dimanche 10 mai 2009
L'été et les ombres (Chapitre 10 /début...)
10
Sirène
On ne dit jamais adieu à ce qui reste d'enfance.
Chris... il n'y avait plus de Chris...
Chris ne s'était pas enfuie : elle était morte ici.
Grazziella était revenue au pays : neuve, avec parents et frères adoptifs dans son sillage.
*

" J'ai été placée, tu comprends ? Placée, tu ne sais pas ce que c'est... mise quelque part. Tu as l'impression qu'on te met n'importe où, que ça ne collera jamais... Puis, ils doivent penser tous que tu as vu bien pire... "
Alors tu m'as raconté comment l'autre était mort - lui pour de vrai - à la fin de notre été...
Plusieurs "crises"... il paraît que le foie et la tête éclatent en même temps... rien ne se voit à l'extérieur... tout se passe dans les nerfs... Il s'est mis à avoir des mouvements désordonnés - exactement comme un chien qui se noie ! L'occasion pour toi de se dégager de son corps... Puis il s'est raidi, s'est remis encore à trembler... avec ses lèvres bleues qui dégoulinaient de salive rose... jusqu'à ce que son gros torse de morse ne bouge plus ! Ses yeux vitreux aux paupières retournées brillaient encore...
Plusieurs fois comme ça, avant que ça finisse.
L'épilepsie de trop de bière... ou peut-être toutes ces bosses du foie...
... ça l'a tué : c'était temps !

" C'était un soulagement, tu comprends ? Est-ce que ça aurait pu se terminer autrement ? Seule maman a été surprise - triste, même... Elle s'est arrêtée de boire prendant trois jours : le temps de l'enterrer...
On était deux... elle et moi... et le curé !
Le soleil cuisait la peau. Je me souviens aussi de ma robe : la plus belle qui me restait pour l'enterrer... Après, je l'ai jetée...

Maman qui était pâle, pleine de tics, tremblante... Je voyais bien qu'elle tenait à peine debout ! Elle n'avalait plus rien, buvait à peine... Elle est rentrée à l'hôpital dès le lendemain ! Elle commençait à délirer... à me prendre pour sa mère qu'elle n'a jamais connue... Elle ressemblait vraiment à une enfant malade, avec son visage fripé, ces yeux tout luisants... pleine d'angoisse, toujours... Elle m'appelait... Elle disait : "Je vais mourir, j'ai peur... " puis l'instant d'après : "Dis, je ne vais pas mourir au moins ? "... Elle m'appelait encore, "Maman ! ", et m'entourait le bras en griffant... et moi, j'avais envie d'être sa mère - c'est horrible... tu ne trouves pas ? "
... bien sûr ! Mais je ne suis pas à ta place...
Chris ou Grazziella... Je respire juste tes cheveux merveilleux lissés sur le haut de ta tête qui murmure - ton doux poids contre mon épaule.

(à suivre...)
*
photographies :
DOURVAC'H
Viviès (Ariège), 10 mai 2009
Commentaires
Ton texte me touche beaucoup...
Emouvant.... la phrase de la fin m'a embuée les yeux, je l'avoue... tu es indéniablement magicien des mots, doux ami...
Quel est ce magnifique coursier ? Est-ce un de tes compagnons ?? ou une merveilleuse rencontre comme j'en fais souvent par chez moi...
Merci pour ces purs moments de bonheur !!
Je t'envoie un torrent de baisers...
kikou
Ho, que de tristesse dans cette partie ! Courage, petite !
Moi je ne dirais qu'une seule chose, il me tarde de l'avoir dans les mains, "L'été et les ombres".
Merci dourvac'h de tant de générosités.
Comme je suis une véritable éponge, ce texte m'a beaucoup émue et j'ai été spectatrice d'un moment fort.
" Ton doux poids contre mon épaule. " ...
La magie de cette toute dernière phrase qui tombe, comme le poids si doux de la petite tête qu'on imagine, en contraste si réussi avec le début du passage si douloureux ... Quel apaisement, on n'entend plus un bruit, c'est beau, tout simplement ...
Vivement la suite cher ami, à bientôt !
Elle est peut-être triste ton histoire, mais moi j'ai trouvé que les photos qui l'accompagnaient étaient magnifiques, d'ailleurs je me demande où tu as bien pu les prendre !!! les arbres en fleurs et ce cheval qui galope c'est plein de charme.
Bisoux du soir cher Dourvac'h.
Tu ecris si bien, que parfois cela me donne la chair de poule...
Merci pour toutes ces belles histoires qui nous donnent à rire, sourire ou pleurer...
Et merci de tes commentaires chez moi...
La mariée est enfin arrivée !!
Elle est toute mimi et attend ta visite !
:))
Bonne soirée !
L'émotion
impossible à contenir, je ne vois plus mon clavier, Qu'as-tu fais là Ami?
Mais je t'aime (beaucoup) quand même, mon très cher et très attendrissant ami
Premier regard sur ta page, une prairie magnifique où s'invente un chemin, éphémère et puis un cheval apparait, un peu sauvage, qui consent à s'approcher... Cette image te va si bien, elle te correspond si parfaitement...
Deuxième regard sur l'histoire, et tu nous surprends encore par une pirouette merveilleuse. Mon intuition de femme n'avait rien vu venir (rires...)... Grazziella est née de la vie de Chris, de sa souffrance, elle est née à nouveau aux mondes des hommes... Elle est femme et libre. Et Val l'a attendue... longtemps...
J'ai hâte moi aussi d'avoir ce livre entre les mains.
Bisous à l'enchanteur, l'humain et l'Ami.
Oursonne
PS : ma boite aux lettres ne délivre pas que des factures....
c'est avec plaisir que je retrouve tes écrits si pleins de sensibilité
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=207513&pid=13681837
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :





