dimanche 30 mai 2010

PanGea /VI

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VI


  Pâgma était morte il n’y a pas si longtemps. Gombô avait abandonné son corps aux oiseaux puis s’était accoutumé à vieillir seul.

  La yourte tenait malgré tout debout, couchée parmi les courbes de la steppe. En fait, grand-père Gombô craignait seulement la venue de la nuit, las des gémissements de la Pagmâ de l’autre monde.

  Shou-Lîen et Xi-Jîn étaient ses préférées ; elles profitaient du voyage de l’oncle Tchou pour grimper dans son attelage, restant ensuite une journée ou deux pour aider le vieux nomade à mieux tenir son ménage.

  Gombô l’entêté avait sacrifié ses vaches mais gardé leurs deux chevaux et une trentaine de brebis avec lui – telle restait sa force de vivre aux côtés de Pâgma.
  Il préférait recevoir ses visites au grand jour lorsqu’il regardait les herbes hautes danser dans le vent après avoir longuement chevauché… Il montait sans effort à cheval, en descendait lestement. Plutôt que sentir les mains humides de sa compagne caresser longuement – chaque nuit – son visage endormi, il préférait venir parlementer avec elle dans l’air doré du jour… Les âmes sont insatiables si l’on ne va pas à leur devant.

  Pâgma avait gardé le visage de ses vingt ans ; tout le charme d’une âme qui se souvient des heures de la première rencontre et revêt pour toujours son apparence la plus heureuse…

  « Grand-Père, tu ne dors pas ? »

  Gombô ruminait de l’autre côté du poêle.

  Au moins, chez Grand-Père, il fait chaud…

  Shou-Lîen remuait dans son sommeil, ce qui n’arrivait pas dans la chambre haute des parents… Peut-être était-ce les rêves ?

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  Grand-Père disait que les rêves sont toujours différents, ici…

  Pâgma devait visiter Shou-Lîen… et même la prendre pour sa propre fille ! Il y avait une telle ressemblance entre leur mère enfant et Shou-Lîen (ce que disait Grand-Père) …

  Xi-Jîn ne trouvait pas le sommeil.

  Si je savais bien allumer la lampe à huile…

  Chân, dans le noir complet, n’aurait pas eu besoin de lumière !

  Des petits bruits dehors...
  Attention !

  « Schlpp… Schlpp… »

  Ce sont les chevaux ! Tout près de la paroi, derrière le feutre aux poils lisses et durcis. Comme si leurs nasaux pouvaient venir souffler sur son visage ; leurs grandes dents blanches s’approcher et la happer.

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  Elle a l’impression d’être dehors.
  Dehors est tellement vaste.

  « Schlpp… Schlpp… » ... fffffffffffff...

  Elle écoutait le vent qui couchait les herbes.
  Pourquoi est-ce si vaste par ici ? Alors que tout est si resserré, là d’où elle vient…

  Comme elle aimerait vivre ici ! Elle sait, pourtant…

  Grand-père va bientôt mourir. Il passe des choses sifflantes dans sa poitrine. Cela va bloquer son ventre et ses eaux d’en-bas… Les esprits ne peuvent plus le sauver.

  Gombô attend son heure : l’heure de Pâgma.
  Tous deux seront réunis à nouveau dans le campement désert.

  Impossible de dormir.
  Des coups de vent.
  On sent la présence des monts, par derrière.

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  Un jour, Grand-père a parlé de l’endroit d’où nous sommes venus… ce nombril de Notre Terre…

  Tous : hommes, femmes, enfants, vieillards, partis en longues chaînes à partir de là… Gombô ne sait pas lui-même si ça s’est passé comme ça, ni où est l’endroit…

  « Au centre du monde d’où l’on voit… »

  Gombô se demande sûrement encore pourquoi sa fille a épousé cet homme des cités sombres !

  Qui racontera encore pareilles histoires quand Grand-père ne sera plus là ?
  Il nous faudra revenir dans la steppe. Ecouter les rêves.
  Ici.

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  Xi-Jîn l’entend chuchoter : il parle à sa femme, de l’autre côté

  Plic… plic…plic… plic…

  La pluie sur les herbes… sur les nattes de paille qui recouvrent les côtés ; sur les peaux d’animaux, la pluie glisse : on n’entend rien là-haut.

