre, j'admire aussi beaucoup ses qualités d'évocation . Chaque scène pourrait donner lieu à un tableau. 

Bref, un roman à lire mais aussi à garder dans sa bibliothèque pour relire une page au hasard de temps en temps, pour en savourer la musique et redécouvrir la dentelle de ses phrases parfaitement ciselées .

Un grand livre, un nouvel aspect du talent de Dourvac'h.

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Franz Kafka - autour de 1910

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(4°) Critique de Christiana Moreau - parue le 22 octobre 2015 [*] :

 

Je viens de lire ce roman très agréable par sa jolie couverture glacée, sa mise en page "respirante" et je ne l'ai pas lâché jusqu'à la dernière page.

Cela m'a beaucoup plu. le charme opérait. Il est léger comme un flocon de neige et en même temps glaçant; la promesse du malheur perçant sous les rires et les promenades, comme si cette insouciance ne servait qu'à recouvrir d'une fine couche de neige le noir caché en-dessous... cette façon de parler de choses graves d'une façon délicate, ce style romanesque, aérien, imagé emporte le lecteur dans l'intimité des personnages de Kafka et Julie, comme un temps figé dans le froid et les décors sublîmes ou inquiétants.
Le malaise de Franz et de Julie était le mien.
Il suffisait de presque rien... mais le sort n'a pas voulu... le poids de l'histoire, des traditions...

C'est très poétique et joliment écrit, comme un tableau impressionniste, par petites touches juxtaposées.
Cerise sur le gâteau, les photos qui illustrent les endroits dont parle le roman, ne font que renforcer l'ambiance de l'histoire. J'ignorais qu'il existât des endroits aussi étranges que ces rochers sculptés de figures monstrueuses...

Un livre que je recommande chaleureusement !

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La synagogue de Vinohrady à Prague, où travaillait le père de Julie Wohryzek

(elle fut détruite par les autorités municipales - communistes - dans l'après-guerre)

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(5°) Critique de Patrickdlm - parue le 27 novembre 2015 [*] :

 

J'ai lu Heiraten il y a quelques jours. Je m'étais promis de vous faire part de mon sentiment. Aujourd'hui, la pluie tombe, c'est le bon jour.
Je suis heureux de posséder ce livre. Par les originalités de son propos et de sa mise en page, par l'évocation d'une époque et d'une rencontre amoureuse, et par son côté didactique (la brève biographie des protagonistes), c'est un livre inclassable. Donc une réussite !
Je retrouve là ce que j'avais déjà apprécié dans Grand Large, et qui est très éloigné de ma propre écriture : votre art de l'élision.
Cela relève de la poésie, bien sûr, en témoigne le tout premier paragraphe, pour moi un très joli poème. Et tant d'autres passages …
Merci pour ce long poème d'amour sur fond absolument pas kafkaïen. Franz K. est un jeune homme normal, sauf qu'il est juif, pauvre et tuberculeux. Il fréquente les sanatoriums.
Ça me rappelle mon enfance, où la tuberculose était soignée dans ces établissements hospitaliers, disparus depuis et où quelques camarades étaient soignés.
C'est que vous êtes tombé amoureux de Julie W. Ça saute aux yeux ! Félicitations ! Elle est très belle.
C'est bien de l'avoir fait revivre, cette jeune fille fort sage au destin tragique, comme celui, hélas, de toutes les familles juives de Tchécoslovaquie.
Les photos sont fort instructives également. Julie semble avoir 16 ans sur la couverture.
Je feuillette et re-feuillette ces pages ; une espèce de nostalgie s'empare de moi, une douce torpeur ; sans doute due au regret de les avoir quittées si tôt.
Il me faudra y revenir, ne pas hésiter à me plonger au hasard des pages, relire quelques phrases, détailler une photographie, lire une biographie.

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"Klacelka" : oeuvre sculptée dans le grès par Vaclav Levy 

(forêt de Libechov/Liboch près Zelizy/Schelesen, Bohême)

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(6°) Critique de bobsinclar69 (alias Jerry Ox) - parue le 2 mars 2016 [*] :

 

Heiraten est un roman que je recommande vivement. le style ciselé et l'immersion en plein coeur (en plein poumon) de cette pension climatique où se joueront la rencontre et l'amour entre Julie et Franz est bougrement prenante, parfois un peu oppressante, mais c'est sans doute l'effet recherché. Heiraten peut, par instant, dérouter mais ce roman nous captive de bout en bout et l'on s'attache aux personnages et l'on se surprend à souffrir avec eux. Il est important de signaler aux futures lectrices et futurs lecteurs que les mots sont fort judicieusement choisis et que l'on sent un véritable amour pour le langage, la narration et la construction d'une intrigue chez cet auteur de qualité. Dourvac'h qui nous avait beaucoup séduit avec Grand Large récidive ici avec un roman plus introspectif et c'est une belle réussite.

