mercredi 28 juillet 2010

PanGea / XIV & XV

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XIV

Petit-Père et Grand-Frère Li erraient seuls dans l’obscurité.

Ils avaient faim, froid et peur ; ne trouvant plus de forces, ni en l’un ni en l’autre ; leur cœur était vide.

Tout avait commencé à L’endroit secret : sur le rebord du plateau désertique où les grands vents se donnaient rendez-vous. L’aire de terre noire était cernée de murs de ronces… Comme chaque fois, ils en avaient subi les griffures…

Alors, on les vit tomber à genoux dans la terre dévastée… Toutes leurs pommes de terre avaient été dérobées ! Les épines n’avaient pas arrêté les yeux ni les mains fouisseuses d’autres ventres affamés…

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Sans doute, leur avant-dernier voyage avait-il été épié…

Malgré la nuit et ses rideaux de pluie…

Malgré le silence et le goût amer sur leurs lèvres… les seuls frôlements de leurs pieds nus…

On les avait suivis ; attendu qu’ils terminent l’enterrement des semences…

Ils se revoyaient tous les deux ce matin : à nouveau perdus dans la nuit des ruelles ; leurs premiers pas hésitants, affaiblis… Longeant les ultimes maisons longues de la cité, arrêtant leur marche pour écouter le moindre pas, le moindre écho… Confiants, pourtant… Ils n’avaient pu imaginer le désastre…

Trop tard ! semblait leur hurler le soleil… Ils retenaient leurs larmes… restant à genoux dans la terre grise et fine, comme si elle pouvait encore les nourrir…

Ils se réjouirent de retrouver l’argile gardienne d’une de leurs réserves d’eau, encore cachée sous les ronces : ainsi put grandir en eux la dernière force de l’eau fraîche. Ils restèrent allongés dans l’ombre courte des buissons d’épines, le ventre clapotant, encore hébétés… tournant le dos au bourgeonnement monstrueux de la terre profanée.

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Puis l’animal leur était apparu.

Il était noir et blanc de visage ; sa fourrure très épaisse ; son museau court et gracieux.

Le blaireau est un être généreux et distrait : il a bonne réputation. Chasseur pacifique et habile, il entasse le trop grand fruit de ses chasses et de ses rapines… dans des terriers dont il oublie l’existence.

Il lui arrive de s’en faire déposséder et chasser par les coyotes.

Il ne chasse que de nuit, ayant bonne ouïe, bon odorat…

Alors, que venait-il chercher en plein jour ?

Avait-il perdu son flair et toutes ses autres sens ?

Son œil humide leur envoya un éclair bleu ; ses pattes noires se dressèrent ; son corps gris et luisant coula comme une onde derrière les ronces.

Petit-Père et Grand-Frère Li bondirent pour le suivre, retrouvant bientôt ses traces fraîches dans la terre du marécage ; il leur sembla dès lors qu’ils prenaient l’allure de grands chiens courants – sans savoir d’où leur venait cette illusion…

Ainsi ils en oubliaient la chaleur, ils ignoraient leur fatigue…

*

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Les chiens de la maison, superbes et affectueux.

Leur poil luisant habitait pour toujours le monde de leurs souvenirs.

Devenus leurs derniers repas de chairs…

Personne ne voulut les voir dépérir d’une même faim atroce ; seul Li eut le courage de les tuer ; et son père de les dépecer.

Personne d’autre qu’eux deux n’accepta d’en manger et ils durent bientôt jeter les restes aux chiens…

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XV

L’animal avait disparu en haut de la colline.

Ils étaient las de suivre sa piste.

Li retrouva ses forces ; rampa seul vers le sommet ; se trouva face au ciel blanc, dans l’espace sans limites ; laissa son corps retomber dans le sable.

Il y avait un tertre au milieu de ce désert.

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N’était-ce pas un terrier ?

Il y avait une femme debout devant le tertre.

Ne l’avait-elle pas aperçu ?

Elle souriait…

Un lourd nuage de cheveux sombres se déployait loin sur ses épaules.

Sa peau a la couleur du miel.

Tous ses vêtements étranges : jaune, rouge et violet. Un chatoiement de couleurs.