  Elle essaye de faire surgir et voler ses yeux dans le noir – comme Chân !

  Rien à faire. On ne voit rien ! Restant au chaud, son dos contre le dos tiède de Shou-Lîen, on voit bien mieux dehors… En compagnie des bruits.

  Un craquement puis un autre… Des coups sourds, répétés, de plus en plus faibles… comme quelqu’un qui frappe et n’ose pas entrer !

  Trois… quatre… … … neuf ! Elle se souvient qu’il n’y a plus de porte : juste la peau de la petite génisse qu’elle aimait tant, suspendue à l’entrée…

  Un roulement de tonnerre. Puis ça craque – tellement fort !
  Comme si les rayons de roue au-dessus de leurs litières allaient se fendre et s’abattre sur eux trois…

  Il n’y a qu’un seul mur de montagne, à une journée de marche du campement : alors pourquoi ces neuf, dix, … douze échos lointains ?

  Elle se pose ces questions étranges qui lui font oublier qu’elle ne dort pas. La yourte les protège. La pluie frappe partout les peaux du toit, faisant bientôt un bruit mou de torrent.

  Bientôt, elle n’aura plus peur du tout…

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( ... à suivre... )

( pour dimanche 6 juin, matin )

*

Texte & photographies :
Dourvac'h

(de haut en bas)

(1) Fleur qui rêve, Viviès (Ariège), 26 mai 2010
(2) Falaise et pins, La Franqui (Aude), 24 mai 2010
(3) Fleurs bleues près du Cap-des-Trois-Frères, La Franqui (Aude), 24 mai 2010
(4) Ciel de printemps, Viviès (Ariège), 2009
(5)
Fleur blanche sur la falaise, La Franqui (Aude), 24 mai 2010
(6) Rose qui rêve, Viviès (Ariège), 26 mai 2010
(7) & (8)
Pins et fragments de falaise face au Grand Large, La Franqui (Aude), 24 mai 2010

*

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Merci à Vous, toutes et tous pour votre confiance...
... et,
pour vos demandes de publication :  

à Loetitia, Chris, Oursonne, Luce, MissLN, Acelita,
Crépusculine, Danièle, Souamie, Laure...

(liste actualisée ce 6 juin)

"PanGea"- le livre - sera pour Vous
... fin prêt en décembre, promis !!!

*

... et toujours à l'enseigne de
La Compagnie des Fées

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Nos précédents livres restant disponibles à ce jour :
 
Au Jardin
(23 illustrations d' ISALY, 2008, tirage 50 ex.) : 5 exemplaires
(Prix de fabrication par ex. : 13,50 euros + 2,50 euros frais d'envoi)

Fées, Rêves et Glaces
(
2008, tirage 50 ex.) : 10 exemplaires
(Prix de fabrication par ex. : 10 euros + 2,50 euros frais d'envoi)

L'été et les ombres (éd. 2009, tirage 30 ex.) : 0 exemplaire (hélàs!)
(Prix de fabrication par ex. : 11 euros + 2,50 euros frais d'envoi)

*
contact :

dourvac_h@live.fr


*

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... enfin, si le coeur vous en dit,
suivez bien notre longue échappée belle sur...

Le fleuve Littérature

Posté par regardsfeeriques à 09:00 - - Commentaires [20] - Permalien [#]

mercredi 26 mai 2010

Fairy ou faire-part du 26 mai...

Un petit dernier vient de nous naître...

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Le fleuve Littérature

http://fleuvlitterature.canalblog.com

*

Son territoire est - tel Regards féériques - celui de tous Nos partages...

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Il sera un site à "Très Petite Vitesse"...
... avec son long article exploratoire
qui affleurera "seulement"

tous les 15 et 30 de chaque mois !

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Son tout premier article est (ce 26 mai, 20 heures) consacré à
... Notre dernier romantique des Bords de Loire...

Alors... à très bientôt aussi "là-bas", qui sait !

Dourvac'h

*

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... et vous disons aussi : " A bientôt ici !"
dimanche 30 mai dès matines ,
pour vivre ensemble
la suite de notre petite liturgie

PanGea

... et mille fois MERCI pour la fraîcheur
de vos fidélités et tous vos beaux enthousiasmes !!!
 