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"Hrad Kokorin" : Château de Kokorin - près Libechov/Liboch, Bohême

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(7°) Critique de paul0914 - parue le 31 mars 2016 [*] :

 

Au départ, un sentiment d'immobilisme. 

Voici Franz Kafka, un homme énigmatique et intriguant qui se « terre » dans une pension au coeur d'une forêt enneigée. 
Que cherche-t-il ? Fuit-il ses démons dans un endroit reclus ? Cherche-t-il simplement du calme dans un endroit isolé ? Quoiqu'il en soit le décor, aussi mystérieux soit-il, est posé et ne cessera d'évoluer au fil de la lecture. 
En effet, nous partons alors à la découverte de cet homme paradoxalement antipathique mais attachant et la lecture se transforme peu à peu en ballade, un peu à l'image de cette promenade nocturne au coeur de la forêt enneigée. Comme les promeneurs, nous sommes happés par quelque chose, d'étrange mais magnifique qui nous pousse à la continuer (la lecture/la ballade) alors même que nous sommes cernés par le froid et la nuit de la personnalité de Kafka (une personne attachante par sa complexité finalement). 
Pourtant, la pénombre de l'âme de Kafka se voit être sublimée par la spontanéité et la beauté de l'âme des femmes qu'il rencontre et notamment cette Julie, dont la relation avec Franz Kafka est pour le moins peu banale, parfois incompréhensible (relation amoureuse ? relation amicale ? jeux d'enfants ?), mais toujours avec une sincérité touchante.
Tels les personnages au coin du feu, nous sommes finalement comblés, réchauffés par la puissance de cette relation pourtant étrange. 
Finalement, il ne faut pas chercher à comprendre mais simplement à se laisser porter par les flux sentimentaux des personnages si bien dépeints par Dourvac'h. 
Il faut simplement vivre cette histoire d'amour/amitié entre le froid de l'hiver et la chaleur de l'âme des personnages, l'agitation des rues de Prague et le calme de la pension, le mystère des légendes locales et la sincérité des sentiments. 
Le tableau est posé, le tableau est vivant, Dieu que c'est bon !
Merci, Dourvac'h, pour cette ballade poétique, magnifique et sincère.

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Julie Wohryzek après son mariage, années 1920

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(8°) Critique de michfred - parue le 4 avril 2016

 

Entre le poème-conversation et le poème tout court, entre la neige et le lac, entre Julie et Gerti, entre les rochers des Diables et le balcon des anges, voici Heiraten...
Les "Noces" du récit et de la poésie.
Je n'ai pas "aimé" bêtement ma lecture : j'ai été envoûtée, bercée, magnétisée par le chant de Dourvac'h. 
Oui, le chant : une pincée de tchèque, un fidl de yiddish, ein bischen d'allemand et surtout sa langue à lui, toute de suggestions, de langueur maladive et de douceur... Subtile et triste, cultivée et enfantine, pleine de fêlures et de rires cristallins, pleines de larmes et de sourde angoisse. 
L'histoire est simplissime.
Franz Kafka rencontre Julie, dans une pension sous la neige, près d'une grande forêt où un sculpteur un peu fou a sculpté de géantes têtes de démons. Tous deux sont jeunes, tous deux sont phtisiques, tous deux sont juifs. Mais elle est gaie et toute naïve, lui est sombre et comme hanté par la mort à l'oeuvre dans son faible corps, par l'ombre terrible du père, par ses livres qui le dévorent comme une fièvre. 
Elle veut l'épouser: elle a déjà perdu un premier fiancé à la guerre. Elle veut un anneau. Il le lui achète mais bientôt par faiblesse, par lâcheté, par fatigue, il cède à l'interdiction menaçante de son père, - ou est-ce à la peur de la mort et de l'amour charnel ? à la rencontre avec Milena, l'âme-soeur? 
Pour la consoler, la distraire, il lui conte l'histoire d'un autre de ses amours perdus : Gerti, rencontrée au sanatorium.
Franz et Julie ne s'épouseront jamais. L'anneau de Julie n'aura jamais son pendant sur la main décharnée de Franz...
C'est tout. 
Mais c'est ne rien dire du charme intense de ce petit livre ciselé, musical, amoureusement construit, illustré, présenté.
J'avais lu et aimé déjà Grand Large : plus breton, plus romanesque, plus narratif -mais déjà plein de poésie et très impressionniste dans ses couleurs et sa palette...
Dourvac'h joue ici d'autres gammes : on pense à Caspar David Friedrich, à Adolphe, aux grands mythes du romantisme allemand, la Lorelei, le Roi des Aulnes, Leonore, et aux mythes juifs et tchèques  ces rochers diaboliques sont les Golems de la forêt mais surtout son livre est ancré dans l'histoire d'un auteur qui est devenu comme son frère.
Il est Franz, il marche avec Julie dans la neige, il tient sa main et se désole de ne pas l'aimer assez, de ne pas l'aimer mieux, elle qui est si gaie, si tendre...
En lisant Heiraten j'avais mille images dans les yeux, et la musique klezmer berçait mon coeur de ses violons tour à tour frétillants et déchirants.
On doit relire Heiraten, presque tout de suite : c'est trop court, trop parfait;
On a l'impression d'avoir rêvé...

