jeudi 23 octobre 2014

Valerio Zurlini, d'un "Eté violent" au "Désert"...

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... fut ce film-météore de Valerio Zurlini ...

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(Estate violenta, 1959)

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 Feu dévorant des yeux d'Eleonora Rossi Drago (Roberta) ...

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Flamme vacillante et inquiète de Jean-Louis Trintignant (Carlo) ...

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Jacqueline Sassard (Rossana) au personnage délaissé -- si belle nuit d'été...

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Une bien trop jeune veuve, un fils de bourgeois fasciste dans l'Italie estivale...

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Beautés du mélodrame parfait, si constamment inspiré...

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L'indécidable des sentiments naissants...

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Nuits de juillet, année 1943...

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Chute imprévue du "Duce" au fronton de la "Casa Fascio" de Riccione...

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Cette guerre qui rejoint, et surprend toujours...

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Fulgurances, élans du coeur, âme qui semble sortir des yeux d'une actrice à la voix inoubliable...

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Chaque plan est une surprise -- ou pure merveille : inoubliable.

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Pincement de cordes de guitare, caresse d'archet de violons, d'un violoncelle : variations infinies...

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... pour vagues d'étreintes muettes en nocturne...

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Phrases que l'on peut se dire en se tournant le dos...

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-- sans doute l'une des plus pures et poétiques figures de style zurlinien...  --

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Incontestablement, l'un des plus beaux films de son auteur...

*

... dont la carrière fut patiente, discrète, belle et passionnante...

Pas moins de huit longs métrages, dont :

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(La Ragazza con la valigia, 1960)

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Aida (Claudia Cardinale)

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Lorenzo (Jacques Perrin), Aida (Claudia Cardinale)

Aida tente de retrouver Marcello Feinardi, jeune et riche playboy qui l'a abandonnée après quelques jours de liaison et des promesses. Elle sonne à la porte de la maison familiale de celui-ci, qui envoie son jeune frère, Lorenzo, l'éconduire en lui disant qu'elle s'est trompée d'adresse. Lorenzo est touché par la détresse et la beauté d'Aida. Débute alors une histoire d'amour impossible entre un innocent et idéaliste adolescent de la bourgeoisie et une jeune femme de province qui essaye de s'en sortir.

Une fille en errance et un amour impossible...

*

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(Cronaca familiare1962)

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Lorenzo (Jacques Perrin), Enrico (Marcello Mastroianni)

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Enrico (Marcello Mastroianni), Lorenzo (Jacques Perrin)

En Italie, Enrico, un journaliste, après avoir appris le décès de son frère, se souvient de leur enfance… Après le décès de leurs parents, les deux garçons se retrouvent séparés : Lorenzo, le cadet, adopté par un majordome aisé, aura une enfance heureuse tandis qu’Enrico, livré à lui-même, passera une adolescence misérable. Plus tard, on découvre que Lorenzo est atteint d’un mal incurable...

1945. Deux frères unis bientôt dans la pauvreté et la maladie...

D'après le roman autobiographique de Mario Missiroli (Cronaca familiare, 1947)

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(La prima notte di quiete, 1972)

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Daniele Dominici (Alain Delon)

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Vanina (Sonia Petrovna), Daniele (Alain Delon)

Daniele Dominici remplace un professeur malade au lycée de Rimini. Bien que séparé de sa femme, il vit toujours avec elle. Riches et oisifs, ses élèves l'ennuient, excepté Vanina, une jeune fille qui éveille son intérêt par la blessure secrète qu'il décèle en elle.

Solitudes, égarement des coeurs... ou ce qu'est l'hiver à Rimini.

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(Il deserto dei Tartari1976)

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 Ortiz (Max von Sydow)

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Drogo (Jacques Perrin), Siméon (Helmut Griem)

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Filimore (Vittorio Gassman), Drogo (Jacques Perrin)

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Siménon (Helmut Griem), Drogo (Jacques Perrin)

Le lieutenant Giovanni Drogo au fort Bastiani ( ... du roman-merveille de Dino Buzzati) : mythique forteresse d'argile retrouvée par le cinéaste à Arg-e-Bam, en plein désert iranien...

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Reproduction de la critique de Jean-Charles Lemeunier :

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Il est des livres qui ont la réputation d’être inadaptables à l’écran. Le désert des Tartares, chef-d’oeuvre de Dino Buzzati écrit en 1940, fut longtemps de ceux-là. Il avait inspiré Brel et son Zangra : « Je m’appelle Zangra et je suis lieutenant au fort de Belonzio qui domine la plaine d’où l’ennemi viendra qui me fera héros. »

En 1976, Valerio Zurlini prend le pari incroyable de traduire enfin en images Le désert des Tartares, avec un casting de rêve : Jacques Perrin, Vittorio Gassman, Max von Sydow, Laurent Terzieff, Jean-Louis Trintignant, Philippe Noiret, Fernando Rey, Helmut Griem, Francisco Rabal… Incroyable car il se passe finalement peu de choses dans ce récit philosophique d’un groupe de militaires cantonnés dans un fort du bout du monde (Bastiani dans le livre et non Belonzio) et attendant l’arrivée de l’ennemi. Zurlini s’est même payé le luxe de faire disparaître quelques épisodes et personnages du roman, telle la fiancée du héros (à peine aperçue au début du film). Dans le livre, et cela arrive aussi dans À l’ouest rien de nouveau d’Erich Maria Remarque, le personnage central a en horreur sa situation (le front de la guerre de 14-18 pour l’un, le fort Bastiani pour l’autre). Mais, quand il revient en ville, il s’ennuie et n’a qu’une envie, repartir : au front ou au fort. Ce personnage clef du Désert des Tartares, c’est le le lieutenant Drogo, incarné par Jacques Perrin, par ailleurs producteur du film.

