dimanche 25 août 2013

Cinq films new-yorkais de James Gray

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Evidente difficulté à  "boucler" un éloge exhaustif des cinq films de James Gray sans s'émerveiller de la puissance de jeu - comme de la constance - de celle qui fut son actrice la plus fascinante (y compris l'hiver) : à savoir, la ville de New York.

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Célébrer aussi l'égal talent de ses directeurs-photo successifs...

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Héros suicidaires faisant un détour inattendu par la case "romantisme"...

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Pour le reste, on le sait : nul acteur au monde ne jouera aussi "juste" que dans un film dirigé par James Gray.

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D'abord une étonnante "famille" d'acteurs, incarnant magiquement des personnages comme surgis du réel , nous donnant à voir leurs trajectoires ordinaires, bientôt transfigurées par l'émergence (l'évidence) d'une passion...

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Cinq films pour cinq histoires de famille.

(Toutes les photos reproduites ci-dessus sont extraites de son 4ème long métrage, Two Lovers)

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Little Odessa (1994)

(Petite Odessa)

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Qu'on se souvienne des évidentes qualités formelles manifestées dès son premier film :

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Subtilité du jeu de Tim Roth, jouant "the old and bad brother" : sale petite frappe hyper-adaptée à son biotope d'adoption (Brooklyn, un des quartiers passablement déglingués de N-Y), dézinguant presque innocemment - naturellement - toutes les valeurs humanistes "ancestrales" auxquelles tente de se raccrocher le père...

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Jeu en parfaite en osmose avec ceux d'Edward Furlong (à peine sorti de l'adolescence, il est son "cadet sous influence"), de Moira Kelly, de Vanessa Redgrave et Maximilian Schell (jouant ce père de famille, patriarche juif orthodoxe new-yorkais, évidemment attaché au respect d'un certain nombre de "valeurs" et rejetant "le mauvais fils" de son foyer-ilôt précaire... acteur autrichien dont on avait découvert la formidable diction et la présence énigmatique dans Les Îles d'Iradj Azimi) ...

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The Yards (2000)

(Les Entrepôts)

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Un "bon gars" mais jeune délinquant (Mak Wahberg) tout juste sorti de taule pour vol de voiture, son cousin (Joaquin Phoenix) "homme à tout faire" de l'entreprise ferroviaire gérée par son oncle, un oncle bienveillant (James Caan) veillant généreusement à la réinsertion du "petit délinquant", deux mères légitimement inquiètes (Ellen Burstyn et Faye Dunaway), la même femme aimée (Charlize Théron) des 2 cousins désormais rivaux... 

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Qu'on se souvienne encore de l'épaisseur des personnages campés par Joaquin Phoenix (inaugurant sa galerie de personnages tourmentés, "hantant" viscéralement les quatre films qui suivront Little Odessa), beaucoup plus qu'un "acteur fétiche" et auquel s'adjoindront les personnages campés avec une remarquable finesse par Mark Wahlberg (pour The Yards puis pour We own the Night), Charlize Theron ou encore l'extraordinaire James Caan (qui fut l'écrivain accidenté de la Misery de Rob Reiner, en si "mauvaise posture"... ) : tous présents dans la "tragédie grecque" contemporaine que restera pour nous The Yards.

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Ce magnifique côté (discrètement) moraliste qui s'installe dans cette fable réaliste...

(Quoique depuis les célèbres Rougon-Macquart d'Emile Zola - qui firent autant école qu'éthique littéraire, il nous faille préférer : "naturaliste"... )

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Conte noir (ou grisâtre) nous immergeant en un drôle de monde ferroviaire....

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On pourrait visionner 15 fois de suite cette oeuvre-phare, en appréciant à chaque fois de nouveaux "détails" inaperçus aux précédentes visions : lumières en clair obscur ou magnifiquement tamisées, force des cadrages, justesse des dialogues et crédibilité des situations psychologiques traversées par chaque personnage...