*

Photographie du haut :

Louis Poirier enfant en compagnie de sa soeur Suzanne à St-Florent, vers 192O
(archives personnelles de Julien Gracq, écrivain)

*

Autres photographies : Dourvac'h

Eclairage soleil levant à Viviès (Ariège), 22 mai 2010
La Loire à St-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire), 28 août 2007
Bord de falaise l'après-midi entre La Franqui et Cap Leucate,
vers le Cap-des-Trois-Frères (Aude), 24 mai 2010

Posté par regardsfeeriques à 20:00 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
samedi 22 mai 2010

PanGea /III, IV & V

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III


  Chân tenait la petite fille encore tremblante par la main. Il sentait la peur qui la dévorait à chaque hurlement.

   Il ouvrit patiemment son esprit d’enfant têtue comme le matin paisible sait ouvrir les fleurs.

  « Les esprits-loups… » : elle les craignait encore… Il sentit le plat de la main de la fillette, telle une pierre lisse du ruisseau, se réchauffer à l’intérieur de sa main sèche.

  Alors les hurlements se turent. L’esprit de la petite paysanne se défroissa dans sa mare d’eau dormante.

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    Puis les pétales se froissèrent à nouveau en des milliers de plis. Il y avait autre chose…

    Toujours ce rêve aux yeux fous… 
  Une caverne. Non, une citerne. Comme l’intérieur d’une jarre… toute craquelée de l’intérieur. Une lumière qui vous aveuglait, jaune et blanche. Des dizaine de paysans tournaient dans leur caverne d’argile immense. Leurs yeux tourbillonnaient. Ils accusaient et leurs bouches geignaient de terreur.

   La main sèche de Chân se resserra sur les cinq petits doigts tièdes.

  Les gens disparurent. Xi-Jîn resta seule avec Chân. Le réseau de craquelures des parois se fendilla jusqu’à se fondre dans la voûte des arbres ; l’intérieur de la citerne se perdit dans les milliards de gouttelettes de brouillard.

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IV


   Maintenant, la main de Chân lui paraissait être celle d’un mort. Xi-Jîn se sentait entraînée avec lui vers la brume aux fantômes menaçants. Comme les pointes du grand manteau de Chân touchaient le sol, elle pensa : « Il peut me laisser son vêtement sans souffrir du froid… et puisqu’il sait sans cesse ce que je pense… »

   Elle sentit aussitôt le manteau lui recouvrir les épaules…

  On disait Chân héritier du pouvoir de son père et son oncle qui s’étaient opposés adolescents – un seul pour détenir ce pouvoir… sorts et contre-sorts ; l’un avait préféré quitter ce monde ; ainsi avait pu naître leur pacte… Chân avait reçu ce fardeau, ne connaissant que ce monde de l’ombre, ce musellement patient des esprits animaux… l’oncle avait suivi le père en ces lieux que nul ne peut entrevoir de son vivant…

  Il ne craint aucun esprit… donne des ordres à certains… peut-être même à tous !

  On le racontait et elle aimait le croire.
  Elle était toujours rassurée par son silence. 

  Etait-il vraiment là en ce moment ?

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   Chân ?

  Il l’avait réchauffée et la protégerait encore… Mais les voici arrivés à la fontaine des brumes.  Elle délia rapidement sa cordelette ; libéra son fardeau d’argile et de glace…  Chân toujours silencieux, main autour de la sienne…

« Entre dans la jarre ! »

C’était dans sa tête ; Chân venait de parler.

Elle avait envie de pleurer, de lui dire : « C’est trop petit ! »   Elle dit :

 Je n’y arriverai jamais…

   « Sous le bassin, sous la roche, tu trouveras une pierre noire… Prends-la ! C’est la plus proche de la terre… »

  Comme chaque fois, elle devait lui obéir ; cette fois-ci s’accroupir devant lui ; elle sent son lourd manteau se plier sur elle, faire tomber les gouttes d’eau aux grandes herbes autour d’elle… Ses doigts malhabiles trouvent la pierre noire cachée à l’endroit dit. La pierre a cette drôle de chaleur à l’intérieur… et du sable luisant est venu sur sa manche quand sa main s’est glissée dans la cachette.

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  Le contact de la petite chose est désagréable à ses doigts ; elle pique un peu comme un insecte venimeux.