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A qui souriait-elle ? Qu’attendait-elle ?

Il resta longtemps couché dans le sable à l’observer.

Il remarqua à peine son père lorsque son souffle court parût près du sien.

Petit-Père observait son fils sans comprendre, ne voyant rien au loin par lui-même, les yeux brouillés par la sueur qui s’écoulait de sous son bonnet déchiré.

Li eut de la compassion pour son père qui paraissait si vieux.

Il se tourna doucement vers lui, son doigt s’appuyant sur ses lèvres :

Chhhhhh…

– Qu’y a-t-il ?

– Père, cette femme…

– Quelle femme ?

– Là-bas… (Pauvre Père, comme ta vue a faibli !) Père, essuyez vos yeux très vite… Ne bougez plus et ne parlez plus !

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  Son père a fini par la voir à son tour.

  Le temps que Li s’essuie à nouveau le visage et la voilà disparue.

  Une dernière tache colorée tremblait dans l’obscurité…

  Sous le grand dôme de terre…

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Ils se redressèrent ; s’approchèrent lentement de l’édifice…

On eût dit la dépouille d’un animal gigantesque : une carapace de tortue que la mort avait laissée en ombrage à ses hôtes du désert.

Nyao-Lîn

– Quoi ?

– Je te dis que c’est elle…

– Notre Mère ?

– Sans doute vient-elle de passer… c’est bien elle… Elle s’est rendue ici pour nous… Je l’ai reconnue !

– Non ! non !

– Fils, nous ferions mieux de la suivre… Elle est exactement… Nyao-Lîn… celle qu’elle était… 

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Maintenant, Petit-Père pleurait.

Li le laisse pleurer… oui, même ici, dans cet endroit où rôdent les démons

– … quand nous nous sommes connus…

– Mère est vraiment… ?

– C’est elle… Elle nous dit de la suivre…

Li avait peur ; ça n’avait pas l’aspect complet de sa mère mais seulement quelques-uns de ses traits, un peu de son habillement… Sa mère très jeune, vraiment ? Alors, bien avant de tomber malade… Petit-Père, pourtant, avait cru aussitôt en la réalité de ce nuage coloré… L’ayant à peine discernée, il avait reconnu sa femme…

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Cette femme n’était pas à l’image de sa mère défunte…

N’était-ce pas l’animal qu’ils suivaient depuis si longtemps ? … le masque paisible et trompeur d’un démon ?

– Mère est restée là-bas, Père ! Avec Hsiao et mes sœurs… Sûrement vit-elle encore…

– Tais-toi et courage… Elle nous conduira… morte ou vivante…

– Si ça n’était pas elle…

– Crois mes yeux et mon coeur… Elle veut nous montrer quelque chose… morte ou vivante, oui… (Comme ses yeux brillaient…) … sans doute une réserve de bienfaits… des fruits, de la nourriture… Des fruits qu’elle aura cachés bien avant… sans oser nous en parler…

Li soupira.

Comme son père se trompait…

L’animal était maléfique.

Je dois suivre mon père, le protéger…

Ils firent quelques pas de plus vers l’ouverture ; passèrent sous la voûte ; entrèrent dans l’obscurité.

*

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Ces galeries d’une ancienne mine où ils erraient…

Jamais elles n’avaient été un garde-manger… sauf pour les bêtes qui y demeuraient !

Les parois de  terre, de roches et d’étais de bois renvoyaient leur contact glacé tout autour ; Li pensa à cette heure du tombeau… Cette pression énorme de la terre compacte mêlée à cette saveur fétide sur les lèvres : un goût douceâtre de pourrissement des chairs.

Absence de lumière. Plus aucun son alentour… Le goût et l’odeur du désespoir.

Ils n’auraient jamais dû suivre la femme...

*

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Tant de temps déjà passé dans le noir…

Ils marchent à l’intérieur depuis des heures, des nuits, des années…

Pourquoi est-ce si vaste ?

Comment un si petit tertre peut-il grandir ainsi ?

Ils marchent sans pouvoir revenir à la lumière de l’entrée.

Se guidant par le souffle de l’autre…

Ils regrettent d'être entrés...