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On pourrait évoquer la dramaturgie de Sophocle (Oedipe Roi et Ajax) pour cette danse des passions solitaires, juste en-dessous du volcan d'une nation étranglée de ses immémoriaux "petits arrangements" avec la Loi.

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Et cette peinture effrayante - mais loin d'être fataliste - de la corruption ordinaire...

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We own the Night (2007)

(La Nuit nous appartient)

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Nouvelle dualité, ici sur le mode alcoolisé/fraternel...

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Le "bon fils" (Mark Wahlberg) est flic comme son père (Robert Duvall) tandis que le "mauvais" (Joaquin Phoenix) est - bien sûr - gérant de boite de nuit, et tout naturellement flambeur...

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Ce n'est plus la violence liée à la corruption des services municipaux - comme dans The Yards - mais bien la "banale" violence propre aux rues de Brooklyn qui finira par contaminer les sphères publiques et privées des personnages, envahir et faire enfin communiquer entre elles - les faisant crever ensemble - des "bulles d'existence urbaine" qui se vivaient jusque-là (collectivement) sur un mode autarcique : le Milieu de la nuit, les fonctionnaires du N.Y.P.D. ...

Peinture hautement fascinante, bien entendu...

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Fascination que ne "racontent" surtout pas ces deux versions d'affiche accrocheuses, où l'artillerie eastwoodienne (du Clint mauvais genre - "réac-Républicain" - de l'Inspecteur Harry) luit dans l'ombre, en la pogne crispée de Joaquin Phoenix (avec coupe et allure James Dean-iennes)...

On s'intéressera une fois de plus aux Lumières de la ville en arrière-plan (contexte) des personnages : évoquant les films de Michaël Mann (Collatéral) ou les plans de "boulevards de nuit" de l'ultime Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick...

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(Pour la petite histoire, mes fils m'initièrent à cette néo-Tragédie grecque selon St-James Gray,

par le biais de ce seul DVD "oublié" devant l'écran, à l'affiche évidemment bien accrocheuse... )

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Two lovers (2008)

(Deux amants)

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Triangle amoureux, là encore... L'acteur Joaquin Phoenix qui tuait (maladroitement, impulsivement) à deux reprises - "par pur réflexe" un employé du rail puis "par jalousie possessive" la belle qui lui échappait - dans The Yards est ici un être solitaire, souffrant de troubles bipolaires et en rupture de traitement, couvé par des parents aimants et légitimement inquiets... Le père teinturier attend tout de même un arrangement matrimonial qui aimerait agrandir "la boutique"...  d'où l'apparition de la brune actrice Vinessa Shaw...

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Apparition inopinée dans l'escalier d'une blonde voisine (Gwyneth Paltrow) emménageant à l'appartement du dessus de chez papa-maman... où "notre héros" - après une nouvelle galère sentimentale lui donnant envie de se retirer de la vie - a eu l'instinct de revenir vivre...

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James Gray, en peintre du sentiment amoureux...

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... ou des solitudes ?

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Rien du Casanova bien sapé que représente l'affiche française, post-Cannoise... et là encore trompeuse ! Deux actrices ayant l'air de se pâmer devant l'être qui leur est "central" : quelle trahison là encore de l'esprit du film - ce mélange étonnant de réalisme et de romantisme !

Bien sûr, James Gray doit en avoir vu d'autres... Ce type de concession comme la mention réductrice "Une histoire d'amour" (censée lui offrir un plus large public dans l'hexagone où il a nombre de fans de ses films) lui offrent au moins son entière - définitive - liberté artistique, à la Kubrick). En fait, l'anti-héros traîne plus souvent en parka qu'en chemise immaculée (empreinte indélébile de James Dean dans La fureur de vivre de Nicholas Ray...) ; et il se retrouve - au final - délicatement mis à la porte d'une relation naissante plutôt qu'à être ce bellâtre qui hésiterait, face aux deux beautés qui le couvent et/ou lui seraient "tombées dessus"... (Bref, TRES stupide affiche française !)