  « Tu sens ? ... ça n’est rien du tout ! Juste que la pierre est vivante… Tu sens sa chaleur ? Elle s’habitue à toi… »

  Puis sa propre pensée :

  Si je pouvais la lâcher…

  Mais elle ne peut la lâcher : la petite pierre prisonnière de ses doigts la tient vraiment prisonnière.

   « Si tu ouvres la main, elle te laissera faire – elle craint seulement de tomber dans l’herbe ! Et sais-tu qui elle est... ? Une petite fille qui tremble… Toi ! Ouvre la main pour qu’elle te regarde ! »

  Elle put ouvrir les doigts pour regarder la pierre. Deux fentes minuscules tout près du sommet ; puis le cou très court, un corps menu et arrondi : la forme d’un enfant – une fillette de très petite taille.

  « Tes yeux sont ouverts, pas encore les siens… Tu dois la placer au fond de la jarre… puis entrer après elle… Fais-le ! »

   Mais elle hésite. Elle n’ose plus regarder les yeux de Chân.

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  « Il ne t’arrivera rien. Ni même à elle ! Imagine que c’est ta poupée : tu lui offres ta maison… Vous habiterez ensemble cette maison-là… »

  Elle la dépose au fond obscur de la jarre – caverne longue couchée dans les hautes herbes… La pierre ne remue pas…

  Elle sent ses doigts s’agiter pour s’en défaire : comme d’un insecte fragile, cette peur de briser ses huit pattes translucides…

  « Tu sens comme votre maison est lourde depuis qu’elle est à l’intérieur ? Soulève-la et laisse-la flotter sur l’eau du bassin… »

Elle s’efforce, mais la jarre est devenue si lourde…

– Aide-moi, Chân !

  « Trop dangereux ! Tu dois être seule… Tu vois, tu y es arrivée… Elle reste au-dessus de l’eau… avec elle à l’intérieur… elle ne s’enfonce pas… Laisse-la aller… elle est sauve… Maintenant, retourne-toi… Accroupis-toi dans mon manteau… Tourne le dos au bassin… Ne regarde plus jamais derrière toi… et ferme les yeux très fort ! »

  Il n’y eut rien d’autre qu’un peu de rouge sous ses paupières baissées puis le rouge se fendilla de partout sur les bords.

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V


  Elle s’éveilla dans un endroit sombre… un disque de ciel mauve au-dessus d’elle. Prisonnière de ce lieu maléfique... La jarre était immense.

  Je suis devenue si petite ?

  Elle chercha les étoiles, là-haut : plus aucune, désormais ! Elle se souvint du brouillard mauve qui masquait le jour… Ni jour, ni nuit ici… Le monde de Chân…

  « L’esprit crapaud va venir près de toi… N’aies pas peur de lui ! Il ne te touchera pas… la seule Loi est de le regarder… »

  Elle a peur d’être devenue cette pierre ; peur que sa peau ne soit noire, déjà… ; son regard tombe sur son nez familier, ses cheveux sombres effilés, son thorax enfantin, ses jambes repliées sous elle ; ce corps est bien le sien mais…

  Où est passé le manteau de Chân ?

  « Xi-Jîn ! N’aies pas peur ! »

  Sa voix tellement plus forte ; elle voit l’énorme visage du jeune garçon prendre la place du ciel sombre ; disparaître comme il est venu. Le calme revient. Rien n’a changé…

  La caverne d’argile s’ouvre là-haut sur son cercle de nuit…

  Mais elle l’entend coasser… L’Autre…  Quelque chose qui pèse là-haut – qui fait basculer la maison…

  Xi-Jîn se heurte aux parois humides, ses genoux, ses coudes cognent… Elle a posé ses mains sur sa tête.

  La maison vacille encore un peu ; s’immobilise.  Quelque chose est bien là...
  Quelqu'un.

  Elle s’est reculée pour ne pas le toucher. De là-haut, il vient de bondir et tomber au fond de la jarre… Plus lourd et tellement plus grand qu’elle !

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  Elle le regarde : l’esprit crapaud est un crapaud ordinaire qui coasse, étonné seulement de se trouver en ce lieu clos avec une poupée humaine, moitié de sa grandeur – la poupée ne bouge pas, recroquevillée contre la paroi.

  Est-ce qu’il sait, lui aussi, mes pensées ?