Trop tard !

Tout à l’heure, il y a eu…

Ils ont cru revoir les yeux brillants de l’animal qui les attendait…

Puis plus rien.

Seulement le silence de la tombe.

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Un craquement.

Petit-Père s’appuie contre un pilier qui se fend.

La galerie…

Toute la galerie s’éboule.

La terre s’écroule… les étouffe…

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Il y a une lumière.

Sûrement une entrée inconnue…

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Sortir de ce terrier qui les happe…

Leurs bras se couvrent de poils, leurs mains se chargent de griffes…

Ils se dégagent de la montagne de terre.

Se hissent et sortent à la lumière.

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( ... à suivre ... )

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Texte et photographies :

D O U R V A C ' H

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Vues sur les quatre Etangs dits "de Bassiès"

Extérieurs et intérieurs d'Orrys (abris de berger)

Près de la Pique de Bassiès, hauteurs d'Auzat, vallée du Vicdessos (Ariège),

samedi 24 et dimanche 25 juillet 2010

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vendredi 23 juillet 2010

Estelle ou L'Etoile du Berger

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La nuit était venue...

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... m'aider à garder...

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... les troupeaux de nos rêves...

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dessin d'âme & photographies :

D O U R V A C ' H

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Estelle ou L'Etoile du Berger

(détails et ensemble)

crayons de couleurs Polychromos sur papier Ingres 50 x 65 cm, juillet 2010

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Nuit de juillet sur Gargas : Viviès (Ariège), juillet 2010

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samedi 17 juillet 2010

Un p'tit message de Sarah...

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Vous dire quoi ? J' sais plus... bin... eeeeuh... la vie est belle...

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... comme les cascades...

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... alors, Dourvac'h et moi, on vous dit :

" Merci ! "

...

Et on continuera d' vous rend' des visites,

toujours avec des fleurs et des mots gentils...

(Pratique, d'avoir la même âme, un peu comme celle-ci !)

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... et les deux prochains chapitres (XIV & XV) du

PanGea

qu'écrit Dourvac'h

r'viendront qu'au 28 juillet...

*

(Hein, qu' c'est pas trop grave ???

En plus,  juste après la cascade, y a l'chapitre XIII paru le 11 juillet,

et tous les aut' d'avant : pour Celles et Ceux qu'ont pas eu l' temps d' tout lire

ou bien qu'ont pas trop d' sous pour ach'ter le liv' qu'y aura plus tard... )

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Et r'gardez aussi l' beau catalogue de Livres

qu'on vous a fée au 27 juin :

Dans le soir et la compagnie des Fées...

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C'est tout... et plein d' bisous pour Vous !

*

Sarah

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illustrations :

(1) & (2) DOURVAC'H, Petite fille aux bras croisés (détail), 2007-2010

(3) & (4) DOURVAC'H : Liseron dans la prairie à Viviès (Ariège), 19 juillet 2010

(5) & (6) KARTEN BOST (postée en 1904) : Femme et fillette de Plougastel-Daoulas, photo collection E. H.

(7) DOURVAC'H : Liseron dans la prairie à Viviès, 19 juillet 2010

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dimanche 11 juillet 2010

Ondine ou La rencontre des Naïades... (1)

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M'avançant pieds nus

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dans l'ombre d'écorces

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et de feuilles

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sous la caresse du ciel...

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... du soleil...

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Beau sentier émeraude,

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aux pavages de lumière

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aux détours sans raison...

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... que ferais-je sans toi ?

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Territoires du silence...

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... entrelacs du silence...

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... long estuaire de silence...

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Embouchure de lumière,

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Océan des feuilles...

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.... qui vins à ma rencontre...

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DOURVAC'H

Alzen (Ariège)

6 juillet 2010

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( ... tissée à Notre grand métier d'eaux mêlées,

l'aventure se poursuit ci-après... )

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Ondine ou La rencontre des Naïades... (2)

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S'approcher...

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...s'approcher encore...

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... éclaircir Vos murs de fougères...

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... mieux Vous discerner...

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... Vous êtes là...

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Vos belles figures...

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... vos longues chevelures...

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... disparues en contrebas...