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Gerti Wasner enfant

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(9°) Critique de SylvieDeSaintPhalle - parue le 9 mai 2016 [*] : 

 

Le livre Heiraten est une petite fleur rouge dans le panorama littéraire français, très en dehors des logiques éditoriales si "commerciales"... Ce récit, s'abreuvant à de nombreuses sources littéraires et épistolaires, narre avec un style très esthétique l'histoire d'amour et les sentiments les plus profonds entre Franz (Kafka) et Julie (Wohryzek), la jeune fille qu'il rencontra dans la neige de Bohême en janvier 1919. Mais le livre n'est pas seulement le récit d'un amour, c'est un travail très profond et méticuleux de recherche dans l'existence du futur "grand écrivain" Kafka, comprenant les témoignages de ses proches, des extraits de son journal et de sa correspondance - avec de nombreuses photographies des protagonistes, des reproductions de cartes postales anciennes ou gravures des lieux qu'ils ont "hanté"... le lecteur arrive dans l'histoire comme ferait une petite « Alice au pays des merveilles » découvrant peu à peu un monde étrange : celui des sentiments les plus intimes de ces "grandes personnes"... C'est un roman délicat, fortement original tant dans son style que dans sa façon de décrire l'expérience émotionnelle des personnages. Un petit cadeau pour âmes sensibles !

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Prague, années 1910

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(10°) Critique de ClaireG - parue le 13 juillet 2016 [*]

 

Sanatorium de Riva (Tyrol) – 1913
Gerti et Franz. Kafka, 30 ans, rencontre la toute jeune Gerti, die Schweizerin, qui restera sa douce nostalgie, son idéal féminin. Elle adore les contes illustrés. Il ne lui dessine pas un mouton mais un chevalier, une princesse, un vieil elfe. Sa trace légère s'est perdue dans les limbes.

"Pension climatique" de Schelesen (Bohême) – 1918
Julie et Franz. Kafka, 35 ans, rencontre la jolie Julie. Ils se promènent, se plaisent, roucoulent, se fiancent, rompent, se revoient, se quittent. Elle est gaie et fougueuse, elle adore les musiciens de Prague. Il est sombre et pensif, l'écriture le torture, il souffre de l'autorité intraitable de son père qui refuse le mariage. 
Milena J. pourrait-elle être la cause de cette rupture définitive ?
Franz Kafka  laissé une nombreuse correspondance et ses manuscrits à son ami, Max Brod, avec mission répétée de tout détruire. L'ami n'obéit pas sans quoi nous n'aurions jamais connu Le Procès, Le ChâteauLa colonie pénitentiaire, etc.
Heiraten (Noces) raconte de manière poétique, avec finesse et sensibilité, ces deux rencontres amoureuses. Alliant les dialogues imaginaires aux extraits de correspondance ou du Journal de Kafka, l'auteur nous entraîne sur les bords du lac de Garde, devant les énormes rochers sculptés de Vaclav Levy dans la forêt pragoise et dans les rues animées de la capitale tchèque. L'alternance de l'allemand, du tchèque et du yiddish donne un rythme très réaliste à ces amours sincères mais entravées.
Le bonheur est toujours de courte durée mais comme l'écrit Kafka : « Je ne sais pas parler du bonheur. N'est-il pas temps que j'apprenne ? »
Il a beaucoup appris mais sa nature fragile eut raison de son désir à 40 ans.
Les photos sépia de ces belles dames, de Prague et de sa pension sous la neige, invitent à feuilleter ce joli livre et à en découvrir tous les petits trésors de ces vagues amoureuses comme on s'attarde avec nostalgie sur un album de jeunesse. Une courte biographie de chaque personnage complète ce tableau gracieux en demi-teintes.