Zurlini choisit de ne se concentrer que sur les militaires. Aucune femme ici, aucune éventualité d’amour, contrairement à la chanson de Brel où Zangra, en présence des femmes, parle de ses chevaux quand elles lui parlent d’amour, jusqu’au moment où il commencera à parler d’amour et elles, de ses chevaux. Certes, dès le générique, Zurlini nous montre en quelques plans Drogo avec sa mère et sa fiancée. Il les quitte le cœur léger, prêt à foncer vers son destin. Du seul retour de Drogo à la ville, pour raccompagner le corps d’Amerling, Zurlini ne filmera que la visite au général.

Écrit par André G. Brunelin et Jean-Louis Bertuccelli, le traitement de Zurlini est une réussite d’autant plus forte que le cinéaste italien a eu le génie de trouver le lieu approprié pour installer tous ses soldats : la magnifique citadelle de Bam, en Iran, malheureusement détruite par un séisme en 2003. Ce décor, les murailles, la ville en ruines à leur pied, le désert autour et les montagnes enneigées, est sans aucun doute le personnage central du film.

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Jacques Perrin (Giovanni Drogo), Chantal Perrin (Maria)

Le désert des Tartares s’ouvre sur le jeune Drogo qui part vers Bastiani pour sa première affectation. Rien n’est daté ni localisé précisément mais on pourrait être à la fin du XIXe siècle dans l’empire austro-hongrois. Drogo va vite faire connaissance avec l’état-major du fort (et l’on admirera le casting impeccable réuni par Zurlini) : Vittorio Gassman détient le grade suprême dans la forteresse, Giuliano Gemma en est le commandant et Fernando Rey un vieux colonel cacochyme tenant à peine debout. Sous leurs ordres, on reconnaît Max von Sydow, Laurent Terzieff, Helmut Griem et le médecin Jean-Louis Trintignant. La vie s’écoule, avec son cérémonial (les repas du soir), son emploi du temps réglé (les manœuvres, les sorties) et ses événements inattendus, de la visite d’un général (Philippe Noiret) au soldat qui a récupéré un cheval et veut revenir au fort. Cet acte aura des conséquences fortes, décrites dans le détail comme pour mieux confirmer la bêtise de l’armée.

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Fidèle à Buzzati, Zurlini traite de l’ambition, de l’attente, de l’ennui, de la vie perdue et en profite pour critiquer l’armée et son manque de perception et de modernité. De toutes ces séquences, Luciano Tovoli livre des images très belles. Le chef op’ n’oubliera visiblement pas cette expérience : quand sept ans plus tard, en 1983, pour le seul film qu’il réalise (Le général de l’armée morte), il va chercher un scénario du côté d’Ismaïl Kadaré (un écrivain aussi inadaptable que Buzzati), planter sa caméra dans les montagnes d’Albanie et faire défiler devant elle des militaires tout aussi prestigieux (Mastroianni, Piccoli, Sergio Castellito, Gérard Klein). La frontière est un autre grand thème traité par le roman et le film. Cette ligne de partage que le fort est censé surveiller, que nul ne peut franchir alors que personne n’est là pour le voir, que représente-t-elle exactement ? Ce qui nous sépare du mythe, de l’inconnu ? Qui nous laisse dans cet état humain si ennuyeux et si angoissant, métaphysiquement parlant ?

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En lisant Le désert des Tartares, en regardant le film, comment ne pas penser à Kafka et à son personnage qui fait l’ouverture du Procès (1962) d’Orson Welles ? Devant la grande porte de la Loi, un homme veut entrer. Le gardien lui refuse l’accès et lui explique qu’il n’a aucune chance de passer. L’homme vieillit patiemment devant la porte et fait tout pour entrer mais le gardien ne cède pas. Devenu un vieillard, mourant, il fait signe au gardien qui s’approche. Si la Loi est accessible à tous, demande-t-il, pourquoi personne ne s’est jamais présenté devant la porte ? Parce que nul autre n’aurait pu franchir ce portail, il n’était destiné qu’à toi, répond le gardien.
La logique de cette histoire, rappelle la voix-off d’Orson Welles, est la logique d’un rêve. Ou d’un cauchemar.
Bercé par la belle musique mélancolique d’Ennio Morricone, Le désert des Tartares est un cauchemar, celui d’une vie perdue à attendre un mythe, l’ambition d’un avenir glorieux, la mort sans doute. Et, lorsqu’elle arrive enfin, tandis que pour d’autres elle est délivrance (c’est le cas d’Amerling), elle surprend encore celui qui pense que son destin n’est pas tout à fait accompli alors qu’il est déjà loin derrière lui.

Jean-Charles Lemeunier

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Valerio Zurlini est né le 19 mars 1926 à Bologne, disparu le 28 octobre 1982 à Vérone.

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mardi 14 octobre 2014

La paix...

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... le soir tombé ...

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 ... sur les manteaux de cheminée ...

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 ... où sommeillent ...

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 ... quelques âmes, yeux blancs veillant...

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... sur la douceur d'être...

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" Bonsoir ! ... "

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" De douces nuits, aussi ! ... "

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Photographies : Dourvac'h

Viviès (Ariège), septembre 2014

(1), (6) : Chat sur terrasse et tas de bois, le soir

(2), (3), (4)  & (5) Personnages et frises -- manteaux de cheminée, château de Gargas

(7) Sieste au soleil frisant 

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