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Remonter le fil des heures...

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... voir se tresser sans fin Vos soieries d'eau...

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... pouvoir broder...

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... entremêler avec Vous...

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... sans fin...

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... inlassablement...

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... tous Vos fils de lumière...

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...

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...

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...

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...

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Photographies :

DOURVAC'H

Cascade à Alzen, (Ariège)

6 juillet 2010

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... aussi, le chapitre XIII de Notre

PanGea

vous attend à l'article juste dessous !!!

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PanGea /XIII

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XIII

Les enfants sont endormis, tous...

Je suis seul éveillé.

Cette nuit, c’était…

... tellement… tellement vaste !

Si je pouvais te faire vivre mon rêve, petite Xi ! 

Il la regarde : comme son petit masque est tranquille dans le sommeil !

Avec une brindille, il chatouille sa joue.

La courte main de la fillette sort du grand manteau pour chasser l’insecte. Xi-Jîn ouvre grand ses yeux… (Tes si grands yeux cernés d’ombre…) ; le regarde par-dessus le feu qui mouronne…

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Xi…

Elle aime les reflets de brique mauve du feu sur son visage…

Tu t’étonnes tant de me voir ?

Tu t’étonnes d’être en vie, peut-être ? Oui, que nous soyons tous en vie, simplement… aussi  ta mère, toujours attachée à ce corps…

Où sont ton père et ton frère ?

- Chân, regarde !

Il sait ce que la fillette découvre… Les branches de l’arbre sont arrivées face à la grotte, dans la lumière du matin. Contre l’épaule, ce contact piquant et soyeux.

Il se retourne paisiblement.

Les branches sont pâles et luisantes ; presque bleues.

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Les branches du sapin sacré sont un trône où reposent les nuages.

Il revient au petit masque d’argile : les yeux de la fillette brûlent d’une terreur sacrée ; les paupières nacrées aux longs cils tremblent comme si le vent les agitait – ce moment d’ailes de papillon où l’on s’évadera de soi…

Soudain il sait…

Il leur faut quitter ce refuge.

Ce lieu n’est pas sûr.

Quitter ces hauteurs, ces nuages ; emporter une part des vivres, une brassée de branchages secs (Xi-Jîn, Shou-Lîen, Hsiao et lui s’en chargeront le dos, les épaules et le plat de la tête ; les deux petites suivront ; la mère sera un fardeau… )

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Il se penche tout au bord du vide.

Ses pieds tremblent…

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Le socle de la montagne est si loin.

L’arbre aussi haut que trois grands arbres…

Ses mille scintillements

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Là n’est pas l’émergence…

Cette voix comme un bruissement d’ailes contre son esprit : l’homme de la colonne de poussière parle toujours mais on ne sait d’où.

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( ... à suivre... )

(C'est pour dimanche 25 juillet !)

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Textes et photographies :

DOURVAC'H

(1) Isla de El Hierro (Canarias), novembre 2009

(2) & (3) Crépuscule à Viviès, Ariège, hiver 2009-2010

(4) San Feliu, Llo (Cerdagne française) : le gouffre (Gorges du Segre)

(5) Crépuscule à Viviès, Ariège, hiver 2009-2010

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dimanche 4 juillet 2010

Petit intermède savoyard

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Jeune femme portant coiffe et châle de fête : Bessans, vallée de la Maurienne

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Jeune fille portant frontière et châle de velours brodé : Tarentaise

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Couple savoyard, XVIIIème siècle

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Scoffia - coiffe des jeunes filles : Bessans, vallée de la Maurienne

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Jeune fille en coiffe brodée : Bessans, Maurienne

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Jeune fille de Saint-Colomban

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Ces merveilleuses photographies (et beaucoup d'autres)

et toute la genèse de ces vêtements

vous attendent dans le merveilleux ouvrage réalisé par

Fabian et Anne DA COSTA

Costumes traditionnels de Savoie

éd. Taillanderie, 2000, 64 pages, prix de vente : 7,47 euros

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Châle de mer à franges blanches, Roses (Catalunya)

photographie : Dourvac'h

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( ... et PanGea vous reviendra bien... dimanche 11 juillet !!! )

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