  « Il ne lit pas tes pensées ; il voit pour toi… il voit autour de toi… il sera tes yeux… Accepte ! »

  Elle ne comprend pas, mais que ce rêve ce termine ! Lui et elle pèsent si lourd sur le fond de leur embarcation d’argile…

  Elle voit, elle sent sous elle la citerne se balancer drôlement ; l’eau se met à ruisseler de là-haut ; tomber en cataracte à l’intérieur…

  « Xi-Jîn ! Maintenant… Sors ! »

  Impossible. Glacée… Ma bouche… Fermer…

*

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  Elle se retrouva accroupie et grelottant dans l’ombre de Chân. Le poids de ses longues mains osseuses sur ses épaules. La laine du manteau toujours posé sur elle, trempée de rosée…

  Elle se releva et vit la jarre finissant de sombrer dans l’eau du bassin ; elle retroussa ses manches, plongea ses mains et ses bras dans l’eau à la recherche de la maison engloutie…  La retirant, elle y chercha le crapaud, la pierre noire.

  A l’intérieur, rien d’autre que l’eau noire. 
  Elle eut envie de pleurer.

  Chân lui prit doucement la jarre des mains ; précéda la petite fille dans ce chemin de silence qui la ramènerait aux siens.

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( ... à suivre... )

*
Texte & photographies :

DOURVAC'H
Crépuscule à Viviès, Ariège, 21 mai 2010

( PanGea est aussi une longue histoire à paraître pour Vous
en livre artisanal - courant décembre 2010... )

*

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... et les Adieux de notre petite
Sarah
... un peu plus bas...
en notre article aux
Sept amies + Un ami de porcelaine...

*
dessin :

DOURVAC'H
Sarah
ou Petite fille aux bras croisés
(détail - crayons de couleurs Polychromos sur papier C à grain, 2007-2010)

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samedi 15 mai 2010

PanGea /II

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II


  Au dehors la lumière était jaune. Il ne fallait plus avoir peur. Xi-Jîn s’avança… Un pas de plus ce matin vers le ruisseau.

  Elle revint sur le seuil de sa porte comme si quelque chose l’avait touchée.
  Pendant la nuit, le ruisseau s’était élargi.

  Krr… krr… krr… Elle repensait aux bruits de la nuit.
  « Tu rêves… », avait dit Shou-Liên dans son demi-sommeil…

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  Elle déroula sa cordelette, encercla par deux fois le col de la jarre avec ; la laissa s’enrouler comme un petit serpent autour de sa main, passer dans la gorge entre pouce et grand-doigt ; plaça le petit sac de sable sur le plat de la tête et se baissa pour faire glisser la jarre par-dessus…

  Plaçant son autre main là-haut pour soutenir le fond, elle laissa sa main nouée se poser sur le col de son kimono, son pouce se replier dans l’ouverture, ressentant bien la tension du lien de soie : sensations familières… Elle commença à marcher à pas très courts et franchit la porte…

  Comme il faisait froid : elle aurait bien couru, dévalé le sentier ! Cette ombre autour d’elle et son humidité glacée…

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  Toujours ce rêve.
  Krr… Krr… Krr…

  Les yeux fiévreux des gens des maisons sous l’écluse. Tous sortaient de chez eux, parlaient ensemble sans s’écouter ; leurs bouches grimaçaient, leurs yeux blancs hurlaient dans le silence : « A cause d’eux… leurs maudites expériences »… et tous avaient peur, continuaient de tourner en rond au bas de leurs maisons…

  La fillette reconnut le brouillard mauve derrière le rideau d’arbres, chercha la tache noire de la cabane, détendit son lien et fit descendre la jarre ; se frotta le dessus des doigts contre ses paumes – vient une chaleur douce comme aux premières flammèches...

  Certains doigts restaient blancs : blancs comme des morceaux de lune – tels ces grands demi-cercles pâles qu’on voit se lever sous le ciel d’ongle violet si l’on reste trop longtemps dehors…

  Elle souffla l’air chaud à l’intérieur de ses mains réunies ; respira longtemps de toutes ses narines, lèvres appliquées à l’espace d’entre-deux pouces.

  Elle se mit à imiter la chouette ; fit vibrer trois fois la caverne sous son toit de doigts ; attendit.
   Deux fois son hululement avait réussi : presque joli.

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  Une silhouette sembla grandir, se sépara de l'ombre de la hutte ; sa tête dépassant le toit aux immenses ramures d'arbres inconnus.