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[*] ... et une source unique, pour ces 12 critiques :

LE site communautaire de lecteurs 

Babelio

... sur lequel on peut rejoindre directement notre page Heiraten

en cliquant simplement sur le lien ci-dessus !

*

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 Heiraten_page_IV_de_couverture

 ... né le 18 septembre 2015...

... ce, après quatre années d'efforts (recherches, écriture & ré-écritures successives) ...

... et une publication (courageuse) aux Editions Stellamaris à Brest.

ICI UN LIEN POUR SE LE PROCURER FACILEMENT et

EN VISUALISER QUELQUES PAGES

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Couverture brillante, papier épais [mat couché, 115 g].

Format type "Grand Large" : 21 x 14,5 x 1,05 cm

Prix de vente public = 15 euros

(quel que soit votre mode de commande)

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L'ouvrage peut se commander :

- SOIT directement

chez votre libraire

(en vous aidant éventuellement du ISBN de l'ouvrage : 978-2-36868-212-8)

- SOIT auprès du site des

Editions Stellamaris

*

Il s'agit d'un récit "illustré" de reproductions de quelques photographies (ou gravures) noir-et-blanc :

traces visuelles des principaux protagonistes et des lieux qu'ils ont hantés...

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Exprimons ici toute notre gratitude à...

Barbara Delaplace, Maïté Paris et Jean-Louis Pierre

pour leurs patientes relectures et propositions d'infléchissements,

... ainsi qu'à Christiana Moreau

pour son conseil similaire et son ultime & précieux "avis chromatique"...

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On peut d'ores et déjà retrouver l'espace du livre, aux côtés de ceux de

Grand Large, L'été et les ombres,

Plantes médicinales de Kabylie et Souvenirs d'Algérie Heureuse

sur notre site communautaire de lecteurs

Babelio

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" Ô heure merveilleuse, sérénité parfaite, jardin sauvage. 

Tu tournes le coin de la maison et dans l’allée, 

la déesse du bonheur se hâte à ta rencontre. " 

(Franz K., Journal, 15 septembre 1917)

 

Les grands peupliers bruissent à nouveau au-dessus de nous.
Dans l’un de ces coins égarés du grand parc de Prague, une couverture de laine dépliée sous elle, Julie est étendue en robe claire dans l’ombre bleue-verte des arbres.
Ces grands peupliers dans le vent qui vient ; leur long murmure de rivière.

Je dépose un baiser sur le front de l’infante endormie.

 

[Dourvac'h, Heiraten (Noces), éd. Stellamaris (2015), chap. XIII : "CHEVAUX DE ZÜRAU", p. 72-73]

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Sources des photographies :

Fonds Klaus Wagenbach pour les photographies N. & B. des principaux protagonistes de Heiraten (Julie Wohryzek, Pension Stüdl, Gerti Wasner & Franz Kafka)

Cercles cartophiles en République Tchèque, pour les reproductions de cartes postales du début du siècle (vues de la synagogue de Vinohrady, château de Kokorin, Klacelka

Dourvac'h pour les douze photographies couleurs suivantes :

(1), (2) : Forêt au pied du Mont Fourcat, Ariège, 8 novembre 2015

(3) ,(4), (5), (6), (7), (8), (9) : Monts du Pays d'Olmes, Ariège, 8 novembre 2015

 (10) : Hauts de Cagnes-sur-Mer, Alpes-Maritimes, une nuit de décembre 2015

(11)Sommets d'arbres en été, Ariège, 2015

(12) : Lever de lune, Ariège, novembre 2015

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