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The Immigrant (2013)

(L'Immigrant)

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Emouvant hommage à The Immigrant ("Charlot émigrant"), le moyen métrage de Chaplin : on croirait d'ailleurs surprendre les ombres d'Edna Purviance et de Charlie Chaplin derrière ces silhouettes transies de Marion Cotillard et Joaquin Phoenix ...

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Sur le pont de ce paquebot, glissant sous la silhouette menaçante de la Statue de la Liberté...

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Statue qui soulevait l'épée, plutôt qu'un flambeau... selon les premières lignes du premier roman inachevé de Franz Kafka (qui ne posa jamais les pieds - autrement qu'en ses rêveries littéraires - sur ce Nouveau Monde) : une oeuvre souvent méconnue, pourtant aussi étonnante que "chaplinesque", intitulée L'Amérique par son ami Max Brod qui la sauva avec ses autres écrits inédits (Der Verschollene est le titre original du manuscrit : soit "Le Disparu"... ).

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Martin Scorsese avait su nous montrer - lui aussi - par son Gangs of New York combien ce prétendu "Nouveau Monde" était né dans et par la violence...

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Nouveau Monde mortifère - qui n'a pu se construire que sur la sournoise et patiente destruction d'un autre - comme nous l'a rappelé Terrence Malick dans son récent et magnifique The New World (2006)... marchant sur les traces de Nathaniel Hawthorne et son flamboyant roman The Scarlet Letter ("La Lettre Ecarlate").

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Toutes opinions & textes de :

Dourvac'h

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P.S. :  N'oubliez SURTOUT pas de jeter plus qu'un oeil sur le looooooooooong article littéraire ci-dessous et d'y laisser vos précieuses impressions et apports personnels le concernant (en 3 ou 4 épisodes, si vous préférez...).

La nouvelle périodicité mensuelle des articles n'est faite que pour PROLONGER un plaisir éventuel :

celui de votre temps de lecture attentive effective (vaste pléonasme).

Merci mille fois à l'avance de bien vouloir suivre ces merveilleux conseils et rituels...

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Note : ceci évitera certainement à l'auteur de devoir Vous faire son KK nerveux "cirque" habituel avec menaces (épuisantes pour tous) - et autres "résolutions" - de devoir arrêter le blogue. Cette dernière option se justifierait, certes, par le constat (facile à établir) d'un petit défaut d'attention au contenu de nos articles a priori "intéressants" MAIS nous réclamant un temps dingue... et que nous jugeons par là - peut-être à tort ? - dignes d'une lecture intégrale... Vous devinez bien qu'en ce domaine (pour nous bien sûr ultrasensible), évidemment "On ne nous la fait pas !". Pardonnez-moi donc - si vous le pouvez - d'être de ceux qui se fichent un peu des seuls et fatigants "Coucou ! Un p'tit bonjour en passant..." laissés par-ci par-là, et qui - c'est mon avis - plombent péniblement nos mille-et-un blogues... et la communication humaine, en général !)

MERCI  AUSSI, SVP - PAR AVANCE - DE NE PAS COMMENTER "L'ANECDOTIQUE" QUE REPRESENTENT NOS CI-PRESENTS "DERNIERS PROPOS"...

Et vous remarquerez que l'article se temine par la couleur "verte" du feu tricolore...

D'excellentes lectures et d'heureux visionnages à Vous !!!

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Et par ICI en prime

un petit cadeau de notre Amie Marie-Madeleine,

lectrice du Derborence de C.F. RAMUZ...

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photographies :

Dourvac'h

(1°) Le Plateau (calcaire) : "cadre naturel" de Grand Large à La Franqui-Cap Leucate (Aude), août 2013

(2°) Lever de Lune sur le Plantaurel à Viviès (Ariège), juillet 2013

(3°) Crépuscule sur la prairie, Viviès, novembre 2012

Posté par regardsfeeriques à 12:39 - Commentaires [23] - Permalien [#]