( ... à suivre ... )

*

PanGea

restera pour nous ce rendez-vous 
... à suivre...

ici & chaque samedi !

... et deviendra un gros livre,
- auto-édité bien sûr par nos soins - pour ce noël 2010 !!!
( ... à 30 ou 50 exemplaires selon le nombre de vos demandes,
et à son unique coût de fabrication et d'expédition ... )

... à l'enseigne de
La Compagnie des Fées

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Nos précédents livres restant disponibles à ce jour : 
 
Au Jardin
(éd. illustrée par ISALY, 2008, 50 ex.) : 5 exemplaires
Fées, Rêves et Glaces (éd. 2008, 50 ex.) : 10 exemplaires
L'été et les ombres (éd. 2009, 30 ex.) : 0 exemplaire (hélàs!)

( contact : dourvac_h@live.fr )

*

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Texte et photographies
(Arège, mai 2010) :

Dourvac'h

*

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Et les sept  + un rêves de Sarah vous attendent sagement
à l'article ci-dessous,

aussi son adieu et quelques Roses...

Posté par regardsfeeriques à 11:01 - - Commentaires [25] - Permalien [#]

Les sept amies que j'ai en rêve... , par Sarah

ADELA

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D'abord, il y a Adela...

*

agnieszka

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... puis Agnieszka...

*

aniela

Aniela_Z

... Aniela...

*

berta

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... Berta...

*

lucga

Lucga_Z

... Lucga...

*

Mary_Z

mary_zawieruszynski

... Mary...

*

Nuzia_Z

nuzia_zawieruszynski

... Nuzia...

*

Phillip_Zawieruszynski

...et même un ami !

Phillip_Z

... Philip...

*

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signé
Sarah

*

Petite note bleue de Dourvac'h :

Ces merveilleuses poupées d'artiste
dont rêve si souvent Sarah
sont filles et fils

du couple
Zawieruszynski

Leurs photos nous viennent du site :
http://www.le-monde-de-blandine.com/

*

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Euh, vous dire aussi que vous venez de découvrir ici
l'ultime article de Sarah...
... du moins "d'en ce monde"...

En effet, notre petite artiste des mots colorés
préfère regagner maintenant son monde d'Enfance et de Fées...
... "petit monde" qu'elle n'avait jamais quitté tout à fée,
autrement que pour vous rejoindre ici un p'tit peu...

Allons, c'est bien la gosse qui choisit, après tout !
Même qu'elle me dit de bien vous distribuer
ses bisous aux Marshmallows...

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pour Sarah

(signé par son pôpa)
Dourvac'h

Posté par regardsfeeriques à 11:00 - Commentaires [22] - Permalien [#]
samedi 8 mai 2010

PanGea /I

D O U R V A C  ' H 

P A N G E A

*

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PREMIERE PARTIE

notre terre

*

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I

Xi-Jîn s’éveilla la première.

Pieds nus, elle courut aussitôt vers la petite fenêtre carrée ; regarda comme chaque matin l’alignement des murs jaunes d’en face, détaillant une maison puis une autre – chacune percée des mêmes carrés obscurs, minuscules.

Elle sentit le froid d’en face.

Aucune vitre aux fenêtres par là-haut : ces gens-là vivaient plus misérablement que ceux de son clan. 

Elle sentit à nouveau le froid, pensa à la couche d’argile chaude où ses sœurs se pelotonnaient depuis son départ.

Elle s’obstinait, fermant à demi les yeux, forçant son regard à rester là-haut, préférant ne pas descendre dans l’espace devant elle, évitant de penser à la ligne brisée du ruisseau sans fond.

– Xi-Jîn ! Prépare-nous du thé… Ta mère a eu des cauchemars toute cette nuit…

La voix pâteuse de son père – sortant d’une couverture immense où s’agitaient dans l’ombre les chameaux décharnés et des milliers de pattes d’antilopes identiques.

Elle laissa les formes indistinctes des parents revenir à l’immobilité ; chercha la présence de la jarre dans la pénombre.

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Elle la trouva perchée sur son amas de pierres, dans ce coin de chambre si vaste. Haussant ses talons, elle se pencha là-haut, ne vit qu’un visage d’enfant dans le petit cercle d’eau noire.

« Il en reste si peu » pensa-t-elle, jouant à brouiller puis retrouver la figure ronde, ses hautes pommettes et les fentes très noires de ses yeux – qui faisaient croire à un masque d’argile.

Elle s’aspergea le visage avec, s’en frotta les yeux et les joues, s’humecta les aisselles et le bas du ventre malgré le froid.

– Il n’en reste plus..

    Elle avait parlé à la fillette du cercle, disparue au fond de sa caverne luisante.
     Sa voix était drôle.
     Du côté des parents, la couverture aux images ne répondit rien.

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    Elle trouva à tâtons, mêlé à ceux de ses sœurs, le kimono de toile claire de la veille, le revêtit sans s’être séchée, passa le pantalon, laça ses sandales, humecta de salive le bout de ses deux doigts, mouilla ainsi le haut de son front, fit glisser ses ongles sous ses cheveux, rangea ses mèches tombantes derrière chaque oreille.

    Elle enlaça la jarre, pressant contre elle son gros ventre froid de mère : l’argile si douce contre sa joue… puis l’abandonnant à sa belle ombre pour faire quelques pas vers la porte ; une voix lasse l’y arrêta…

 Où vas-tu ?

     Les sons arrivaient, étouffés par la couverture de laine et le mauvais sommeil...

     – Chercher l’eau…

     – Ah ? Alors, n’y va pas seule… (un silence) … surtout, tâche de trouver Chân !

     Bien sûr.

     Elle n’aurait jamais dû leur parler de Chân !

*

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Texte, dessins & photographies  :
Dourvac'h

*

Cèdre à Viviès   
Ariège, 9 mai 2010

Xi-Jîn dans l'eau de la jarre,
(détail et ensemble)
crayons de couleurs Polychromos sur papier Ingres, 50 x 65 cm, 2002/2008

Ciel à Viviès   
Ariège, 9 mai 2010

Le Douctouyre près du Pont de Vira,
Ariège, printemps 2008

Feuillée et ciel près du Cap de la Serre   
Ariège, 9 mai 2010

Petite fille de l'Eté,
crayons de couleurs Polychromos sur papier Ingres, 50 x 65 cm, 2008

*

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PanGea

restera pour nous ce rendez-vous
" ... à suivre... "

ici & chaque samedi !

... et deviendra un gros livre,
- auto-édité bien sûr par nos soins - pour ce noël 2010 !!!
( ... à 30 ou 50 exemplaires selon le nombre de vos demandes,
et à son unique coût de fabrication et d'expédition ... )

... à l'enseigne de
La Compagnie des Fées

DSCN0061

Nos précédents livres restant disponibles à ce jour : 
 
Au Jardin
(éd. illustrée par ISALY, 2008, 50 ex.) : 5 exemplaires
Fées, Rêves et Glaces (éd. 2008, 50 ex.) : 10 exemplaires
L'été et les ombres (éd. 2009, 30 ex.) : 0 exemplaire (hélàs!)

(contact : dourvac_h@live.fr)

*

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... vous dire aussi que
Miss Sarah 
vous a composé une bien douce poésie
à découvrir dans l'article qui suit !

... et puis ? Que toutes nos réponses personnelles
n'attendent que d'être lues par Vous
sous nos deux articles précédents !!

("Les deux Sarah")
("Comment pourrais-je t'oublier ?")


Sarah
&
Dourvac'h

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" La marelle aux hérons " (poésie) par Sarah

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Au préau des Ormeaux
Je vais de la Terre au Ciel
Mes souliers volent
Mes bras sont des ailes.

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Au pré haut des hérons,
Je les ai bien surpris,
Juste avant qu'ils s'envolent...

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La pluie glisse sur mon nez,
Mes joues, mes cheveux,
Mes yeux font des ruisseaux

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C'est vrai qu'on m'a bien dit :
" Va pas jouer sous la pluie ! "

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Sarah
3 mai 2010
(jour de pluie)

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Photos :
Sarah  & Dourvac'h

elouai__3_

Mimosa à la Franqui, Aude, août 2009
Héron cendré en Corrèze, août 2009
Pont sur la Vézère, Corrèze, août 2009
Cascade d'Alzen, Ariège, printemps 2009
Fleur d'Eglantier à Viviès, Ariège, printemps 2009
Féérie d'eau à Viviès, Ariège, printemps 200
Sarah-Ange, image réalisée sur "elouai.com"

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